Interview de Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication à RTL le 4 juillet 2014, sur la mobilisation des intermittents du spectacle, notamment la nouvelle convention UNEDIC et les conditions d'indemnisation du chômage des intermittents.

Texte intégral


STEPHANE CARPENTIER
Jean-Michel APHATIE, votre invitée ce matin est ministre de la Culture et de la Communication.
JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour, Aurélie FILIPPETTI.
AURELIE FILIPPETTI
Bonjour.
JEAN-MICHEL APHATIE
Il n'y a pas que la Coupe du monde dans la vie, il y a le Festival d'Avignon aussi, il démarre officiellement aujourd'hui, mais les intermittents du spectacle - hostiles à la nouvelle convention UNEDIC qui modifie leurs conditions d'indemnisation du chômage - ont voté hier la grève pour la journée d'ouverture. D'où la question, Aurélie FILIPPETTI, le Festival d'Avignon aura-t-il lieu ?
AURELIE FILIPPETTI
Le Festival d'Avignon commence ce soir, il y a une grève qui a été votée pour ce soir, elle a été votée d'une manière démocratique…
JEAN-MICHEL APHATIE
Elle menace le spectacle ?
AURELIE FILIPPETTI
Il y a une journée de mobilisation, mais je rappelle qu'ils s'étaient prononcés il y a trois jours contre l'annulation du Festival…
JEAN-MICHEL APHATIE
A 80 % ! Oui.
AURELIE FILIPPETTI
A 80 % ! Ce qui veut dire qu'ils veulent qu'il y ait un Festival qui soit militant, qui soit concerné, qui soit impliqué – et notamment parce qu'il y a une concertation qui a été lancée par le gouvernement et sous l'égide d'un trio…
JEAN-MICHEL APHATIE
On va en reparler !
AURELIE FILIPPETTI
Et qui va mettre sur pied un régime de l'intermittence – donc, ils veulent marquer leur présence et leur engagement militant, mais en même temps ils veulent jouer et moi ma préoccupation en tant que ministre de la Culture c'est que les artistes et les techniciens puissent jouer, puissent représenter les spectacles sur lesquels ils ont travaillé pendant des mois et que les spectateurs puissent évidemment aller à la rencontre de ces immenses metteurs en scène, acteurs, qui vont se produire à Avignon pendant tout le mois.
JEAN-MICHEL APHATIE
Le spectacle d'ouverture est menacé ce soir ?
AURELIE FILIPPETTI
Eh bien il y a une grève qui a été votée pour ce soir, donc ce soir c'était normalement « LE PRINCE DE HAMBOURG », on verra comment les acteurs et les techniciens du « PRINCE DE HAMBOURG » réagissent - c'est chacun évidemment individuellement qui fait ce choix – donc, ça ne…
JEAN-MICHEL APHATIE
Donc l'ouverture pourrait ne pas avoir lieu, c'est ce que je veux dire, on verra ?
AURELIE FILIPPETTI
On verra ! Puisque c'est la liberté évidemment de grève de chacun individuellement.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ca veut dire que…
AURELIE FILIPPETTI
Le vote qui a été voté hier c'est une journée de mobilisation aujourd'hui, c'est ça qu'il faut comprendre.
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui ! Ca veut dire que la prise en charge par l'Etat de la mesure dont les intermittents ne veulent pas, le différé d'indemnisation qui est contenu dans la nouvelle convention UNEDIC négocié le 22 mars par les partenaires sociaux, cette intervention de l'Etat, cette prise en charge finalement ça n'a pas suscité la confiance des intermittents, ça n'a pas calmé leur colère, ni leurs inquiétudes ?
AURELIE FILIPPETTI
Je pense que ça a lancé un espoir mais qu'en même temps ça fait onze ans qu'ils sont inquiets, ça fait onze ans qu'ils veulent qu'il y ait une vraie réforme du régime de l'intermittence - ils ne sont pas dans l'immobilisme - mais qu'ils ont l'impression de ne pas être suffisamment écoutés et surtout que, à chaque fois qu'il y a une négociation sur l'assurance chômage, eh bien finalement ils sont stigmatisés, on les considère comme des privilégiés, alors que ce sont…
JEAN-MICHEL APHATIE
Personne n'a dit ça d'ailleurs parmi les partenaires sociaux qui ont signé l'accord…
AURELIE FILIPPETTI
Alors que ce sont des gens…
JEAN-MICHEL APHATIE
MEDEF, CFDT, FORCE OUVRIERE…
AURELIE FILIPPETTI
Oh ! Le MEDEF voulait quand même, au début de la négociation, supprimer les intermittents…
JEAN-MICHEL APHATIE
Supprimer, oui, mais il ne l'a pas fait.
AURELIE FILIPPETTI
Supprimer, on a réussi à préserver les annexes 8 et 10. Donc, l'inquiétude des intermittents je la comprends, c'est pour ça qu'on a lancé cette grande concertation qui va aboutir à une vraie réforme pour sécuriser, pour pérenniser un régime qui est indispensable à tous les artistes et à tous les techniciens.
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous allez sortir le régime de l'intermittence de l'UNEDIC…
AURELIE FILIPPETTI
Absolument pas !
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est la réforme ?
AURELIE FILIPPETTI
Non ! Absolument pas. Pourquoi ? Parce que finalement chacun…
JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que l'UNEDIC est gérée par les partenaires sociaux…
AURELIE FILIPPETTI
Oui !
JEAN-MICHEL APHATIE
Et donc vous avez désavoué les partenaires sociaux, donc ça n'a pas de sens de leur laisser le régime des intermittents si vous ne respectez pas - parce que c'est ce que vous faites – vous ne respectez pas l'accord des partenaires sociaux, donc ce n'est pas la peine de leur en rester la responsabilité ?
AURELIE FILIPPETTI
Je rappelle que les partenaires sociaux ont été respectés puisque l'accord qu'ils ont passé le 22 mars a été agréé par le gouvernement, donc l'accord il a été agréé, ils ont été respectés, mais en même temps on a dit qu'il y avait un problème avec…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous compensez les changements pour les intermittents ?
AURELIE FILIPPETTI
Il y a un problème avec une mesure, celle du différé, qui est d'ailleurs une mesure qui ne s'applique dans ces conditions-là aux autres salariés et donc cette mesure sera compensée à l'UNEDIC par l'Etat.
JEAN-MICHEL APHATIE
Oui ! Bien sûr.
AURELIE FILIPPETTI
C'est donc de l'argent qui va aller vers l'assurance chômage.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais donc c'est un désaveu du…
AURELIE FILIPPETTI
Non ! Parce que l'accord a été agréé et, maintenant, on dit : « il faut en même temps…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est subtil !
AURELIE FILIPPETTI
Il faut en même temps qu'on mette sur pied une vraie réforme parce qu'on ne peut plus se permettre d'avoir ces crises à répétition ». La culture, vous savez, c'est plus de 3 % du Produit Intérieur Brut, c'est évidemment des moments d'échanges formidables, c'est de l'éducation pour les jeunes enfants, la sensibilisation à l'art, à la culture, à l'autre aussi bien sûr et à ce qui est différent - et notamment évidemment dans le Sud où on voit aussi tous les risques avec les mouvements politiques extrémistes qui sont très implantés aussi dans ces régions - c'est important que la culture soit présente, c'est important qu'on continue à défendre et à encourager une culture ouverte, une culture qui a un message encore une fois de générosité et d'apprentissage de la différence.
JEAN-MICHEL APHATIE
Est-ce que le but de la réforme c'est de parvenir à l'équilibre financier pour le régime des intermittents ou est-ce qu'il faut considérer que la culture, donc l'intermittence, tant pis si c'est déficitaire ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez il y a deux cent cinquante mille personnes qui peuvent relever en gros de l'intermittence, sur les deux cent cinquante mille qui cotisent il y en a cent mille qui sont indemnisées, donc on le voit bien il y en a beaucoup qui cotisent sans être indemnisées. Mais c'est comme tous les salariés…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ça coûte cher !
AURELIE FILIPPETTI
C'est comme si vous me disiez, Jean-Michel APHATIE, finalement : est-ce que seuls les gens qui ont des enfants doivent cotiser pour payer les cotisations familiales ? Seuls les gens qui sont malades…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais je vous dis autre chose en fait !
AURELIE FILIPPETTI
Doivent cotiser pour la Sécurité Sociale ? Non !
JEAN-MICHEL APHATIE
Le régime de l'intermittence est gravement déficitaire…
AURELIE FILIPPETTI
Mais…
JEAN-MICHEL APHATIE
De un milliard à trois cent cinquante millions, selon les estimations ?
AURELIE FILIPPETTI
Sauf que cette phrase est fausse ! Sauf que cette phrase est fausse, parce que...
JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Qu'est-ce qui est faux ?
AURELIE FILIPPETTI
Il n'y a pas une caisse séparée pour les intermittents – et d'ailleurs on veillera à ce qu'il n'y ait pas de caisse séparée – il y a une seule caisse…
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais les cotisations des intermittents ne couvrent pas les indemnités qu'ils perçoivent, on peut le dire ?
AURELIE FILIPPETTI
Mais vous savez il n'y a pas de sens à distinguer les métiers, les pratiques les unes des autres, puisqu'il y a une seule caisse, tous les salariés cotisent à l'assurance chômage et évidemment, quand ils en ont besoin, ils ont recours aux indemnisations. Pour les intermittents par exemple il y a des conditions…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un peu de la dialectique ! Parce que si on parle des intermittents…
AURELIE FILIPPETTI
Non ! Mais, pardon, mais des conditions…
JEAN-MICHEL APHATIE
C'est bien parce qu'il y a un problème financier, sinon on n'en parlerait pas ?
AURELIE FILIPPETTI
On parle des intermittents…
JEAN-MICHEL APHATIE
Nous sommes d'accord ?
AURELIE FILIPPETTI
Parce qu'il faut que dans le monde de la culture, qui est plus précaire que le monde professionnel traditionnel, il y ait un système qui permette d'accompagner des gens entre deux contrats par exemple. Vous savez les intermittents par exemple ils cotisent beaucoup plus que les autres salariés et on a encore, là avec la réforme du 22 mars, augmenter leurs cotisations - aussi bien pour les employeurs que pour les salariés – les intermittents sont indemnisés moins longtemps, ils ont des conditions d'indemnisation qui sont plus dures, enfin qui sont en fait adaptées, spécifiques, à leurs métiers. Donc ce n'est pas un régime de privilégiés, c'est vraiment indispensable.
JEAN-MICHEL APHATIE
Mais personne ne dit ça ! Mais il est déficitaire, on en convient. Ce matin, Aurélie FILIPPETTI vous et moi, on peut le dire comme ça, il est déficitaire ?
AURELIE FILIPPETTI
Mais c'est l'ensemble, c'est l'ensemble de l'assurance chômage qui est déficitaire…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ah ! Oui, ça c'est sûr, quatre milliards.
AURELIE FILIPPETTI
Il n'y a pas une caisse séparée…
JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord !
AURELIE FILIPPETTI
A 'intérieur de l'assurance chômage pour les intermittents. Voilà !
JEAN-MICHEL APHATIE
Très subtil et dialectique votre discours, mais la réalité…
AURELIE FILIPPETTI
Mais vous savez là par exemple les économies…
JEAN-MICHEL APHATIE
Est peut-être un peu différente.
AURELIE FILIPPETTI
On va faire des économies importantes…
JEAN-MICHEL APHATIE
Vous serez à Avignon ce soir ?
AURELIE FILIPPETTI
Ce soir, non, parce qu'il y a une journée de mobilisation - et moi je respecte la mobilisation - moi mon souci c'est que vraiment tout puisse se passer au mieux, que les artistes, que les techniciens puissent jouer et que les spectateurs puissent aller les voir, mais j'irai bien sûr à Avignon pendant le Festival, comme dans les autres festivals.
JEAN-MICHEL APHATIE
Ministre de la Culture, vous pensez quoi de la taxe de séjour sur les hôtels qui est augmentée ? Beaucoup de touristes viennent pour visiter les oeuvres culturelles en France…
AURELIE FILIPPETTI
Oui !
JEAN-MICHEL APHATIE
Et, au détour d'un hôtel, on va leur prendre un peu plus d'argent, pour ou contre ?
AURELIE FILIPPETTI
Ce sera une faculté des collectivités locales…
JEAN-MICHEL APHATIE
Donc contre !
AURELIE FILIPPETTI
De l'augmenter ou pas…
JEAN-MICHEL APHATIE
Ou pas ! Donc, vous êtes plutôt pour ?
AURELIE FILIPPETTI
Mais moi évidemment ça dépend de ce qu'on en fait, si c'est pour investir dans la culture c'est le libre choix des collectivités locales.
JEAN-MICHEL APHATIE
Parce que ça ne vous a pas échappé, Laurent FABIUS, ministre du Tourisme, est radicalement contre et, vous, vous êtes pour ?
AURELIE FILIPPETTI
Vous savez la culture… Non ! Je suis pour qu'on laisse la possibilité aux collectivités locales…
JEAN-MICHEL APHATIE
D'accord
AURELIE FILIPPETTI
A qui on demande par ailleurs des économies. Mais la culture, c'est la première raison pour laquelle aujourd'hui en France il y a des touristes qui viennent et qui restent assez longtemps d'ailleurs, donc il faut continuer à investir dans la culture et, pour ça, on a besoin de l'argent de l'Etat mais aussi des collectivités territoriales.
JEAN-MICHEL APHATIE
Aurélie FILIPPETTI, qui sera à Avignon un jour, était l'invitée de RTL ce matin.
STEPHANE CARPENTIER
Pas ce soir en tous les cas ! Donc 18h, vous regardez le football ?
AURELIE FILIPPETTI
Evidemment !
STEPHANE CARPENTIER
Evidemment. Vous serez où précisément, on peut le savoir ?
AURELIE FILIPPETTI
Ah ! Je pense que je serai à mon bureau.
STEPHANE CARPENTIER
A votre bureau, pour suivre les Bleus en tous les cas. Un petit pronostic ou pas, puisque la France va gagner ?
AURELIE FILIPPETTI
Eh bien écoutez, je ne sais pas, 2 – 1.
STEPHANE CARPENTIER
Allez ! 2 – 1, on sent la spécialiste, merci à vous de vous êtes risquée à tout cela. Vous avez l'entretien sur rtl.fr bien évidemment.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2014