Interview de Mme Nadine Morano, ministre de l'apprentissage et de la formation professionnelle, à Canal Plus le 3 mai 2012, sur le second tour de l'élection présidentielle et le débat télévisé entre les deux candidats.

Texte intégral

CAROLINE ROUX Naturellement, comme tout le monde, vous avez suivi le débat, on se doute que ce matin vous allez nous dire que vous avez trouvé Nicolas SARKOZY bien meilleur que François HOLLANDE ; néanmoins, est-ce que vous pensez que ce débat peut changer la donne dans cette toute fin de campagne ?
 
NADINE MORANO Je crois tout d'abord que les Français ont compris pourquoi Nicolas SARKOZY, dans un contexte si particulier, de crise économique internationale, avait fait la proposition de faire trois débats, et que les radios l'avaient suivi, d'ailleurs, pour proposer à François HOLLANDE de faire un débat avec l'ensemble des radios, ce qu'il a refusé. Moi, j'ai ressenti dans ce débat, bon, évidemment, un choc de deux personnalités qui sont en politique depuis très longtemps, mais aussi de la frustration, parce que vous avez bien vu que, par exemple, l'emploi des jeunes n'a même pas été abordé une seule fois, que nous arrivons sur les questions internationales vers 23h30, alors que la situation de l'Europe, ce qui se passe en Espagne, en Grèce et ailleurs, nécessitait d'approfondir quel impact va pouvoir ressentir la France, par rapport à tous ces sujets. Donc, franchement, j'ai senti, par exemple, chez François HOLLANDE, la légèreté de celui qui n'a rien assumé, et chez Nicolas SARKOZY, la lourdeur de la tâche, parce que c'est lui qui a assumé cette crise économique et financière au cours du quinquennat, c'est lui qui a porté les réformes, et puis enfin, la facilité de François HOLLANDE à tout proposer, en matière de dépenses publiques, et à faire plaisir à tout le monde. C'est tellement facile.
 
CAROLINE ROUX Donc c'est un débat qui ne changera pas la donne, puisque vous dites que les vrais sujets n'ont pas été abordés.
 
NADINE MORANO Je ne dis pas que les vrais sujets n'ont pas été abordés, je dis que dans un contexte tel que celui-ci, ça aurait mérité qu'il y ait ces trois débats, tel que ça se passe d'ailleurs dans les pays anglo-saxons, pour vraiment approfondir les questions économiques et sociales, les questions de société et les questions internationales.
 
CAROLINE ROUX Ça, malheureusement, on ne peut pas refaire la présidentielle, ça s'est passé comme ça, il n'y a eu qu'un débat...
 
NADINE MORANO Ça c'est passé comme ça.
 
CAROLINE ROUX Est-ce que...
 
NADINE MORANO Oui, mais je crois que beaucoup de Français ont du ressentir ce que j'ai ressenti, c'est-à-dire de la frustration à beaucoup de moments. Et...
 
CAROLINE ROUX Ce n'est pas un très bon point pour Nicolas SARKOZY, ce que vous êtes en train de dire.
 
NADINE MORANO Non.
 
CAROLINE ROUX Parce que vous êtes en train de dire qu'avec un seul débat, il n'a pas réussi à renverser la table.
 
NADINE MORANO Non, ce n'est pas ça, c'est que la frustration, sur le fait de dire : voilà, on n'approfondit pas. Moi je pense à tous ces parents, à tous ces jeunes, qui par exemple auraient aimé qu'on puisse parler de l'emploi des jeunes, alors qu'on sait que nous avons, chez nous, un chômage qui est non pas structurel chez les jeunes... pardon, pas conjoncturel, mais structurel. Donc, on avait vraiment abordé des sujets de fond, par exemple, sur les déficits publics, vous avez fait l'analyse des...
 
CAROLINE ROUX On en a parlé.
 
NADINE MORANO Vous avez fait l'analyse des chiffres. Bon. Nous avons réduit les déficits publics à 5,2, alors que la prévision que nous avions faite, c'était 5,7. Nous avons fait mieux que ce que nous avons annoncé. Quand François HOLLANDE, lui, dit, quasi les yeux dans les yeux : « Mais le chômage, vous vous rendez compte comment il a augmenté, à cause de vous ? ». Mais... mais franchement, sans même...
 
CAROLINE ROUX Quoi, vous l'avez trouvé trop agressif, François HOLLANDE ?
 
NADINE MORANO Non, ah non, je... Enfin, si, je l'ai trouvé, à la fois, c'est un mélange d'agressivité, mais surtout, je vous l'ai dit, de légèreté, d'une part. Vous savez, celui qui n'a pas à assumer, il arrive là et puis il peut dire à celui qui a...
 
CAROLINE ROUX C'est le jeu ! Il y a un président sortant, et un candidat.
 
NADINE MORANO D'accord, mais en même temps, il faisait hyper léger, quoi, pardon. En même temps, la facilité....
 
CAROLINE ROUX Arrêtons-nous là-dessus, pardonnez-moi, pourquoi « hyper léger » ? Vous avez dit le 25 avril, c'était le site de FRANCE SOIR, à propos de François HOLLANDE : « Cet homme n'a aucune expérience ». Est-ce que vous croyez que les Français ont vu hier soir un homme, François HOLLANDE, qui n'a aucune expérience ?
 
NADINE MORANO Mais, il a l'expérience des plateaux-télé et des tréteaux de meetings, il n'a pas l'expérience de la gestion. Et je peux vous dire qu'hier soir, moi j'attire l'attention des Français, en leur disant : « Vous vous rendez compte ? ». Bon, mise à par cette légèreté, la facilité de François HOLLANDE à vous faire plaisir. Alors ça, avec lui, vous aurez un plaisir qui va être de courte durée, mais enfin, il fera tout pour vous faire plaisir, c'est-à-dire : on augmente les allocations rentrée scolaire de 25 %, on crée des profs de plus, 60 000 dans l'Education nationale, on crée des fonctionnaires de plus dans la police, dans la gendarmerie, bref, on fait des dépenses publiques, sans jamais expliqué comment il allait faire pour réduire, quelque part, ailleurs, d'autres dépenses publiques. Donc, il est vraiment dans la dépense, dans « je fais plaisir à tout le monde », c'est monsieur je fais plaisir à tout le monde. Et alors ! Aussi, une pointe d'arrogance insupportable ! « Moi, président de la République », je me suis demandé si à un moment on ne pouvait pas le débrancher, parce que cette espèce de litanie, « moi président de la République, je », « moi président de la République, je », « moi président de la République, je »...
 
CAROLINE ROUX Ça ne vous a pas émue.
 
NADINE MORANO Ah mais pas du tout. Je me suis dit : « Mais attends, il faut qu'il redescende sur son siège et qu'il attende le suffrage des Français », parce qu'il n'est pas élu, voyez, et je crois que la campagne, en plus, elle n'est pas terminée...
 
CAROLINE ROUX Il est favori.
 
NADINE MORANO Mais... Il est favori, mais, vous savez, quand vous êtes le candidat sortant, et que vous avez, dans un contexte de crise, assumé 4 ans d'une crise violente, regardez tous les exécutifs des autres pays de l'Union européenne ont été balayés, Nicolas SARKOZY a mieux tenu, sans doute parce qu'il a réussi à tenir la France, c'est ça la réalité.
 
CAROLINE ROUX Nadine MORANO, la toute première question de notre discussion, c'était : « Est-ce que ce débat peut changer la donne ? ».
 
NADINE MORANO Eh bien, je regardais, avant d'aller au débat, une émission sur une chaine de télévision, une chaine d'info en continu, qui disait que pour 84 % des Français, ça ne ferait pas bouger leur décision et que pour 16 % des Français, ça pouvait la faire bouger. Eh bien 16 %, c'est important.
 
CAROLINE ROUX Est-ce que vous pensez que Nicolas SARKOZY a convaincu François BAYROU ? Puisque, comme je le rappelle aux gens qui nous regardent, François BAYROU doit donner aujourd'hui ou pas une consigne de vote, il attendait de voir le débat.
 
NADINE MORANO Eh bien, si François BAYROU est objectif, au regard de son projet, de son programme, dans lequel... Le coeur de son programme, c'est la réduction des déficits publics et l'adoption de la règle d'or. C'est exactement la politique qu'a mené Nicolas SARKOZY, c'est exactement ce qu'il propose dans ses propositions, et en même temps, l'adoption de cette règle d'or. Donc, si François BAYROU est objectif, il doit appeler à voter Nicolas SARKOZY, parce que c'est Nicolas SARKOZY qui propose ce qu'il a au coeur de son programme, et...
 
CAROLINE ROUX Alors, sur la règle d'or, peut-être, mais sur les propos, par exemple, la veille, c'était il n'y a pas longtemps, de Gérard LONGUET, vous pensez que François BAYROU a envie de faire estrade commune avec le ministre de la Défense, qui considère Marine LE PEN comme un interlocuteur possible ?
 
NADINE MORANO Vous avez, monsieur LONGUET s'est exprimé à titre personnel, et je suis...
 
CAROLINE ROUX Il est ministre de la Défense.
 
NADINE MORANO Non, mais, monsieur LONGUET s'est exprimé à titre personnel, que par ailleurs c'est Nicolas SARKOZY qui est candidat à l'élection présidentielle et pas Gérard LONGUET. J'observe d'ailleurs que Gérard LONGUET avait dit quasi le contraire dans L'EST REPUBLICAIN, quelques jours avant, donc, je laisse à Gérard LONGUET son analyse que personne n'a partagée du côté de la majorité, et j'aurais aimé d'ailleurs, que côté de l'opposition, lorsque Nicolas SARKOZY est insulté comme il l'a été, en disant que le grand rassemblement du Trocadéro, a été qualifié comme celui de Nuremberg, je n'ai pas entendu un membre de l'opposition aller condamner cette réaction de monsieur KAHN.
 
CAROLINE ROUX Nadine MORANO, une toute dernière question, très politique. Vous êtes une des figures de l'UMP, hier soir il y a eu... hier matin, pardon, dans LE FIGARO, il y a eu une interview très remarquée de Jean- François COPE, qui a annoncé une petite révolution à l'UMP, disant : « De toute façon, après le 6 mai, chacun pourra s'organiser en sensibilité ou en mouvement ». Là-dessus, Jean-Pierre RAFFARIN a dit : « Ah ben moi, je fais un mouvement, les Humanistes, les centristes, les libéraux ». Est-ce que vous annoncez la création d'un mouvement autour de votre personne et autour de vos idées ?
 
NADINE MORANO Non. Je vais vous dire, je resterai fidèle à moi-même, c'est-à-dire que mon seul objectif est : la concentration de toute mon énergie, va à faire gagner Nicolas SARKOZY, et moi, jusqu'au 6 mai, je ne serai que dans cet objectif.
 
CAROLINE ROUX Ils ont tort d'anticiper ?
 
NADINE MORANO Mais, ils font ce qu'ils veulent...
 
CAROLINE ROUX Jean-François COPE a tort ?
 
NADINE MORANO Ils font ce qu'ils veulent. En ce qui me concerne, toute mon énergie sera concentrée à faire gagner Nicolas SARKOZY, parce qu'il ne s'agit pas de son destin personnel, il s'agit du destin de la France, et ça, c'est le plus important.
 
MAÏTENA BIRABEN On va passer au « J'aime/j'aime pas ». Vous allez nous dire si vous aimez ou si vous n'aimez pas, les 250 000 Twitts d'hier soir, c'est OUEST FRANCE qui donne ce chiffre. Il semblerait que ça ait très, très bien marché sur Twitter.
 
NADINE MORANO Oui, mais je n'ai pas suivi Twitter, parce que j'étais extrêmement concentrée à suivre le débat, donc... Ça ne m'étonne pas, j'ai vu beaucoup de jeunes qui twittaient, en bas, à l'UMP, d'ailleurs, pas mal d'élus que j'avais dans mon champ de vision, donc, voilà, mais moi j'étais concentrée.
 
CAROLINE ROUX « J'aime/j'aime pas », la Une du POINT : « La relève ». Najat BELKACEM, Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET ?
 
NADINE MORANO Oui, eh bien deux personnalités, l'une de l'opposition, l'autre de la majorité, qui ont du talent.
 
CAROLINE ROUX Vous considérez que vous aussi vous faites partie de la relève ? Vous auriez pu être sur cette Une du POINT ?
 
NADINE MORANO Oh, je pense que beaucoup auraient pu être sur la Une du POINT, mais enfin, c'est les éditorialistes qui choisissent les couvertures, vous savez.
 
MAÏTENA BIRABEN Vous aimez, vous n'aimez pas, GREENPEACE qu'i s'introduit dans deux centrales nucléaires ?
 
NADINE MORANO Non, je n'aime pas ce genre de procédé, je trouve que, voilà, c'est pas quelque chose de correct, que ça peut d'ailleurs apporter des difficultés...
 
MAÏTENA BIRABEN Ça dénonce l'insécurité, enfin, c'est leur but, hein.
 
NADINE MORANO Oui, enfin, bon, d'accord, il y a peut-être d'autres manières de faire. En tout état de cause, ce sont des procédés que je condamne, donc je ne vais pas vous dire ici que je ne les condamne pas.
 
CAROLINE ROUX « J'aime/j'aime pas », faire mes cartons ? Est-ce que vous êtes en train de faire vos cartons, au ministère ?
 
NADINE MORANO Mais, écoutez, « J'aime/j'aime pas », de toute façon, il faut faire ses cartons...
 
MAÏTENA BIRABEN Oui, on a le droit de ne pas aimer.
NADINE MORANO ... quoi qu'il en soit. Non, parce que vous savez, quand vous êtes nommé ministre, vous savez très bien que vous n'avez pas un mandat à durée indéterminée, donc que vous êtes prêt, du premier jour où vous êtes nommée, à savoir qu'un jour vous aller partir, voire peut-être changer de ministère, donc moi je suis tout à fait sereine par rapport à tout cela et...
 
MAÏTENA BIRABEN Oui.
 
CAROLINE ROUX Vous pourriez le faire à regret.
 
NADINE MORANO ... et pour ne rien vous cacher, je n'ai pas préparé mes cartons.
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 5 juin 2012