Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, porte parole du gouvernement à RFI le 11 septembre 2013, sur la position de la France dans le cadre du conflit armé en Syrie et l'Union pour la Méditerranée.

Texte intégral


FREDERIC RIVIERE
Le président américain a déclaré cette nuit qu’il voulait donner sa chance à la diplomatie, la France a déposé dès hier un projet de résolution reprenant la proposition russe de placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle international. Est-ce que l’option militaire est réellement aujourd’hui en train de s’éloigner au profit de la diplomatie ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C’est trop tôt pour le dire. La France reste déterminée à sanctionner l’usage des armes chimiques par le régime de Bachar EL-ASSAD, donc aujourd’hui il y a une démarche qui est engagée auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies, la France a déposé une résolution visant à mettre une forme, d’une certaine façon, les propositions qui ont pu être faites par les Russes, à savoir faire la lumière sur l’arsenal chimique possédé par le régime syrien, faire en sorte qu’il puisse être démantelé sous le contrôle de la communauté internationale, sanctionner réellement les auteurs, ceux qui ont commis cet acte ignoble, et évidemment condamner très fermement pour dissuader de recommencer.
FREDERIC RIVIERE
Est-ce qu’il faut, aujourd’hui, parallèlement à la diplomatie, que l’option militaire reste ouvertement envisagée pour maintenir une forte pression sur le régime syrien ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ce qu’il ne faudrait pas dire c’est que nous utilisons l’option militaire comme une menace en l’air, en guise d’obtenir quelque chose par la voie diplomatique. La réalité c’est que l’option militaire est bel et bien envisagée, donc il ne s’agit pas, oui, d’une menace hypothétique, il y a toujours cette volonté, résolue de la part du président HOLLANDE, mais aussi du président américain, de sanctionner et de dissuader. Et donc, s’il s’avérait que la voie du Conseil de sécurité des Nations Unies était infructueuse pour faire en sorte de mieux contrôler, démanteler l’arsenal chimique, alors l’option militaire en reste une, oui.
FREDERIC RIVIERE
La proposition russe est-elle seulement, selon vous, une démarche diplomatique ou aussi, en partie, une manoeuvre ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ce n’est pas à moi de le dire. Ce qu’on peut en tout cas constater c’est que s’il n’y avait pas eu la pression faite par notamment la France et les Etats-Unis à l’égard du régime de Bachar EL-ASSAD, eh bien nous n’aurions jamais eu cette proposition, donc je crois que la proposition russe est, en grande partie, une conséquence, une réponse, à la pression diplomatique très forte exercée par des pays qui ont tous condamné, unanimement condamné, ce qui s’est passé en Syrie le 21 août dernier, et pour certains d’entre eux, étaient décidés à intervenir.
FREDERIC RIVIERE
Les Français sont majoritairement hostiles à toute idée d’intervention en Syrie, François HOLLANDE avait prévu de s’adresser aux Français après le vote du congrès américain, on sait que le vote a été reporté sine die, est-ce que l’intervention du coup, du président de la République, l’est aussi ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Il faut, je crois, s’adapter aux événements, donc le président de la République a dit son souhait de pouvoir s’adresser directement aux Français sur un sujet qui les préoccupe évidemment, et qui en même temps est un sujet d’une grande complexité, comme tout ce qui concerne la géopolitique, et sur lequel l’éclairage direct du président de la République apporterait beaucoup, en effet, à la meilleure compréhension des Français sur les enjeux. Aujourd’hui je crois qu’il faut sans doute, mais le président décidera, il faut sans doute attendre de voir ce qui va se décider au Conseil de sécurité des Nations Unies, avant de revenir s’exprimer devant les Français.
FREDERIC RIVIERE
Donc l’intervention n’est pas imminente, c’est ce qu’on comprend. Vous allez recevoir cet après-midi des femmes syriennes, avant ce soir une réunion de l’UPM, l’Union Pour la Méditerranée, troisième conférence. Les femmes, aujourd’hui, on sait que c’est votre dossier, et que ça vous tient à coeur, elles sont en première ligne dans le conflit syrien ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
D’abord les femmes sont en première ligne dans bien des pays de cette région, et moi je voudrais insister sur l’importance de cette réunion, à nouveau, de l’Union Pour la Méditerranée, puisqu’elle était restée en suspens, entre parenthèse, pendant 2,5 ans.
FREDERIC RIVIERE
Oui, elle semblait un peu moribonde cette organisation.
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Absolument. Il faut dire qu’elle était née dans des conditions qui n’étaient pas idéales, vous vous en souvenez, et notamment avec une volonté de Nicolas SARKOZY, à l’époque, d’en faire davantage une affaire de la France et de sa zone d’influence, plutôt qu’une affaire réellement euro-méditerranéenne. Entre temps, depuis, nous avons profondément changé la donne, puisque désormais l’Union Pour la Méditerranée a un cadre précis, un secrétariat général qui est installé à Barcelone, des équipes qui travaillent tout au long de l’année, elle est coprésidée par l’Union Européenne d’une part, et un pays du Sud qui est la Jordanie aujourd’hui, et donc c’est un vrai lieu, extrêmement précieux, dans lequel peuvent s’échanger non seulement des intérêts économiques, on peut parler commerce, infrastructures, mais aussi des valeurs, et donc nous avons décidé…
FREDERIC RIVIERE
On entend très peu parler de l’UPM, mais elle agit, elle peut être efficace, par exemple dans un conflit comme la Syrie ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
On en entend peu parler parce que depuis 2,5 ans il ne s’était rien passé, elle avait été mis entre parenthèse, mais nous avons décidé de la relancer, et nous avons décidé de la relancer autour de quoi, autour du sujet du rôle des femmes dans les sociétés, parce que nous sommes post-Printemps arabe, que nous avons vu la façon dont les femmes se sont mobilisées pendant ces soulèvements, ces révolutions, et la façon dont, quelques temps plus tard, eh bien on les retrouve pas nécessairement aux postes dans les transitions politiques qui sont en cours, on les retrouve en revanche victimes de violences sexuelles, par exemple sur la Place Tahrir, on les retrouve menacées par les velléités de modifier les constitutions, on pourrait y introduire parfois la charia ou l’idée de complémentarité entre hommes et femmes. Donc vous voyez bien que la femme et son rôle, son statut, sont le noeud, en réalité, de l’évolution de ces sociétés, et nous avons décidé d’offrir la possibilité aux 43 pays membres de l’UPM, de se retrouver, ce sera demain, pour faire évoluer ce socle de droits fondamentaux auquel nous voulons adhérer pour les femmes.
FREDERIC RIVIERE
Je voudrais qu’on parle très rapidement de François FILLON, sa déclaration sur les municipales, deuxième tour éventuel entre le Front national et le Parti socialiste, « il faudra voter pour le moins sectaire » a-t-il dit. Est-ce que vous considérez que l’ancien Premier ministre a fait tomber une digue ?
NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Pour être franche, les propos de l’ancien Premier ministre ne brillaient pas par leur clarté, je me demande s’il en a bien pesé le sens avant de les prononcer. Moi ce que je remarque, de manière plus générale, c’est qu’au sein de l’UMP on semble considérer que le front républicain c’est à géométrie variable, que parfois ça se justifie, parfois ça ne se justifie pas, le problème c’est que le front républicain ce n’est pas une affaire de circonstance, le front républicain c’est une affaire de principe, soit vous considérez que le Front national est un parti comme les autres et que, au fond, ses idées sont recevables au même titre que les autres et que donc en fonction des situations vous pouvez faire coalition avec lui, soit vous considérez que le Front national porte des idées qui sont incompatibles avec ce que vous pensez de la République, donc vous le rejetez, en quelque sorte, en tout état de cause et dans toutes les circonstances.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2013