Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé à LCI le 19 mai 2016, sur la mise en place du paquet de cigarettes neutre et la lutte contre le tabagisme.

Texte intégral

ARLETTE CHABOT
Bonjour Marisol TOURAINE.

MARISOL TOURAINE
Bonjour Arlette CHABOT.

ARLETTE CHABOT
Alors, cette actualité de ce matin, il y a une incertitude évidemment, accident, terrorisme, nous rappelle qu'il y a effectivement la possibilité, cette hypothèse du terrorisme, et donc qu'il y a une menace qui pèse toujours sur la France.

MARISOL TOURAINE
Oui, mais tout d'abord permettez-moi d'exprimer mes pensées aux familles des victimes, j'imagine l'angoisse dans laquelle elles sont aujourd'hui, à l'instant où nous parlons, plongées, et le gouvernement a immédiatement réagi. Le président de la République s'est entretenu avec son homologue égyptien, nous avons mis en place une cellule de crise au ministère des Affaires étrangères, et une cellule de soutien psychologique, médicale, psychologique, s'est mise en place à Roissy, à l'aéroport de Paris, pour soutenir, accompagner, prendre en charge, les familles qui en éprouveraient le besoin. A l'heure à laquelle nous parlons aucune hypothèse ne peut être écartée, tout doit être envisagé, mais il est trop tôt pour se prononcer, donc laissons l'enquête avancer, les choses vont se faire maintenant dans les heures qui viennent, évidemment, j'insiste, aucune hypothèse ne peut être écartée.

ARLETTE CHABOT
Alors, cette hypothèse d'un attentat nous ramène donc, je le disais, aux risques, ce qui rend encore plus insupportable, sans doute, les attaques contre les policiers. Comment avez-vous réagi hier en voyant cette image épouvantable d'une attaque contre une voiture de police, avec deux policiers à l'intérieur, comment vous avez réagi, comment vous qualifiez ?

MARISOL TOURAINE
Par la colère, la colère parce que ce que j'ai vu, ce qui a été fait hier après-midi, ce dont ont été victimes ces policiers, dont un a été blessé, c'est simplement inacceptable, intolérable. On a, face aux forces de police, qui sont engagées, comme vous l'indiquiez, qui sont engagées au quotidien, dans un contexte difficile, tendu, de menaces terroristes, de menaces contre la France, et contre les Français, nous avons affaire à des professionnels de la destruction, de la casse, de l'agression. Ce ne sont pas des manifestants qui sont engagés pour des idées, pour un projet, qui veulent revendiquer simplement. Nous sommes dans un pays de droit, nous sommes dans un pays libre, nous sommes dans une démocratie, et on peut revendiquer, on peut manifester, on peut demander, c'est la chance et la force de notre pays, mais on ne peut pas, on ne doit pas accepter des violences telles qu'elles se sont déroulées hier après-midi, et elles ne sont, d'ailleurs, pas acceptées. Le gouvernement est mobilisé, le ministre de l'Intérieur, personnellement, est engagé, les forces de police, la justice, pour interpeller et pour juger.

ARLETTE CHABOT
C'est l'autorité de l'Etat aussi, Marisol TOURAINE…

MARISOL TOURAINE
Non, l'autorité de l'Etat…

ARLETTE CHABOT
… ou des questions se posent sur la capacité ou non du gouvernement à maintenir l'ordre.

MARISOL TOURAINE
L'autorité de l'Etat elle est là, l'autorité de l'Etat elle ne fait pas défaut. Les interpellations ont lieu, les jugements sont prononcés, des peines, lourdes parfois, sont appliquées, donc il n'y a pas de leçon à recevoir de la part de certains, parce que j'entends effectivement monter, à droite en particulier, l'idée que le gouvernement n'agirait pas, le gouvernement agit. Le gouvernement agit pour protéger les manifestants et pour punir, sanctionner, ceux qui viennent, à la fois perturber l'ordre public, et empêcher les manifestants de le faire dans de bonnes conditions.

ARLETTE CHABOT
Ce ne sont pas des casseurs qu'on voyait autrefois dans les manifestations, ou des gens qui venaient par exemple de banlieue qui venaient pour piller et casser, ce sont des militants politiques qui assument. Ça veut dire que s'ils appartiennent à des mouvements il faut les dissoudre, par exemple ?

MARISOL TOURAINE
Il faut examiner les situations, tout ce qui vient porter atteinte à l'ordre public est un enjeu, effectivement, et de sécurité, et de démocratie. Il n'y a aucune raison d'accepter des actes d'une violence inouïe, je le répète, c'est d'une violence inouïe. Et on ne peut pas considérer que dans notre pays il n'y ait pas tous les moyens de droit pour faire valoir des positions, et, en réalité, les seuls positions politiques qu'expriment ces personnes dont on ne voit pas le visage, dont on ne connaît pas l'identité, dont on ne connaît pas d'autres revendications que celle de casser, c'est ce qu'ils disent, « nous revendiquons la liberté de casser. » Cette liberté-là, dans un Etat de droit, elle n'existe pas.

ARLETTE CHABOT
La question est, selon vous, posée, de la poursuite du mouvement, des manifestations organisées par les syndicats contre la loi Travail, ils doivent s'interroger, les responsables syndicaux, la CGT, FO ?

MARISOL TOURAINE
Tout le monde doit s'interroger, tout le monde doit regarder ce qui se passe, le ministre de l'Intérieur, le gouvernement, vont évidemment regarder de manière encore plus attentive, encore plus précise, les conditions dans lesquelles se déroulent les manifestations, mais attention, il y va à la fois de notre capacité à vivre ensemble, de notre démocratie. Honnêtement, personne, je dis bien personne, n'a à gagner quoi que ce soit aux images que nous avons vues hier sur les écrans de nos télévisions.

ARLETTE CHABOT
Il y a une extrême gauche qui veut abattre la gauche au pouvoir, ou la gauche qui exerce le pouvoir aujourd'hui ?

MARISOL TOURAINE
Il y a une gauche qui ne comprend pas l'exercice du pouvoir, mais cette gauche-là, cette extrême gauche-là, elle n'est pas toute, quand même, elle ne se reconnaît pas toute dans les mouvements de casseurs. Moi je ne fais pas l'amalgame entre ces mouvements, ultra minoritaires, ultra violents, qui sont dans la destruction, l'agression, et éventuellement même des actes de mort, parce que hier ils auraient pu tuer, je ne fais pas l'amalgame entre ces mouvements-là…

ARLETTE CHABOT
C'était leur volonté, d'ailleurs, de tuer.

MARISOL TOURAINE
Ultra minoritaires, et une gauche, même extrême, qui ne veut pas gouverner, qui est dans la revendication, qui est dans la contestation d'un gouvernement de gauche au pouvoir. Mais, pour faire avancer, et c'est là que nous en venons à la réalité sociale de notre pays, pour faire avancer notre pays, pour engager des actions de progrès social, pour permettre à notre pays de créer des emplois, d'être compétitif, d'être actif, d'être dynamique dans la compétition internationale, nous avons besoin d'assumer les responsabilités. Et nous les assumons pleinement, c'est-à-dire avec ce que cela a de difficile, avec ce que cela a parfois d'exigeant, et nous l'assumons parce que c'est la seule manière de transformer l'ordre social et de transformer notre pays, ce n'est pas en contestant, c'est en agissant.

ARLETTE CHABOT
Alors, Marisol TOURAINE, on en arrive à votre dossier. Demain les fabricants de cigarettes vont devoir mettre ces cigarettes dans des paquets neutres, anonymes, il n'y a plus de marque.

MARISOL TOURAINE
Le paquet neutre c'est ça.

ARLETTE CHABOT
Pourquoi vous croyez, vous, que ces paquets neutres, c'est-à-dire la marque toute petite, vont permettre d'arrêter de fumer, vont réduire la consommation de tabac, parce que les Français fument beaucoup, la consommation est plus forte en France qu'ailleurs ?

MARISOL TOURAINE
Les Français fument plus que les Anglais, les Allemands ou d'autres, je ne parle même pas des Australiens, et le tabac tue en France, 80.000 personnes chaque année, les jeunes, notamment, rentrent dans le tabac. Le paquet neutre c'est quoi ? D'abord ce n'est pas très beau, c'est laid, franchement…

ARLETTE CHABOT
C'est laid, oui.

MARISOL TOURAINE
Et c'est fait pour…

ARLETTE CHABOT
Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse, l'ivresse elle est dedans, elle reste dedans.

MARISOL TOURAINE
Oui, mais l'objectif c'est de casser le côté attractif de beaucoup de paquets de cigarettes. Aujourd'hui, vous savez, les paquets de cigarettes, les marques de cigarettes, elles jouent, elles font du marketing, et elles envoient des messages, « vous êtes une femme, prenez une cigarette qui sera longue, fine, agréable, et qui vous donnera de l'allure, du chic », c'est cela qu'il faut casser. Toutes les cigarettes se valent, c'est du poison, un poison de mort, et peu importe le paquet, ce qu'il y a à l'intérieur ça tue.

ARLETTE CHABOT
Mais, il y a une mesure, Marisol TOURAINE, c'est tout simplement augmenter le prix du tabac. Vous ne voulez pas, ou vous ne pouvez pas, augmenter le prix du tabac ? C'est le plus dissuasif. Le modèle du paquet neutre c'est l'Australie, en Australie le paquet de cigarettes il est très cher.

MARISOL TOURAINE
Il a été augmenté après, et, vous savez, moi je suis tout à fait ouverte à ce débat, je porte l'idée d'une augmentation du prix du tabac. Lorsque j'ai annoncé la mise en place du paquet neutre j'ai indiqué que le prix du tabac n'augmenterait pas de manière significative avant que le paquet neutre ne soit mis en place, mais je me réjouis de ce débat, parce que lorsque j'ai lancé l'idée du paquet neutre on m'a dit « il y a deux choses qu'il ne faut pas faire, le paquet neutre d'une part, et d'autre part l'augmentation du prix du tabac parce que ça favorise la contrebande. » Alors si aujourd'hui, à la faveur de la mise en place du paquet neutre tout le monde me dit « en fait ce qu'il faut c'est augmenter le prix du tabac », alors c'est formidable, ça veut dire que tout le monde est prêt à s'engager.

ARLETTE CHABOT
On va terminer par ce qui se passera tout à l'heure, c'est-à-dire une conférence consacrée au handicap, avec le président de la République.

MARISOL TOURAINE
Au handicap, aujourd'hui. Le président de la République est engagé…

ARLETTE CHABOT
Avec une mesure ?

MARISOL TOURAINE
Oui, le président est engagé fortement, nous avons pris de nombreuses mesures depuis 2012, il en a annoncera de nouvelles, et je lui laisse évidemment la primeur de ces annonces, mais l'une de ces mesures consistera, je peux vous en donner disons l'avant-goût, consistera à revoir le système de prime d'activité pour les personnes handicapées, c'est du pouvoir d'achat en plus pour les salariés qui ont des revenus modestes. Il se trouve qu'aujourd'hui dans le calcul de la prime d'activité on ne prend pas en compte l'allocation pour les personnes handicapées, nous allons la prendre en compte. Concrètement, une personne handicapée, qui a cette allocation, et qui travaille à mi-temps, aujourd'hui elle n'a pas de prime d'activité, demain, à partir du 1er juillet concrètement, le président de la République le dira, elle aura droit à la prime d'activité et pour elle un demi-SMIC d'activité et l'allocation handicapé, cela voudra dire une prime de 135 euros par mois, c'est donc un progrès concret, du pouvoir d'achat en plus, pour des personnes qui sont en situation de handicap.

ARLETTE CHABOT
135 euros par mois en plus.

MARISOL TOURAINE
Pour quelqu'un qui est à mi-temps, au SMIC.

ARLETTE CHABOT
Merci beaucoup Marisol TOURAINE d'être venue ce matin.

MARISOL TOURAINE
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 mai 2016