Interview de M. Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, à "France Info" le 8 novembre 2013, sur la baisse de la note financière de la France par l'agence Standard and Poor's.

Texte intégral

JEAN LEYMARIE
La note financière de la France vient donc encore de baisser, l'agence Standard & Poor's l'a fait passer de AA+ à AA, elle critique clairement votre politique. Allez-vous changer de politique ?
PIERRE MOSCOVICI
Ecoutez, d'abord il faut donner des éléments, qui sont des éléments d'informations précis. La note de la France à AA reste une des plus élevées du monde et une des plus élevées de la zone euro. Nous sommes, les pays qui ont AA et +, c'est l'Allemagne, c'est l'Autriche, c'est la Finlande, c'est le Luxembourg, c'est les Pays-Bas et c'est la France. Donc nous sommes un pays extrêmement solide. J'ajoute que, et d'ailleurs l'agence le manifeste, on peut faire confiance à la France, les investisseurs peuvent faire confiance à la France, parce que nous avons une démographie très solide, parce que nous avons des infrastructures de grande qualité, parce que nous avons des services publics qui sont extrêmement puissants, parce que nous sommes une Nation d'excellence universitaire et d'innovation, parce que nous avons une productivité et de la main d'oeuvre élevée. Et donc moi je prends cela avec d'autant plus de sérénité, que vous l'avez vu, la perspective passe de négative à stable. Négative, ça veut dire qu'il y a des chances de dégradation, stable ça veut dire qu'il y en a peu, et qu'en plus ça ne se produit pas pendant longtemps. Donc, la stabilité de la France, la force de la France, est reconnue, et c'est un pays dans lequel on peut faire confiance, ça c'est quelque chose de très solide, en même temps je l'ai dit, je regrette cette dégradation, et puis je déplore aussi certains jugements que je considère comme critiques et inexacts, parce qu'on ne peut pas porter de jugement politique.
JEAN LEYMARIE
Elle passe en revue les réformes mises en place depuis le début du quinquennat, et elle est très critique, Standard & Poor's. Est-ce qu'elle est dans son rôle ?
PIERRE MOSCOVICI
Ecoutez, moi je ne veux pas juger le rôle des uns et des autres, mais je trouve en effet que les jugements qui sont portés sur les réformes, que ces jugements ne sont pas exacts et qu'ils sont exagérément critiques. Parce que, regardez ce qui s'est passé. Moi je ne dis pas que tout va bien en France. Quand nous sommes arrivés aux responsabilités, la France avait des déficits énormes, avait un Himalaya de dettes, avait donc des finances publiques à redresser. La désindustrialisation était marquée, la compétitivité s'était affaiblie, c'est le diagnostic qui avait été porté par le rapport Gallois ; et depuis 18 mois, sous l'impulsion du président de la République, le gouvernement réforme. Et je me permets de citer quelques-unes de ces réformes. Réforme des retraites, il n'y avait pas eu de réforme convaincante, jusque-là. Réforme de la compétitivité de l'économie, baisse du coût du travail, avec le Crédit d'impôt compétitivité emploi, modernisation de l'action publique, réduction des déficits, réforme du marché du travail, c'est la plus importante, tout simplement, depuis 40 ans. Et puis il y a encore ce qui est en cours pour la simplification des relations entre l'administration et les entreprises, il y a la réforme de la formation professionnelle, il y a la réforme du financement de l'économie, la création de la Banque publique d'investissement, la loi bancaire. Nous sommes...
JEAN LEYMARIE
Et l'agence de notation vous dit : ça ne suffit pas.
PIERRE MOSCOVICI
Je pense que cette agence n'a pas pris suffisamment en compte ces réformes, leur impact, et aussi le fait que la France est en train de se redresser. Parce que voyez-vous, moi, ce qui m'importe, c'est quel est, en réalité, l'avenir de la France et des Français ? Et quand je regarde ce que sont nos objectifs, je dis : croissance, emploi, nous n'en dévions pas. Le président de la République, hier, faisait un très beau discours sur les commémorations de la Guerre de 14, il disait : il faut réunir, il faut rassembler, il faut réussir, il faut mobiliser les Français, il faut que la France ait confiance dans son destin, son histoire. Ses atouts, eh bien la France est un grand pays, c'est la cinquième économie du monde, il n'y a aucune raison de douter d'elle.
JEAN LEYMARIE
Pierre MOSCOVICI, les premières conséquences de cette décision de Standard & Poor's, sont là, ce matin le taux d'emprunt à dix ans de la France, est plus élevé qu'il ne l'était ces derniers jours.
PIERRE MOSCOVICI
Ecoutez...
JEAN LEYMARIE
La France emprunte plus cher.
PIERRE MOSCOVICI
La France est et restera un pays dont le crédit est solide et qui financera sa dette à des taux qui seront des taux parmi les plus attractifs du monde. Et je note d'ailleurs qu'il y a aussi d'autres nouvelles, qui sont là, je pense par exemple au fait que la Banque centrale européenne a décidé hier d'abaisser son refinancement, son coût de son refinancement de 25 points de base, qu'elle soutient la croissance, qu'elle veut lutter contre les risques de déflation, qu'elle veut soutenir la reprise, et encore une fois, nous, ce qui nous mobilise, c'est changer la France, c'est changer les structures économiques pour qu'elles soient plus compétitives, pour créer de la croissance et de facto, réduire le chômage. Et j'ai toute confiance dans le fait que les investisseurs continueront de se dire : voilà, la France est encore, est toujours, une des meilleures notes du monde, et la perspective est stable, on peut, on doit, on va lui faire confiance.
JEAN LEYMARIE
Pierre MOSCOVICI, quand la France a perdu son fameux AAA en janvier 2012, Nicolas SARKOZY était président, et un homme a dit : c'est une politique qui est dégradée, ce n'est pas la France, c'est la stratégie et la crédibilité de cette stratégie qui sont en cause. Savez-vous qui est cet homme ?
PIERRE MOSCOVICI
Je peux...JEAN LEYMARIE