Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, à RMC le 9 mai 2012, sur l'élection de François Hollande au poste de président de la République et les élections législatives.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN Dites-moi, Roselyne BACHELOT, est-il vrai – c'est une petite information que j'ai… je ne sais plus où j'ai glané cela – que vos enfants habiteraient dans la même résidence que celle de François HOLLANDE ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ils habitent juste à côté et justement ils… c'est-à-dire ils essaient, parce que les gens sont un peu énervés par tout le déploiement de cars de radios, Valérie TRIERWEILER elle-même a appelé, vous a appelés, les journalistes, à les laisser un peu tranquilles, et les déploiements de cars de radios, de télés, et de cars de police, en leur expliquant – mes enfants expliquent à leurs voisins, qui sont exaspérés, que ça ne va pas durer très longtemps et que, voilà, c'est normal que dans un changement républicain il y ait quelques… il y a un peu quelques troubles, ça ne va pas durer.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, ça ne va pas durer, vous pensez qu'il ne va pas pouvoir rester là, Roselyne BACHELOT.
 
ROSELYNE BACHELOT Je n'en sais rien moi… je me déploie sur des sujets quand même un petit peu plus importants que de savoir où dort le président de la République.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais ça on est bien d'accord Roselyne BACHELOT. Tiens… mais enfin, pour vos enfants ça… j'imagine que pour la résidence ça change la vie quand même !
 
ROSELYNE BACHELOT Ça change la vie, oui bien sûr… c'est évidemment un peu compliqué, il faut prévoir de partir un peu plus tôt le matin, parce qu'on risque d'être un peu embouteillé, mais enfin je ne sais pas ce que fera le président de la République, il fera au mieux sur ce sujet.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Belle image hier ! Tout le monde l'a dit, reconnu…
 
ROSELYNE BACHELOT Ah, écoutez, j'ai été très, comme beaucoup de Français, quelle que soit leur sensibilité politique d'ailleurs, des amis de gauche m'ont envoyé des petits messages, des SMS, en disant « chapeau », et je crois que ça a donné le ton de cette passation de pouvoir. Le président de la République l'avait dit dimanche soir, il l'a redit par son attitude hier, pas de revanche, pas d'amertume, donc je vais à ce dernier Conseil des ministres dans une grande sérénité.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dans une grande sérénité. Roselyne BACHELOT, votre cas personnel, vous allez arrêter la politique ou vous allez continuer ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ah non, je n'arrête pas la politique, du tout, du tout, certainement pas. Vous savez, j'ai ça un peu dans les gènes, j'ai servi mon pays au plus haut niveau pendant ces cinq années, d'ailleurs les Français n'en n'ont rien à faire des sentiments d'émotion ou de nostalgie des uns et des autres…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui.
 
ROSELYNE BACHELOT Ce service du pays, eh bien je le continuerai d'une autre façon, dans l'opposition politique bien entendu. Après le moment de passation de pouvoir qui doit être respecté avec la nouvelle équipe, le combat va reprendre. Je l'ai toujours mené, je crois, avec fairplay, sans jamais atteindre aux personnes, à leur intimité, et je continuerai le combat politique comme je l'ai toujours fait, en pouvant d'ailleurs aussi se retrouver sur un certain nombre de dossiers, je n'estime pas qu'il y a le mal d'un côté et le bien de l'autre, il y a des combats qu'il faut mener parfois ensemble. Et, sur un certain nombre de sujets, d'ailleurs, qui attendent notre pays, comme le retour à l'équilibre des finances publiques, ou certains autres sujets de société, on peut se retrouver.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Roselyne BACHELOT, qui est, selon vous, le leader naturel maintenant à l'UMP ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ah mais le leader naturel c'est Jean-François COPE, qui est secrétaire général de l'UMP, mais l'opposition à François HOLLANDE est évidemment beaucoup plus large que l'UMP. Il y a des radicaux, des démocrates-chrétiens, il y a la gauche moderne, et pour moi, l'homme le plus rassembleur de cette opposition, maintenant diverse, c'est évidemment François FILLON.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pour vous c'est clair, le plus rassembleur c'est François FILLON ?
 
ROSELYNE BACHELOT Voilà, mais chacun est dans son rôle, c'est tout à fait normal.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, non mais bien sûr. Est-ce lui qui doit prendre la tête de l'opposition ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ecoutez, il y a deux phases. Il y a d'abord le combat des législatives, et le combat des législatives il est mené par un collectif, puisque nous n'allons pas passer, j'allais dire, du statut de l'organisation d'une majorité parlementaire, d'une majorité gouvernementale, à ce statut d'opposition, d'un seul coup d'un seul. Donc, jusqu'aux législatives, nous menons un combat, avec nos idées, sur nos idées, avec un collectif. Puis viendra le temps de la réorganisation de l'opposition, il est encore trop tôt pour dire la façon dont cela va s'organiser, mais je serai, de toute façon, aux côtés de François FILLON, dans la place qu'il voudra prendre dans ce domaine, je serai évidemment à ses côtés.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Roselyne BACHELOT, j'ai deux questions à propos de cette réorganisation. J'ai déjà lu que, par exemple, Jean-Paul GARRAUD, député UMP, était prêt à discuter avec le Front national, Roselyne BACHELOT. Que lui répondez-vous ?
 
ROSELYNE BACHELOT S'il veut s'occuper des thèmes qui sont les thèmes, les inquiétudes qui ont été exprimées par les électeurs du Front national, qui représentent 18% des électeurs, j'espère que tout le monde s'en occupera, et qu'en particulier le nouveau président de la République tiendra compte des craintes exprimées par ces personnes qui doivent être respectées. Par contre, ouvrir des négociations avec le Front national, le président de la République sortant l'avait d'ailleurs indiqué tout à fait clairement, s'il était élu il n'y aurait aucune négociation avec le Front national, le Front national n'aurait pas participé au nouveau gouvernement qu'il aurait constitué, et il n'est pas question de négociations pour les élections législatives. Donc le discours est parfaitement clair, et j'aurai l'occasion de le redire, et de le dire d'ailleurs, comme je l'ai dit au dernier bureau exécutif de l'UMP lundi dernier, donc il n'y a pas de souci.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais Roselyne BACHELOT, c'est ni PS, ni Front national ?
 
ROSELYNE BACHELOT Mais, attendez, ni PS, ni Front national, le Parti socialiste est au pouvoir.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je vous dis ça parce que hier matin j'avais Thierry MARIANI… j'avais Thierry MARIANI hier matin qui me disait « c'est ni PS, ni Front national. » En cas de second tour aux législatives, dans une circonscription, c'est ni PS, ni Front national. Vous aussi Roselyne BACHELOT ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ah non, moi mes positions sont parfaitement connues, je les ai exprimées à de nombreuses fois, mais je vous redis, Jean-Jacques BOURDIN, que la question ne va pas se poser, on est en train d'essayer de nous mettre dans une situation qui ne va pas se poser. Les candidats de l'UMP…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça peut se poser dans certaines circonscriptions.
 
OSELYNE BACHELOT Les candidats de l'UMP vont se trouver en situation d'être partout au deuxième tour, et c'est ça qui est important, nous allons pouvoir exprimer nos idées de façon tout à fait claire, et voilà, c'est ça qu'il faut redire maintenant.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et donc maintien au deuxième tour ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ah mais absolument, maintien au deuxième tour, il n'est pas question de négociations.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quelles que soient les circonstances ?
 
ROSELYNE BACHELOT Quelles que soient les… maintien au deuxième tour, bien sûr.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Roselyne BACHELOT, la cohabitation, franchement, est-ce une chance pour la France ? S'il y a une cohabitation, ça peut arriver, est-ce que c'est une chance pour la France ?
 
ROSELYNE BACHELOT La question n'est pas celle de la cohabitation, elle est celle des programmes.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN D'accord, mais enfin !
 
ROSELYNE BACHELOT Et, je suis désolée…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Cohabitation avec un président…
 
ROSELYNE BACHELOT Je sors d'une campagne électorale, et je l'ai dit aux côtés de Nicolas SARKOZY, les solutions proposées par monsieur HOLLANDE ne sont pas les bonnes solutions, ne sont pas les solutions à la hauteur du pays…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais est-ce que pour la France…
 
ROSELYNE BACHELOT Donc si demain il y a une victoire, ce que je souhaite, une victoire de notre parti politique, et de notre famille politique, la droite et le Centre, aux élections législatives, eh bien le Premier ministre gouvernera et il gouvernera en continuant les réformes dont notre pays a besoin. Regardez ce qui se passe en Grèce, nous voyons bien que nos sociétés occidentales sont menacées, et nous, ce que nous voulons, c'est continuer à préserver notre modèle social, comme nous l'avons fait pendant ce quinquennat, tout en ramenant les finances à l'équilibre, les finances de l'Etat, les finances de la sécurité sociale, mais bien sûr en continuant les réformes. Voilà ce que nous voulons faire, et nous le ferons si nous sommes… notre majorité gagne les législatives. Donc ce n'est pas important la cohabitation, la cohabitation ça se passe toujours très bien. Il y a eu des périodes de cohabitation, c'est le Premier ministre qui gouverne, et voilà.
 Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 21 juin 2012