Déclaration de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication, sur la lecture publique et le réseau des bibliothèques et médiathèques, Pau le 18 janvier 2013.

Texte intégral


Je voudrais d'abord vous dire combien j'ai plaisir à me trouver ici, aujourd'hui, pour l'inauguration de la Médiathèque intercommunale André Labarrère.
Je tenais à revenir à Pau par amitié pour vous chère Martine, et parce que depuis quarante ans, les bibliothèques se sont fortement développées en France, la lecture publique étant aujourd’hui un axe majeur de ma politique. Notre pays s'est progressivement doté d'une nouvelle bibliothèque nationale (la BNF), d'un réseau exemplaire de bibliothèques départementales, de médiathèques municipales ou intercommunales comme celle-ci, grandes ou plus modestes, très souvent admirées à l'étranger. A une époque où nos sociétés sont traversées par des mutations rapides, celle du numérique notamment, parfois brutales pour les individus, la bibliothèque demeure naturellement un lieu de gratuité, de sociabilité, de convivialité, un espace de compréhension du monde où prendre du recul –dans le bel ameublement qui lui est proposé- pour découvrir d'autres territoires et préparer des évolutions, qu'elles soient personnelles ou professionnelles. C’est aussi un espace de médiation où l’on est accompagné, un lieu de prescription, mais aussi un lieu ouvert sur l’imaginaire. En ce qui concerne la médiation, j’ai été impressionnée par le travail réalisé avec la maison d’arrêt de Pau qui vient de nous être présenté. Les bibliothèques sont bien des lieux modernes et pas du tout obsolètes dont notre société a besoin, autant pour progresser individuellement que tous ensemble, des lieux d’apaisement et d’ouverture.
Aujourd'hui, avec des aides toujours importantes de l’État, environ 80 millions d'euros par an, les collectivités territoriales construisent plus de 100 000 m² de nouvelles bibliothèques chaque année. La communauté d'agglomération paloise participe à cette forte dynamique du développement de ce « premier réseau culturel de France ».
Vous aviez, dés 2011, inauguré le pôle dédié au patrimoine écrit et aux archives communautaires, « l'usine des tramways ». Nous inaugurons aujourd'hui le pôle lecture publique. Je tiens à saluer tous ceux qui ont permis de faire aboutir l’ambition du programme communautaire conçu dès décembre 2003 par l'ancien ministre, député et sénateur maire André Labarrère, et poursuivi avec réalisme et intelligence par ses successeurs.
Je suis sans doute une des rares ici à ne pas avoir connu personnellement André Labarrère, mais salue son rôle dans l’histoire de notre pays et dans son histoire politique. Cette bibliothèque est un bel hommage à sa mémoire.
La médiathèque du XXIe siècle doit faire davantage que par le passé. Continuer, certes, à proposer sur place à ses usagers des livres imprimés, des disques ou des journaux. Mais également démultiplier les contenus et les usages, sur place et à distance, à l'aide de dispositifs de médiation innovants, adaptés à tous les publics, quels que soient leur âge ou leur origine sociale. Ce point est très important, la bibliothèque est un lieu où l’on lutte efficacement contre les inégalités, pour moi la culture à un rôle éminent de lien social.
Donnant accès à un ensemble particulièrement complet et cohérent de plus de 200 000 documents sur une superficie de plus de 7 000 m², située en plein centre du quotidien, entre école –école Henri IV, dont on a vu les élèves avec l’orchestre régional de Pau-Béarn- et marché, et réalisée par l’architecte Daniel Rubin, la Médiathèque André Labarrère répond en tous points à ce défi. Je félicite Daniel Rubin pour son travail : j’aime la couleur tilleul qu’il a choisi, il a réussi un geste architectural, respectueux de la fonctionnalité du bâtiment. Je sais que c’est parfois difficile pour ceux qui travaillent dans un bâtiment nouveau quand l’organisation n’est pas totalement ajustée, je suis certaine que des solutions seront trouvées. Mettant en valeur les services innovants, cette médiathèque peut à juste titre apparaître comme l'un des fleurons des bibliothèques françaises, ces lieux publics d'accès au savoir dont Jules Ferry avait déjà mesuré toute l'importance en déclarant : « On peut tout faire pour l'école, pour le lycée, pour l'université, si après il n'y a pas de bibliothèque, on n'aura rien fait ». Je tiens à féliciter l’agglomération de Pau qui a réussi à faire appel aux librairies de proximité dans ces marchés publics et notamment à la librairie Tonnet située juste en face. Je tire un coup de chapeau à la région Aquitaine, qui avec l’Etat se mobilise en faveur de la librairie.
Accessible à tous, la Médiathèque André Labarrère constituera un lieu de culture, de savoir, et d'approche raisonnée de l'information, au coeur de la Cité. A mes yeux le travail d’accès numérique est très important, et je salue tout particulièrement le côté collaboratif du site, permettant aux adhérents de fabriquer leurs propres expositions.
Elle sera, je n'en doute pas, un formidable relais pour cette politique d'éducation artistique et culturelle dont j'ai fait l'une de mes priorités. Et les activités auxquelles nous avons assistées ce matin me confortent dans cette conviction de faire au cours de ce quinquennat de l’éducation artistique et culturelle de la maternelle à l’université une de nos priorités.
Je salue le travail formidable de l’Opéra de Pau-Béarn dirigé par Fayçal Karaoui.
J’entame ces jours-ci un Tour de France de l’éducation artistique et culturelle, débuté hier à Rennes, également dans une bibliothèque, Les Champs Libres, aujourd’hui à Pau qui est précurseur et pilote car c’est une ville éducatrice et dans les prochaines semaines et les prochains mois dans une vingtaine de villes, pour montrer, révéler ce qui existe dans le domaine de la lecture, des arts plastiques, de la photographie, de la vidéo, etc., rencontrer les acteurs de ces programmations et les élus de ces territoires, de tous les territoires, et pour généraliser, l’EAC est efficace pour lutter contre l’échec scolaire aussi bien que pour développer l’épanouissement et la confiance des jeunes.
Comme vous le savez, j’ai fait de l’accès à l’art et à la culture un axe prioritaire qui traverse et articule l’ensemble de la politique de mon ministère. Le soutien à la création, et aux artistes, la valorisation et la protection du patrimoine doivent s’accompagner d’une préoccupation constante et concrète pour créer les conditions de la rencontre vivante avec la population. Ma priorité : les plus jeunes, les plus éloignés géographiquement et socialement des activités et des pratiques culturelles, et notamment les quartiers et les zones rurales.
C’est donc du chantier national de l’EAC qu’il s’agit. C’est un chantier qui réunit plusieurs ministères et les collectivités territoriales.
Désormais l’éducation artistique et culturelle fait partie des fondamentaux, du socle de l’école. Ce socle sera inscrit dans la loi.
J’ai demandé à un comité présidé par Marie Desplechin, écrivaine, de me faire des propositions concrètes pour la généralisation progressive de parcours d’éducation artistique et culturelle. Je rendrai public prochainement ce rapport.
Le livre et la lecture publique seront un des axes de l’éducation artistique et culturelle. Votre médiathèque y prendra toute sa part. Positionnée au centre des politiques culturelles, travaillant régulièrement avec les écoles, avec les associations en faveur du développement de la lecture des jeunes, elle sera également une voie d'accès aux nouveaux modes d'information. Grâce à la Bibliothèque numérique des ressources pyrénéennes (BNRP), partenaire de la Banque Numérique du Savoir en Aquitaine, elle constituera un terrain d'observation privilégié des pratiques culturelles et des services innovants, de l'hybridation des contenus et de l'articulation entre fréquentation physique de la bibliothèque et usages à distance.
En apportant son soutien à la construction de médiathèques modernes, l'Etat souhaite placer la lecture au centre des priorités culturelles, car la lecture est un fondement sur lequel se construisent bien d'autres formes d'accès à la culture et à la compréhension du monde. Vous avez compris cet enjeu, chère Martine Lignières-Cassou et su relever, avec détermination et à la suite de vos prédécesseurs, le défi de bâtir, au coeur de votre cité, cette très belle et très moderne maison de la découverte et de l'échange, relais d'un humanisme et de valeurs qui nous sont chères.
Je vous remercie : longue vie à la médiathèque André Labarrère.
Source http://www.culturecommunication.gouv.fr, le 24 janvier 2013