Interview de M. François Rebsamen, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social à Europe 1 le 22 juillet 2015, sur la situation de blocage dans le conflit des agriculteurs et l'annonce d'aides d'urgence par le Gouvernement.

Texte intégral


ALEXANDRE KARA
Bonjour François REBSAMEN.
FRANÇOIS REBSAMEN
Bonjour Alexandre KARA.
ALEXANDRE KARA
Merci d'être avec nous ce matin. On l'a vu Caen est toujours bloqué, dans le grand Ouest les barrages se multiplient. On a entendu la détresse des agriculteurs dans le journal de 8 heures : on n'est pas là pour mourir. C'est aussi ce que dit Xavier BEULIN, le patron de la FNSEA, il réclame autre chose que des mesurettes. François REBSAMEN est-ce que le président de la République peut annoncer autre chose que des mesurettes aujourd'hui en conseil des ministres ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, il y aura des annonces du ministre de l'Agriculture au cours du conseil des ministres et les réunions vont se poursuivre y compris cet après-midi. Moi je voudrais saluer d'abord l'action menée par Stéphane LE FOLL parce que ça fait longtemps qu'il a dépeint ce qui est en train de se passer à savoir une triple crise en réalité dans la crise agricole elle-même, c'est-à-dire une crise de la viande bovine, une crise de la viande porcine et une crise laitière. Et donc on comprend, on partage la détresse des agriculteurs. Les causes en sont multiples et plutôt que d'avoir la droite qui aujourd'hui jette de l'huile sur le feu, on devrait essayer tous d'apporter notre pierre au soutien pour comprendre la détresse des agriculteurs, essayer de trouver des solutions, proposer des solutions. Le gouvernement a commencé à agir déjà, a agi, il a agi, on pourrait dire il a agi et la droite s'agite, parce qu'il agit comment, d'abord en permettant une remontée des prix qui sont ceux qui rémunèrent le travail des agriculteurs que ce soit dans la viande porcine où je crois que l'objectif était presque atteint par rapport à ce qui a été demandé, ça a été présenté hier. Ce n'est pas encore le cas dans la viande bovine et donc on voit que l'action a porté ses fruits, a commencé à porter ses fruits. Le médiateur va rendre ses conclusions aujourd'hui, il ne s'agit pas de savoir qui est responsable, il s'agit de faire en sorte que les agriculteurs puissent vivre de produits de leur travail.
ALEXANDRE KARA
Pourtant les agriculteurs disent que les accords du 17 juin n'ont pas été respectés et aujourd'hui Stéphane LE FOLL dresse un tableau catastrophique, il dit qu'il y a près de 10 % des exploitations qui sont menacées là immédiatement de faillite.
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui, il a dit ça avant-hier, c'est vrai et hier soir il y a eu une longue réunion, le travail du médiateur a commencé à être présenté, il va être poursuivi, le travail va se poursuivre aujourd'hui et Stéphane LE FOLL est sur le terrain. Il avait pris conscience de la chose, il y a eu 23 millions d'aide d'urgence qui avaient été confiés aux Préfets pour répondre aux mesures les plus urgentes. Il y aura surement d'autres annonces aujourd'hui. Ce n'est pas à moi de les faire à quelques heures du Conseil des….
ALEXANDRE KARA
François REBSAMEN vous rendez hommage à Stéphane LE FOLL et en même temps on a l'impression que dans cette affaire le ministre de l'Agriculture a été un peu dépassé, qu'il y a eu un retard à l'allumage et d'ailleurs le président de la République reprend le dossier en main. Est-ce que ce n'est pas un signe ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, non le président de la République c'est normal il s'intéresse aux sujets qui touchent les Français et les agriculteurs tout le monde le sait c'est un sujet majeur pour notre pays, très important. On a une agriculture qui doit tendre vers plus de qualité, il y a des problèmes d'exportation qui se posent, on sait très bien que l'embargo russe pèse aujourd'hui sur nos exportations, qu'il y a des problèmes qui sont liés en Chine à des surproductions, à l'Union européenne, il n'y a pas que la France qui a des problèmes aujourd'hui dans l'Union européenne sur les sujets agricoles donc il faut prendre le sujet avec sérieux, calmement comme l'a fait le ministre de l'Agriculture, continuer les concertations, faire en sorte que les prix remontent, parce que c'est ça. Pas les prix à la vente automatiquement mais les prix qui concernent le produit des agriculteurs, ce qu'ils vendent eux ne leur permettent pas de vivre donc il faut…de se rémunérer, surtout pour les jeunes agriculteurs qui ont investi, donc il y aura surement des aides financières qui vont être apportées.
ALEXANDRE KARA
Oui mais on a entendu les appels de François HOLLANDE, de Manuel VALLS, la responsabilité des acteurs, mais est-ce que ça peut suffire d'être incantatoire comme ça ? Est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin ? Est-ce qu'aujourd'hui il ne faut pas serrer la vis peut-être de la grande distribution ou des intermédiaires ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Vous avez vu que le ministre de l'Agriculture s'est refusé à chercher des coupables, on ne va pas montrer des coupables. Il faut que chacun agisse en responsabilité, chacun à sa place, que ça soit les industriels, que ça soit la grande distribution, que ça soit les coopératives donc on a une nécessité aujourd'hui c'est de répondre à cette crise qui est une crise grave de l'agriculture française et c'est ce que fait le ministre de l'Agriculture, c'est ce que fait le gouvernement ?
ALEXANDRE KARA
Mais finalement face à la baisse des cours et à la concurrence mondiale est-ce qu'on peut encore espérer quelque chose pour le secteur de l'élevage en France ou est-ce que ce n'est pas un secteur qui de toute façon quoi qu'il arrive est en danger et risque en partie une mort lente ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non je ne le crois pas mais il faut peut-être, et ce n'est pas à moi d'apporter des réflexions comme ça, mais je peux y participer. Il faut se poser la question de la qualité de la production, peut-être ne pas être que dans une gamme moyenne, on voit que par exemple on consomme beaucoup de viande irlandaise dans notre pays, parce qu'il y a une spécificité qui a été mise en avant, alors que la viande française, moi je peux en parler dans ma région charolaise, c'est une belle viande mais on consomme moins de viande, donc il faut peut-être prendre ça en compte aussi, et donc il faut peut-être réguler mieux au niveau européen.
ALEXANDRE KARA
Hier la FNSEA saluait le dialogue, ce matin on voit bien qu'il y a un peu une radicalisation, Xavier BEULIN dit il faudra autre chose que des mesurettes et réclame le maintien des barrages. Est-ce que la FNSE joue un jeu politique dans cette affaire ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Je ne me permettrais pas de dire ça mais vous savez souvent les organisations syndicales sont menacées d'être débordées parce qu'il y a une vraie détresse qu'il faut comprendre des agriculteurs, de ceux qui voient leur travail qui n'est pas assez rémunéré, de voir leurs exploitations qui sont menacées alors qu'ils ont l'attachement à ce qu'ils font, et donc tout le monde participe je le crois aujourd'hui de la compréhension de ce phénomène de détresse et même peut-être on peut comprendre leur colère.
ALEXANDRE KARA
François REBSAMEN c'est la dernière ligne droite pour votre loi sur le dialogue social, la lecture définitive du texte est prévue demain, à l'Assemblée, c'était une loi très attendue par le patronat qui finalement au bout du compte déplore un texte qui a l'arrivée ne ressemblerait plus du tout à ses intentions initiales.
FRANÇOIS REBSAMEN
Oui il y a des postures dans les réponses aujourd'hui qui sont données. Le texte que j'ai présenté c'est un texte de progrès social. Ce sont des progrès sociaux qui sont réalisés dans ce texte qui vont maintenant se traduire concrètement pour les salariés et c'est plus de souplesse pour les entreprises. Moi je voulais tenir les deux bouts de la chaine, à savoir ne pas diminuer bien au contraire les droits aux salariés, 4,6 millions de salariés qui n'avaient pas de représentation en auront une demain.
ALEXANDRE KARA
C'est justement là où ça bloque, les très petites entreprises disent il ne faut pas de créations de ces commissions régionales qui vont alourdir encore nos charges.
FRANÇOIS REBSAMEN
Pas toutes les petites entreprises, j'ai reçu hier la CGPME ; la CGPME effectivement critiquait cette disposition. Mais par contre l'UPA, c'est-à-dire les artisans ont exactement le même dispositif, alors les artisans c'est vraiment des petites entreprises, c'est même la première entreprise de France l'entreprise artisanale, donc vous voyez il n'y a pas là j'allais dire d'atteinte aux droits des petits entrepreneurs. Au contraire je leur donne de la souplesse, des facilités, je lisse les seuils, le seuil de 50, vous savez ce passage de 50 salariés à 300, maintenant il y a des dispositions qui diminuent le nombre de réunions obligatoires pour avoir des réunions plus stratégiques, plus intéressantes pour revivifier le dialogue social, on donne la place aux partenaires sociaux et donc il y a beaucoup de dispositions, il y a la prime d'activité aussi et puis il y a tout ce qui concerne les intermittents. Bref, il y a beaucoup de choses qui sont des acquis pour les salariés qui vont être demain du progrès social et de l'autre côté de la souplesse pour les entreprises ; c'était les deux bouts de la chaine qu'il fallait tenir.
ALEXANDRE KARA
Un amendement a introduit la possibilité de reconnaitre le burn-out comme maladie professionnelle, est-ce que ce n'est pas un peu dangereux, est-ce que ça ne peut pas entrainer des excès d'interprétation ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non le burn-out c'est un début de reconnaissance et c'est normal ça peut exister mais ce n'est pas une maladie qui peut figurer au tableau des maladies professionnelles parce qu'elle n'est pas uniquement liée au poste de travail et donc j'ai renvoyé à des commissions régionales qui pourront quand il y a des cas très précis y répondre.
ALEXANDRE KARA
Et ça ne sera pas systématique ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non ce n'est pas systématique, on ne peut pas faire, j'allais dire, comme si cela était uniquement du au travail, des fois c'est du au travail, des fois il y a des causes personnelles ; mais c'est une maladie, c'est un phénomène je pourrais dire, c'est ce syndrome d'épuisement professionnel, un nouveau phénomène qu'il faut prendre en compte, augmentation de la productivité souvent, épuisement, voilà.
ALEXANDRE KARA
François REBSAMEN vous êtes ministre du travail, le président de la République l'a redit lors de son interview du 14 juillet, il ne se représentera pas sans inversion de la courbe du chômage, vous êtes en quelque sorte son dernier espoir ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, non parce qu'il ne s'agit pas d'inverser la courbe du chômage, il faut faire diminuer le nombre de chômeurs, c'est ça qui pèse sur le moral des Français. Là j'ai des bonnes annonces ce matin, des bonnes nouvelles j'allais dire qui vont être publiées dans la journée puisque vous savez le régime central de la Sécurité sociale des URSSAF recense les déclarations d'embauche. Or, au deuxième trimestre ces déclarations d'embauche ont augmenté de 1,2 %, elles avaient augmenté de 1,9 % au premier trimestre et elles augmentent les déclarations d'embauche, il y a un dynamisme de déclaration d'embauche en CDI donc il y a des bonnes nouvelles. On crée de l'emploi dans ce pays, il ne faut pas qu'on croit qu'on détruit de l'emploi, on crée de l'emploi.
ALEXANDRE KARA
Mais pourquoi le chômage augmente alors ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Parce qu'on a un tel dynamisme démographique qu'il faut créer suffisamment d'emploi pour faire reculer le chômage. Or, on crée de l'emploi mais on n'en crée pas encore assez pour faire reculer le chômage. A la fin de l'année, à la fin de l'année sur la base des prévisions, moi je suis obligé de me baser sur les prévisions à cet instant, sur la base des prévisions de croissance à 1,2 % on aura stabilisé le nombre de demandeurs d'emploi et il baissera début de l'année prochaine, fin de l'année.
ALEXANDRE KARA
Les chiffres du chômage tomberont la semaine prochaine, vous attendez de bonnes nouvelles ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Cet outil statistique est donc composé des chiffres qui sont publiés suite à Pôle emploi, au recensement de Pôle emploi ne constitue pas pour moi un outil statistique le plus fiable et je préfère les statistiques du BIT de l'INSEE qui sont publiées trimestriellement.
ALEXANDRE KARA
Si je vous entends bien vous n'êtes pas optimiste ?
FRANÇOIS REBSAMEN
Non, non mais je ne fais pas de pari sur les chiffres du chômage, j'agis pour qu'ils baissent.
ALEXANDRE KARA
François REBSAMEN merci d'avoir été avec nous ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2015