Déclaration de M. Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, sur les agences de notation en économie sociale, Paris le 22 novembre 2012.

Texte intégral


Merci de votre invitation. Un anniversaire c’est toujours joyeux, surtout quand ce n’est encore que le dixième !
Un peu plus que l’âge de raison, pas encore un âge canonique, c’est l’âge de l’énergie, de la curiosité, des questions. Alors quelques questions pour ce dixième anniversaire, sans être long :
1) Comment évaluer l’économique et le social ?
Depuis la crise, les agences de notation financières sont visibles de tous, plus seulement des analystes et des experts. Quand Standard&Poors a retiré son triple _ A à notre pays, sous Nicolas Sarkozy, l’affaire a fait grand bruit. Lundi, l’agence de notation Moody’s a fait de même au terme d’une période de surveillance négative. On peut contester ces décisions et faire le procès des agences de notation financières qui ont montré bien des limites, voire des effets pervers, ça m’est arrivé… Et je n’ai pas changé d’avis sur le sujet.
Et pourtant, une notation efficace et intelligente de la vie économique et financière serait tout à fait pertinente. Nécessaire, même.
La création de Vigéo il y a 10 ans, dans le sillon de quelques pionniers, a apporté une vision et une pratique originales qui ont contribué à renouveler cette question : comment évaluer l’économique et le social, mais aussi pour quoi et pour qui ?
Pour quoi et pour qui ? D’abord pour fournir une notation sociale aux investisseurs sur différents produits. Investir, c’est une fonction économique vitale. Bien sûr, l’investisseur cherche un retour de profit, mais il peut et il doit –en tous les cas il devrait- interroger le sens à ses choix sur le long terme, en intégrant de ce fait une dimension du durable et de l’intérêt général.
Il ne s’agit pas, pour moi, de vanter la philanthropie, encore que je ne sois pas un misanthrope. Ce n’est pas le sujet. Entre le loup prédateur, et l’agneau charitable, le bestiaire économique comporte d’autres spécimens, dont l’investisseur responsable.
Contre toutes les idées reçues, Vigéo a su « tracer un chemin » pour stimuler ces spécimens. Un chemin qui suit les attentes de la société, de ces investisseurs, de ces émetteurs que sont les entreprises, mais aussi un chemin qui précède et nourrie ces attentes, un chemin qui ouvre de nouvelles voies, un chemin qui fait découvrir de nouvelles richesses –ou des menaces sous-estimées - un chemin créateur, qui veut induire des comportements vertueux.
Pour qui, mais aussi grâce à qui tout cela ?
Grâce aux équipes de Vigéo, à leur professionnalisme, à leur créativité, à leur rigueur. Nous leur rendons hommage ce soir. Bravo, ce succès de vigéo c’est d’abord votre succès.
Mais naturellement je veux rendre un particulier hommage à Nicole Notat pour avoir su poursuivre, d’une autre manière, l’engagement qui est le sien. Il y a une vie après les grandes responsabilités syndicales –c’est un message que beaucoup ces temps-ci recevront avec soulagement ! Et sans trahir pour autant ce à quoi l’on croit, même en devenant soi-même chef d’entreprise.
Ce parcours, c’est une leçon : il y a différents moyens de faire évoluer les questions économiques et sociales, et Nicole Notat en aura expérimentés beaucoup.
- Le premier, traditionnel en France, c’est la loi. Et les fonctionnaires, les ministres, les parlementaires –j’en vois dans cette salle- s’emploient à la fabriquer.
- On pense aussi bien sûr aux rapports sociaux (de force et de négociation) entre syndicats et patronat, dont notre histoire est riche et sur lesquels nous faisons aujourd’hui le pari de nous appuyer, pour lui donner un nouvel élan. Et je salue les acteurs –nombreux également- de ce dialogue social qui se cherche encore 30 ans après les lois Auroux
- Mais il est aussi possible d’agir sur d’autres paramètres, voire d’autres paradigmes : la conscience des investisseurs, des consommateurs mais aussi des salariés, et les incitations qui peuvent en découler. On rejoint ici le constat fait par bien des économistes progressistes : l’Homo oeconomicus n’existe pas. Tous les êtres humains prennent en compte dans leur choix des dimensions émotionnelles, éthiques, politiques, qui vont bien au-delà de la seule rationalité économique.
La responsabilité revient au cœur de l’économie et je voudrais conclure d’un mot sur la responsabilité sociale et environnementale, qui est au cœur du projet de Vigéo quelque part.
Le Gouvernement aussi est décidé à investir le champ de la responsabilité sociale et environnementale, et nous voyons bien ce que la notation sociale peut apporter pour stimuler, pour crédibiliser, pour outiller ces démarches RSE. La Grande conférence sociale de juillet dernier a promu cette ambition, la conférence environnementale l’a prolongée en décidant la mise en place d’un label de l’investissement socialement responsable. C’est une approche plutôt novatrice.
Pour mon ministère, j’entends prendre au sérieux la RSE et cela suppose d’avoir des indicateurs établis et publics pour évaluer et comparer les entreprises. Miser sur la RSE, c’est se doter d’un outil pour diffuser les bonnes pratiques en matière de gouvernance, de conditions de travail, d’accompagnement et de formation, de qualité des relations sociales.
En objectivant les bonnes pratiques par une évaluation indépendante, il est possible d’en faire un véritable instrument d’action et de changement dans l’entreprise et dans la société.
Vous le voyez, mais vous n’en doutiez pas, Vigéo a de l’avenir ! Une nouvelle responsabilité s’invente, sachons l’encourager, la faire grandir et la partager.
Vigéo va y contribuer, alors chère Nicole merci pour hier, merci pour aujourd’hui, mais aussi merci pour demain, et rendez vous dans quelques années pour les 20 ans !
Source http://travail-emploi.gouv.fr, le 3 avril 2013