Interview de M. Benoit Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à I-Télé le 4 juillet 2014, sur les résultats du baccalauréat et l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.

Texte intégral


CHRISTOPHE BARBIER
Benoît HAMON, bonjour, bienvenu.
BENOIT HAMON
Bonjour.
CHRISTOPHE BARBIER
On va parler foot tout à l'heure, mais on va commencer par parler baccalauréat, parce que les résultats vont tomber. 86,8 % de réussite l'an passé. Et cette année ?
BENOIT HAMON
Vous le saurez à 10h00.
CHRISTOPHE BARBIER
Un peu mieux, un peu moins bien ?
BENOIT HAMON
Eh bien le bac, ça ne se donne pas, et donc vous le saurez à 10h00, on ne peut pas le dire avant.
CHRISTOPHE BARBIER
Parce qu'on le sait pour le Pacifique, puisqu'il y a le décalage horaire, on a perdu 12 points ! On passe de 89 à 77, ça va être la tendance ?
BENOIT HAMON
Ça dépendra. Il y a d'abord le... il n'y a pas que la filière générale et technologique, il y aura... et puis les séries que l'on va regarder, il y a aussi le bac pro, mais il y aura...il est possible que les résultats soient un peu moins bons.
CHRISTOPHE BARBIER
C'est un bon signe, ça veut dire que l'exigence est là, ou c'est un mauvais signe au niveau baisse ?
BENOIT HAMON
Ecoutez, vis-à-vis du baccalauréat, quand il y a des bons résultats, on dit qu'on donne le baccalauréat, quand les résultats sont moins bons, on dit que le niveau baisse. La réalité c'est que tous les examens ont porté sur des questions qui étaient au programme, donc les candidats au bac doivent maitriser s'ils veulent avoir le bac. Donc...
CHRISTOPHE BARBIER
Ça veut peut-être dire, si les résultats baissent, que les programmes sont trop chargés, trop nourris.
BENOIT HAMON
Ecoutez, je ne crois pas qu'on puisse, à chaque fois, en fonction des résultats au baccalauréat, remettre en cause le principe de l'épreuve, au motif qu'il faudrait presque, on assure à tout le monde, une manière ou une autre d'avoir son bac. Le baccalauréat c'est une épreuve qui sanctionne la fin de scolarité, qui permet l'accès à l'enseignement supérieur, elle justifie aujourd'hui d'être préparée correctement, de maitriser et d'assimiler des connaissances que l'on juge aujourd'hui indispensables pour pouvoir poursuivre ses études dans l'enseignement supérieur, donc c'est une épreuve qui doit être appréciée comme telle, difficile.
CHRISTOPHE BARBIER
Et les résultats vont donc être légèrement en baisse par rapport à l'an passé.
BENOIT HAMON
Je ne vous ai rien dit du tout...vous verrez à 10h00.
CHRISTOPHE BARBIER
Confirmation à 10h00. Peut-être que c'est l'occasion de se dire : bon ben passons complètement du côté du contrôle continu et supprimons ce couperet du baccalauréat, avec toute l'angoisse d'aujourd'hui.
BENOIT HAMON
En tout cas, ça doit nous amener à réfléchir à l'évaluation. J'ai ouvert ce débat, mon objectif c'est que l'on ait une évaluation dans...au cours de la scolarité, qui soit davantage au service des progrès, qui permettent à un jeune, adolescent, à un écolier, de mesurer les progrès qu'il a accomplis, les progrès qu'il reste à accomplir. Une note, ou encore moins une moyenne, la moyenne fait... ramasse une mauvaise note en anglais, une bonne note en mathématiques, une note moyenne en français, une moyenne pondérée par des coefficients ça ne dit rien des compétences que vous avez, notamment en anglais. Savez-vous vous inscrire dans une conversation avec des Anglais, ou avez-vous des connaissances grossières ? Donc, moi, ce que je souhaite que l'on mesure désormais, notamment au cours de la scolarité, ce sont les compétences des élèves, leur capacité à pouvoir encore progresser, ce qui reste à accomplir, à mieux adapter les enseignements et les apprentissages au rythme des élèves.
CHRISTOPHE BARBIER
Avec le risque qu'on ne sache pas trop si on est mauvais, on se croit bon alors qu'en fait on est faible.
BENOIT HAMON
Eh bien en même temps, quand vous avez un 10, cela dit quoi de vous ? Que vous êtes moyen ? Si vous avez un 10 au bac, alors que vous avez un 15 dans une matière et un 5 dans une autre, vous êtes très bon dans un domaine, 5 dans une autre, pourtant ça ne dit rien des connaissances qui sont les vôtres et des compétences qui sont les vôtres. Donc moi je souhaite qu'on utilise demain, peut-être pas au baccalauréat, c'est autre chose, mais au courant de la scolarité, la note à bon escient.
CHRISTOPHE BARBIER
Plutôt que d'essayer d'envoyer un maximum d'élèves vers le bac, est-ce qu'on ne devrait pas développer plus vite, plus tôt, plus fort, l'apprentissage ? Les patrons vous demandent de l'aide financière pour développer l'apprentissage, aidez-les !
BENOIT HAMON
Alors, attendez, bon, je me permets de revenir, deux choses. D'abord il y a une filière professionnelle aujourd'hui. Le bac professionnel, c'est un bac qui n'est pas facile à obtenir et qui est un bac qui aujourd'hui se spécialise de plus en plus et je me réjouis aujourd'hui qu'on puisse travailler à des diplômes, qui sont des diplômes qui préparent à l'insertion professionnelle, raison pour laquelle d'ailleurs j'ai souhaité que le ministère de l'Education nationale soit à la Conférence sociale, parce que je souhaite que l'on se préoccupe nous, l'Education nationale, de ce que deviennent les jeunes, une fois qu'ils ont un diplôme en poche, et ce qui me permet de dire aux responsables des organisations patronales, dont j'entends qu'à nouveau ils demandent de l'argent. Il y a eu le CICE, donc un crédit d'impôt sur les entreprises, il y a une baisse des cotisations patronales, et là nous avons les organisations patronales qui arrivent à la conférence sociale, et qui demandent quoi ? 250 millions d'euros supplémentaires !
CHRISTOPHE BARBIER
Pour accueillir des jeunes !
BENOIT HAMON
Oui, mais attendez. Les entreprises aujourd'hui, en tout cas leurs représentants, demandent de l'argent on a le patronat qui demande le plus d'argent d'Europe. Aujourd'hui, j'observe que c'est argent, c'est quand même des efforts qui sont réalisés par les Français, pour pouvoir financer des aides dont moi je souhaite, un, qu'on nous assure véritablement qu'elles favorisent l'entrée sur le marché du travail des jeunes, et pas dans des conditions qui sont des conditions de précarité. Deux, que quand on distribue ces aides, ou quand elles sont mobilisées, elles ne servent pas, pour une part des bénéfices, à rémunérer les dividendes, et ça, ce sont des engagements. Puisqu'il n'y a aucun tabou dans la conférence sociale, moi je souhaite que les chefs d'entreprise s'expliquent sur l'usage qu'ils font de l'argent public.
CHRISTOPHE BARBIER
Est-ce que vous allez rééchelonner, suspendre, amoindrir le programme de recrutement des 60 000 enseignants, pour des raisons budgétaires ?
BENOIT HAMON
Non. J'ai obtenu du Premier ministre, du président de la République, que les moyens indispensables à l'école, soient mobilisés, budgétairement, sous forme de créations de postes. Je rappelle qu'il y a eu 80 000 enseignants, en moins, lors du précédent quinquennat. 80 000 ! Aujourd'hui, nous sommes dans une situation où, nous manquons de remplaçants, nous avons des classes qui sont encore surchargées, des territoires où il y a une augmentation du nombre d'élèves et il faut accompagner...
CHRISTOPHE BARBIER
... maintiendrez ?
BENOIT HAMON
Oui, c'est un engagement fort, et j'ai obtenu que le président de la République et le Premier ministre le rappellent, je m'en réjouis. Je ne serai pas le ministre de la dette éducative.
CHRISTOPHE BARBIER
Les intermittents veulent bloquer l'ouverture du Festival d'Avignon ce soir, que leur dites-vous ?
BENOIT HAMON
Ecoutez, ils ont voté, je crois, en Assemblée générale. Moi je souhaite que dans ce mouvement qui crée beaucoup de... d'abord de débats parmi les intermittents, on ne se retrouve pas avec des grands festivals, qui sont des moments, d'abord, d'expression artistique et culturelle exceptionnelles, qui font l'attrait de ce pays, qu'on ne se retrouve pas avec des festivals annulés, remis en cause. Je comprends que ce serait peut-être pour la seule première journée, en tout cas moi je souhaite que le festival d'Avignon se déroule.
CHRISTOPHE BARBIER
Donnez-leur du travail, aux intermittents, à l'Education nationale, pour le périscolaire.
BENOIT HAMON
Eh bien écoutez, la réforme des rythmes scolaires, elle permet effectivement de dégager quasiment trois heures d'activités périscolaires. Et que trouvera-t-on dans ces activités périscolaires ? Eh bien des intervenants dans le domaine artistique, dans le domaine culturel, ce sera une formidable opportunité, effectivement, grâce à cette réforme, d'ouvrir l'esprit des élèves, et moi je suis certains que beaucoup des intermittents qui aujourd'hui réclament, à juste titre, du travail, trouveront, à travers ces activités, une belle manière de transmettre leur art, leur pratique, et d'éveiller nos enfants aux pratiques culturelles.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous rencontrerez les frondeurs qui vont se réunir à La Rochelle à la fin du mois d'août ?
BENOIT HAMON
Ah ben j'en rencontre, comme je rencontre... Moi je rencontre des socialistes, frondeurs ou pas frondeurs.
CHRISTOPHE BARBIER
Vous n'êtes pas le chef des frondeurs, secret ?
BENOIT HAMON
Non, le chef secret... il n'y a pas de chef caché des frondeurs...
CHRISTOPHE BARBIER
Même pas Martine AUBRY ?
BENOIT HAMON
Non, je ne crois pas... Ce n'est même pas que je ne crois pas, je suis sûr, pour vous dire, et je pense qu'il faut, au terme de ces débats, vu l'état de la droite, vu les méthodes qui sont celles de Nicolas SARKOZY aujourd'hui pour revenir sur la scène politique, qui sont d'ailleurs toujours les mêmes, mise en scène, intimidation, je pense qu'on aura besoin d'une gauche véritablement rassemblée.
CHRISTOPHE BARBIER
Benoît HAMON, chaussez vos crampons, le terrain vous attend. On regagne la table pour parler foot.
BRUCE TOUSSAINT
Et tout de suite le temps.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2014