Discours de M. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, directeur de la Documentation française, à l'occasion de son départ, Paris le 1er mars 1982.

Texte intégral

Je vous ai réunis ce soir ici, et je monte une dernière fois en chaire, pour prendre congé de vous.
Le décret m'autorisant à faire valoir mes droits à la retraite est à la veille d'être publié au Journal officiel. Mon successeur, Mme Gallouédec-Genuys, personnalité brillante et vivante -que beaucoup d'entre vous connaissent et dont je n'ai pas besoin de vous dire les mérites- sera accueillie ici jeudi matin, jour de la passation des pouvoirs, par M. Long qui lui présentera les chefs de service et les rédacteurs en chef. J'ai tenu à ce que notre réunion d'aujourd'hui soit une sorte de réunion de famille : seules venues de l'extérieur sont les quelques personnalités amies qui collaborent -avec quelle compétence et quelle fidélité !- ou sont associées directement aux activités ou à la vie éditoriale de la Direction. Une manifestation plus officielle et plus ouverte est prévue pour le mois d'avril ou de mai, à l'occasion du quarantième anniversaire de la Proto-Documentation française, et du quinzième anniversaire de notre installation Quai Voltaire.
L'état civil et les règles de la Fonction publique m'imposaient, vous le savez, un départ entre janvier 1982 et janvier 1983. Il y a un an, j'avais avisé M. Long de mon intention de ne pas user de la faculté -que m'offrait ma situation de famille- de rester en activité jusqu'à janvier 1983 ; j'estimais, d'autre part, contraire à l'intérêt de la Direction que M. Ferber et moi partions en même temps, ou en trop peu de temps. De la sorte, la solution la plus opportune, pour assurer la continuité du service et les transitions, était que je me retire entre mars et juin de cette année.
La chose est faite, et face à la réalité, je n'ai pas à dissimuler le déchirement que j'éprouve en quittant cette direction dont M. Jules Moch me disait naguère que c'était la plus belle de la République, en quittant cette Maison, et en vous quittant. Quarante ans d'activité au service de l'Etat m'y attachent, quarante ans dans la même ligne, à approfondir et étendre le même sillon.
Permettez-moi, à titre historique, d'en rappeler les débuts : c'est en janvier 1942, à Londres, que le Général de Gaulle et M. A. Diethelm, ayant décidé de créer un centre de documentation politique sur la France, la charge en fut confiée à un certain sous-lieutenant Brilhac, qui avait été agrégatif d'histoire.
Je me souviens, naïveté de néophyte, d'avoir alors passé une nuit agitée à me demander si je devais équiper le nouveau centre en dossiers suspendus pour classer les documents, comme faisaient les officiers des services de renseignement, ou en boites de carton, comme le recommandait un ancien archiviste du Quai d'Orsay.
J'ai opté pour les boites de carton : nos services des dossiers en subissent encore les conséquences ... Nous avons démarré à trois ou quatre. J'ai vite pensé que l'accumulation documentaire devait être complétée par des analyses de la situation politique, alimentaire, etc. de la France. Mes premiers rapports ont eu l'heur d'intéresser l'Intelligence Service et la BBC, beaucoup plus d'ailleurs que les responsables de la France libre. Trois mois plus tard, j'ai été chargé, en outre, de créer avec Mme de Kerguelen un service d'écoutes radiophoniques pour enregistrer les émissions de Paris, Vichy, Alger, Brazzaville et Moscou en français. En même temps, j'ai été nommé secrétaire du comité exécutif de propagande vers la France et, à ce titre, j'ai aussitôt été étroitement associé, côté londonien, à la préparation des grandes manifestations de masse de la Résistance des 1er mai et 14 juillet 1942. Puis, après les premiers voyages clandestins à Londres de Christian Pineau, de Pierre Brossolette et d'Emmanuel d'Astier, j'ai proposé d'envoyer du matériel documentaire aux mouvements de résistance que ceux-ci réclamaient. Les premiers envois ont été parachutés en août 1942. C'est à cette liaison documentaire et politique avec la Résistance que je me suis désormais consacré comme chef du service de diffusion clandestine en France, fonction à laquelle s'est ajoutée, en 1944, celle d'officier de liaison de la France libre auprès de la BBC. En mai 1944, le nombre de dossiers documentaires envoyés aux mouvements de résistance, aux partis politiques clandestins, aux journaux clandestins, de l'extrême droite résistante au PC, ainsi qu'aux réseaux de renseignement et d'action sous contrôle français atteignait 125 par mois, chaque dossier polycopié ou microfilmé contenant quelque deux cents grandes pages dactylographiées à simple interligne. Quelle émotion en retour de recevoir de France le numéro de Libération, publiant l'appel de Bernanos aux catholiques opportunistes, "Vous serez jetés sur le parvis", dont j'avais envoyé le texte à d'Astier, ou encore d'avoir entre les mains le premier numéro illustré de Combat clandestin et d'y voir reproduites des photos des troupes françaises en Italie, ces photos qui venaient de moi et dont j'avais fait fabriquer les clichés en ébonite. Quel bouleversement de retrouver dans les débris fumants d'un avion britannique de liaison abattu près de Douvres, au fond d'un sac à demi calciné qui venait de France, un dépliant émanant de mon service, et portant le tampon "Saisi par l'autorité de censure" : un censeur résistant, en France occupée, l'avait subtilisé et communiqué à un réseau ; celui-ci le renvoyait à l'expéditeur initial, en témoignage, comme pour boucler la boucle.
Ainsi, à l'épreuve et sous les contraintes de la guerre clandestine, s'était façonnée empiriquement, la conception de l'activité documentaire qui, depuis lors, est la nôtre, et selon laquelle la documentation moderne est inséparable de sa propre diffusion.
Surtout, j'ai vraiment appris alors ce que c'est que lutter pour la liberté de l'esprit ; plus d'un de mes amis est mort pour elle. J'ai en même temps appris des Anglais qu'il pouvait exister, dans une démocratie, des formes publiques et non contestées de communication sociale.
En octobre 1944, dans Paris libéré, le délégué à l'information pour la zone Nord, J. J. Mayoux, me réunit dans son bureau avec Marcel Koch, mon aîné, qui de son côté avait créé, à Alger, dès la fin 1942, un remarquable service de documentation et d'étude, et qui apportait une conception extrêmement originale et neuve de la documentation d'Etat. J'ai été son sous-directeur, puis son directeur-adjoint, puis en 1969 son successeur : mon nom figure au bas de chaque publication de la Documentation française depuis vingt-deux ans d'abord comme gérant, puis comme directeur de la publication.
Ainsi, cette Documentation française, nous l'avons créée et fait vivre avec une équipe dont les principaux cadres originels venaient de la Résistance extérieure ou intérieure : je nommerai parmi ceux qui furent vraiment de fondation, Henri Ferber, Alice Gorgeon, Suzanne Faure-Candeau, comme aussi bien M. Dufay, auxquels s'adjoignirent Jacqueline Eichart, Sonia Hennequin, André Huguet et nos fidèles standardistes ; puis de 1947 à 1949, Jean Peyrade, Maurice Le Nan et Hélène Tirimagni, issus, eux aussi, de la Résistance à Toulouse, à Rennes et à Poitiers. Parmi les anciens encore, Mme Laval, Mlle Duboé, Mme Bruère-Lebas, M. Gonzalez, et la chère Alice Triviaux qui a été pendant trente ans auprès de moi une secrétaire si précieuse. Peu à peu, l'extension du service, favorisée par le Secrétaire général du Gouvernement de l'époque, M. Ségalat, l'autorisation de vendre les publications, l'arrivée de nouvelles générations et de nouveaux talents, le renfort dans les années 1970 de MM. Burel et Nivollet, n'ont cessé d'enrichir la Documentation française.
Je mesure le chemin parcouru, quand je me rappelle ma première installation dans deux bureaux du 104 Champs-Elysées, où le premier soir, je révisais, sur le coin d'une table branlante, la revue hebdomadaire de presse anglaise faite par Denise Van Moppès, venue elle aussi de la France libre, admirable traductrice de "Pour qui sonne le glas" ; et ce premier hiver, rue du Mont Thabor où nous nous essayions vainement de nous chauffer en brûlant dans les cheminées des portraits de Pétain.
Nous sommes aujourd'hui plus de quatre cents, répartis en trois établissements, Quai Voltaire, Avenue de l'Opéra et Aubervilliers, sans oublier la librairie de Lyon ; nous éditons ou gérons cinquante périodiques, deux cent cinquante à trois cents publications non périodiques par an ; nous saturons trois ordinateurs ; le chiffre d'affaires de notre compte de commerce devrait atteindre cette année cinquante millions ; ce qui, si l'on y ajoute les crédits régaliens, représente un budget égal au quart de celui d'une maison d'édition privée aussi prestigieuse que Laffont et largement plus de la moitié de celui des Presses universitaires de France. Nos productions sont connues de tous les relais d'opinion français, de tous les plus grands centres universitaires ou bibliothèques à l'étranger.
Tout cela nous l'avons fait ensemble : la Documentation française est notre oeuvre commune, édifiée pierre après pierre, ligne après ligne. Pour ma part, je me suis à ce point assimilé à ce que j'ai considéré comme une mission, que plus d'une fois je me suis surpris, en famille, à dire "notre Maison", en parlant de la Documentation française, à l'étonnement un peu agacé de mon épouse.
Si je cherchais à faire un bilan, je mettrais bien entendu en avant le fait d'avoir doté notre pays d'un instrument, à mon sens nécessaire, et qui n'existait pas, instrument démocratique d'aide à la compréhension politique, économique et sociale du monde contemporain et, dans une mesure plus modeste et occasionnelle, d'aide à la décision politique ; le fait aussi d'avoir contribué à faciliter l'accès des citoyens et des élus aux documents et aux sources. Nous avons contribué à maintenir une présence française en face de ce qui menaçait de devenir un monopole documentaire anglo-saxon. La Documentation française a sa place reconnue, en France et dans le monde, parmi les grands organismes nationaux (Bibliothèque nationale, Archives de France, CNRS). Nous pouvons en être fiers.
Je voudrais surtout insister sur deux faits :
- Le premier est que la Documentation française a été et demeure une auto-création continue, et une création collective. D'où sans doute la fascination qu'elle a exercée et exerce sur la plupart d'entre nous. Elle n'a pas cessé de s'inventer, aussi bien dans ses productions que dans ses méthodes. Or les organismes culturels et de communication, à la différence des services d'administration administrante, sont soumis à des lois biologiques particulières dont la plus redoutable est celle du vieillissement. Ils prospèrent, mais souvent s'ankylosent et peuvent traîner de longues agonies s'ils ne savent pas se renouveler et prouver durablement leur justification, en adaptant constamment leurs activités, en anticipant même sur les besoins souvent non exprimés des utilisateurs.
Ainsi la constante adaptation de nos meilleures publications périodiques, dont une ou deux sont devenues de véritables vaches à lait de la Documentation française, selon le mot d'un rédacteur en chef d'exceptionnel mérite, cette constante adaptation a été une contribution essentielle à la vitalité de notre Direction, tout comme l'ont été, sur d'autres plans, l'introduction de l'informatique, le renouvellement de nos méthodes de gestion, la naissance, d'abord boulevard de l'Yser, de notre premier service de diffusion, puis l'incessante adaptation de nos techniques d'impression, de routage, de promotion, de marketing, la création de notre compte de commerce, tout comme enfin l'invention quotidienne qui est la loi du service des Relations extérieures. Dans un monde qui change si vite dans ses techniques, ses modes de communication et de relation, la Documentation française doit plus que jamais éviter de se replier sur elle-même ; elle doit accepter du sang nouveau ; elle doit se refuser à la routine ; elle ne devra pas cesser d'évoluer, d'inventer, de se renouveler, même si l'adaptation au changement lui est parfois pénible, et cela je le répète et le souligne, non seulement pour profiter de l'évolution des techniques audiovisuelles, informatiques ou bureautiques, mais pour répondre aux nécessités nouvelles d'une communication et d'une pédagogie sociale qui sont en train de changer de nature.
- Le deuxième trait sur lequel j'insisterai est l'intégrité intellectuelle et politique qui a été la règle d'or de toutes nos équipes, de tous nos collaborateurs extérieurs, et qui, je l'espère bien, le restera. La tâche n'est pas facile dans une période de grandes ruptures et peut-être d'affrontements idéologiques, où beaucoup, en tant que citoyens, sont tentés de s'engager, ou du moins choisissent silencieusement leur camp. En tout cas, je ne crois pas que nous ayons à rougir rétrospectivement d'une seule publication de la Documentation française, ni que l'image que nous avons donnée de la France puisse, aux yeux de quiconque, passer pour biaisée. J'y ai mis un point d'honneur ; il devrait en être de même sous les auspices de mon successeur.
De tout cela que nous avons accompli ensemble, je veux tous vous remercier, comme je remercie les amis de cette Maison ici présents dont les conseils nous ont été si précieux et dont le concours fidèle ou la vigilance ne se sont jamais démentis ; M. le Président de Baecque et M. le Conseiller Fougère, M. Théry qui, malgré ses nouvelles et lourdes responsabilités, continue de présider au comité de rédaction de "Regards sur l'Actuatité", MM. Leca, Pécaut, Aldebert et Lesage. Oui, à tous donc, merci du fond du coeur ; et d'abord à ceux qui ont été mes collaborateurs les plus proches, les plus quotidiens, en particulier Mlle Stenger que j'espère ne pas avoir trop fait souffrir ; je ne saurai trop rendre hommage à nos deux directeurs-adjoints : ils ont été les colonnes du temple, chacun se consacrant à l'oeuvre commune avec une compétence, une capacité de travail, je dirai même une abnégation hors du commun. A ces remerciements, je joins tous mes voeux pour vous et vos proches, ainsi que pour la suite de vos travaux et la prospérité de cette Maison.
Pour ma part, malgré les difficultés et les soucis d'une gestion devenue très lourde, trop lourde, j'ai trouvé ici, pourquoi le cacherai-je, de grandes satisfactions professionnelles et une sorte d'accomplissement ; de cela, je vous sais gré aussi, comme des relations personnelles d'estime et parfois d'amitié qui se sont naturellement nouées entre nous. Certes, avec le recul du temps, ce que l'on a pu faire n'apparaît pas toujours à la mesure de nos espoirs, ce que l'on a sacrifié ou manqué prend du relief ; et inversement, certaines choses, apparemment importantes sur l'instant, peuvent sembler à terme accessoires ou dérisoires.
Mais puisque je me trouve à l'un de ces tournants où l'homme se penche sur son passé, je voudrais évoquer un petit garçon de huit ans que son père tient par la main, dans une rue proche de Montmartre, il y a très longtemps (et c'était hier). Son père lui raconte la légende du Docteur Faust : Faust, après son pacte avec Méphistophélès, a épuisé, sans jamais trouver l'apaisement, les joies de la connaissance, les plaisirs de la jeunesse retrouvée, de l'amour, de la richesse, de la magie, de l'ivresse, de la sagesse classique ; finalement, redevenu vieux, aveugle de surcroît, il trouve son ultime satisfaction rédemptrice en une espèce d'accomplissement saint-simonien qui est de contribuer au progrès des hommes.
Ce jour-là décida pour ce petit garçon de l'orientation de sa vie. Il y a loin, hélas, du rêve naïf de l'enfant aux réalités souvent amères ou cruelles de l'âge adulte, et aux possibilités de réaliser -ou de se réaliser. Je crois cependant que l'engagement silencieux pris ce jour-là, qui était somme toute de se comporter comme un régulier dans le siècle, a été tenu, et que le petit garçon ne trouverait pas infidèle l'homme qui est issu de lui.
Ce qui reste d'une vie, est-il lourd ? Est-il léger ? En tout cas, ce n'est pas sans mélancolie que je vais m'éloigner : une trop grande partie de mon existence est ici pour qu'il puisse en être autrement. Je resterai proche par la pensée. Je faciliterai, cela va de soi, dans toute la mesure de mes moyens, l'installation et la mise au courant du nouveau directeur, mais c'est à lui qu'incomberont désormais les responsabilités -et il serait inconvenant que j'interfère de quelque façon que ce soit dans la marche de la Direction. Vous ne garderez pas moins en moi un ami. Ai-je besoin enfin de l'ajouter, l'honneur que le Gouvernement m'a fait en m'appelant à siéger en service extraordinaire au Conseil d'Etat me réjouit doublement : d'une part à titre personnel, d'autre part du fait qu'à travers moi, sa décision marque la reconnaissance du rôle et des succès de la Documentation française.
Ainsi, pleurant d'un oeil, je m'efforce de sourire de l'autre. Permettez que j'essaie aussi de vous faire sourire avant que nous descendions ensemble vider le pot des au revoir. Tant pis pour la rhétorique traditionnelle et pour l'unité de ton du discours : je déposerai même pour un instant la dignité administrative -au risque de vous offusquer- et je demanderai le secours de Racine pour évoquer ce qu'ont pu être certains cauchemars directoriaux (cf Athalie, acte II, 'scène V) :

"C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit :
"La vampire DOCU devant moi s'est montrée
"De mille manuscrits affreusement chargée.
"Derrière elle avançaient vers le bon-à-tirer
"Des maquettes en vrac, de grimaçants clichés,
"Se tordant et rampant en perdant leurs dessins,
"Et l'effrayant fardeau remorqué par Dumain
"Des cinquante bouquins d'un vaste Plan mort-né
"Où Ferrière avait peint d'aguichantes images
"Pour embellir l'ennui (Au sens racinien du terme) d'un si copieux ouvrage.
"-Tremble, m'a dit la DOC, fils indigne de moi,
"Qui n' as pas encor lu le tiers de mon charroi ...".
Qui mieux que Villon pourrait inspirer une "Balade des épreuves du Temps jadis, dédiée à Sonia Hennequin, mais qui pourrait l'être à celles qui ont valeureusement pris sa relève et celle de Guy Knoché :
"Souveraine des bons écrits
"Dont tant d'auteur portent la traîne,
"Nous vous disons ce jour merci
"Dans ce chastel du bords de Seine
"Pour tant d'ouvrages à la chaîne,
"Trames de page au fil des ans
"En italique ou en romaine :
"Où vont les épreuves d'antan ? "
J'imagine volontiers les imprécations de la BIPA, un jour de panne chez Télésystèmes :
"LOGOS, unique objet de mon pressentiment,
"LOGOS, en qui Pelou met son acharnement..."
Comment ne pas dédier à nos équipes photographiques la nouvelle version de "Savez-vous planter les choux ?" :
"Qui sait s' se servir des photos,
"A la mode, à la mode,
"Qui sait s' servir des photos ,
"A la mode de là-haut.
"On s'en sert avec les yeux,
"A la mode, à la mode,
"On s'en sert avec le coeur,
"A la mode, à la mode,
"On s'en sert avec astuce,
On s'en sert avec les yeux,
"A la mode là-haut".
Puis-je, sans qu'on trouve à y redire, mettre nos si dévouées et efficaces collaboratrices du routage sous le patronage d'Aristide Bruant :
"Au fond d'la rue Henri Barbusse,
"D' l'autr' côté du Marché aux Puces,
"Dès l' point du jour, ell' v'nait s'pointer
"Pour fair' des colis par milliers,
"A Aubervilliers, à Aubervilliers..."
De même je n'ai pu résister à l'inspiration du folklore de nos amis québecois, avec qui nous avons, depuis quinze ans, des accords de vente, pour évoquer les
clients de notre librairie :
"Sur le chemin du Quai Voltaire,
"La diguelanlaire
"S'en viennent apporter leurs écus
"La digue de la Docu".
Mais, pour finir, il me faut bien en revenir à Apollinaire ; le Pont Royal n'est pas tellement loin du Pont Mirabeau :
"Dessous le Pont Royal coule La Seine
"Et nos amours, faut-il qu'il m'en souvienne ?
"La joie venait toujours après la peine.
"Vienne la nuit, sonne l'heure,
"Je m'en vais, le Quai demeure."
Ainsi soit-il.Le champagne nous attend au sous-sol.