Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à RMC le 21 mars 2018, sur la journée d'action du secteur public le 22 mars et la perspective d'une grève de la SNCF deux jours sur cinq ("grève perlée") à compter du 3 avril.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE, bonjour.
ELISABETH BORNE
Bonjour.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. La grève à la SNCF s'annonce dure.
ELISABETH BORNE
Oui, alors, je voudrais préciser que demain c'est une journée d'action qui concerne tout le secteur public.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, exact.
ELISABETH BORNE
Sur des thèmes différents, pour les uns c'est la rémunération, pour les autres c'est les effectifs. Donc moi je comprends que certains aient intérêt à faire des amalgames, mais demain c'est une action tout secteur public.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a quand même deux syndicats de la SNCF qui appellent à la grève demain.
ELISABETH BORNE
Absolument, mais donc il y a effectivement un sujet de réforme de la SNCF, dont on peut parler, oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en parler. Mais la grève s'annonce dure, franchement, vous sentez que la grève sera suivie, très suivie ?
ELISABETH BORNE
Alors, demain, on a des premières indications, il devrait y avoir en moyenne 50 % des TER, 40 % sur les TGV et 30 % en Ile-de-France.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que pour l'instant nous n'avions pas d'informations. Donc vous nous dites : 50 % TER, 40 % TGV...
ELISABETH BORNE
30 % en Ile-de-France.
JEAN-JACQUES BOURDIN
30 % en Ile-de-France, ça veut dire que la grève sera suivie dès demain, alors que la CGT n'est pas en grève demain, la CGT rail.
ELISABETH BORNE
Donc il y a une journée d'action demain, mais qui est tout secteur public.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Tout secteur public, donc déjà de grosses perturbations demain.
ELISABETH BORNE
Il y aura effectivement des perturbations importantes à la SNCF, dans les autres secteurs, le trafic sera quasi normal à la RATP, mais effectivement il y a des perturbations demain à la SNCF.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors la SNCF, à partir du 3 avril, il y a cette grève, deux jours de grève trois jours de travail. La SNCF nous précise qu'aucune réservation ou achats de billets de train sur des trajets pour les jours de grève annoncés, sera possible, n'est possible. Est-ce supportable pour ceux qui veulent partir en vacances, pour ceux qui ont besoin du train pour aller travailler ?
ELISABETH BORNE
Alors la SNCF indique déjà des réservations qui ont été prises, les jours de grève, et donc elle souhaite limiter les désagréments pour les voyageurs, donc je pense qu'il est effectivement prudent de ne pas continuer à réserver, tant qu'on n'a pas...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'est plus possible parait-il d'acheter aujourd'hui...
ELISABETH BORNE
Sur les jours de grève. Sur les jours de grève.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous comprenez ça ?
ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut que la SNCF puisse avoir plus de visibilité sur le plan de transport qu'elle saura assurer pour ces jours-là, avant de vendre des billets aux voyageurs qui pourraient être en difficultés si effectivement ils n'ont pas de train.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Elisabeth BORNE, Le Parisien révèle une note interne de la CGT à propos de cette grève à la SNCF. Je ne sais pas si vous avez vu ce mail interne, vous avez peut-être vu, oui, vous l'avez vu évidemment, vos équipes l'ont vu. « Quel est l'objectif – écrit la CGT – perturber au maximum la circulation des trains, tout en limitant l'impact financier pour les grévistes ? Nous pouvons tenir 3 mois, il a bien fallu se rendre à l'évidence aujourd'hui, hormis une poignée d'agents nous sommes incapables de tenir au-delà de 15 jours de grève, nous savons que face à un gouvernement déterminé comme celui que nous avons actuellement, il nous faudra tenir bien plus longtemps ». Commentaire.
ELISABETH BORNE
Ecoutez, enfin, moi la grève elle est légitime, elle est constitutionnelle, mais effectivement, si l'objectif c'est de perturber au maximum les voyageurs, de désorganiser le service public, là je pense que ça n'est pas ce qu'on peut attendre de l'action syndicale.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien oui. Qu'écrit la CGT ? « La proposition de grève, deux jours de grève, trois jours de travail, prend tout le monde de cours, je vous invite à voir la tête de Guillaume PEPY et celle de la ministre Elisabeth BORNE, c'était jouissif, la Direction avait anticipé, s'est organisée pour une grève dure et reconductible classique, ils n'ont à aucun moment senti venir le coup ».
ELISABETH BORNE
Moi je ne peux pas croire que les cheminots adhèrent à ces méthodes, et je voudrais de redire, la bonne démarche c'est la négociation. La négociation, elle est en cours, elle se poursuit, il y a beaucoup de sujets discutés, et la bonne méthode pour le service public, pour la SNCF, pour les cheminots, c'est la négociation. Moi je viens d'écrire aux organisations syndicales avec lesquelles je discute maintenant et on a eu beaucoup de réunions de discussions, de concertation, je viens d'écrire pour leur reproposer un agenda social avec des thèmes précis, parce qu'il y a beaucoup de sujets à discuter, c'est une réforme globale, il faut préparer l'ouverture à la concurrence, dont je rappelle qu'elle a été décidée dans le précédent quinquennat, qu'elle est demandée par les régions, il faut donc travailler sur tous ces sujets, il y a beaucoup de questions qui sont sur la table, comment on va organiser les appels d'offres, comment on va déterminer les cheminots qui sont concernés par les, éventuellement, pertes de contrats pour la SNCF, quelles garanties ils vont emporter avec eux en cas de perte de contrats, quel parcours professionnel on va proposer aux cheminots, donc c'est des sujets importants, je pense que c'est des sujets qui concernent tous les cheminots, et la bonne méthode c'est vraiment la négociation. Je pense que c'est, voilà, c'est en tout cas, moi c'est je suis déterminée à mener cette négociation, dans l'intérêt du service public, dans l'intérêt des cheminots et de la SNCF.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Elisabeth BORNE, vous avez des rendez-vous là avec les syndicats, de nouveaux rendez-vous.
ELISABETH BORNE
Mais on a tout un programme...
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous les rencontrez, vous, à nouveau, là ?
ELISABETH BORNE
On a tout un programme de rendez-vous, parce que je rappelle que c'est une réforme globale, c'est améliorer le service public avec un programme d'investissements massif, c'est préparer l'ouverture à la concurrence, c'est proposé un cadre social équitable et protecteur pour les futurs embauchés. Je rappelle que tous les cheminots qui sont aujourd'hui à la SNCF, garderont leur statut. C'est donner tous les atouts à la SNCF dans la concurrence, avec une organisation plus efficace, moins cloisonnée, avec une trajectoire financière aussi équilibrée, vous savez qu'aujourd'hui la dette augmente de 3 milliards d'euros par an, 1,5 milliard de frais financiers tous les ans, donc c'est à tous ces sujets qu'on veut s'attaquer, évidemment il y a beaucoup de sujets à discuter, moi je souhaite qu'on puisse avancer au maximum et traduire les résultats de nos discussions dans la future loi, que je présenterai au Parlement début avril.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Début avril vous présentez une future loi, future loi englobant évidemment cette réforme de la SNCF. Il y aura une loi, plus tard, sur la réforme des retraites, on sait que les cheminots ont un régime de retraite spécifique, qui perd de l'argent, Elisabeth BORNE, c'est l'Etat qui paie, qui perd de l'argent.
ELISABETH BORNE
Notamment du fait d'un déséquilibre démographique et ça vous l'avez dans tous les secteurs, quand on a un déséquilibre démographique, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup plus de cheminots retraités que de cheminots actifs aujourd'hui, il y a la solidarité nationale dans ce secteur, comme dans d'autres, donc ça c'est normal.
JEAN-JACQUES BOURDIN
On remettra tout à plat, si j'ai bien compris.
ELISABETH BORNE
Il y a une réflexion globale, voilà, il y a une réflexion globale...
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'était la volonté du Président de la République.
ELISABETH BORNE
Il y a une réflexion globale de justice sur l'ensemble des systèmes de retraite, mais ça c'est plus tard.
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est pour plus tard, effectivement, j'ai vu qu'il y avait des propositions ici ou là pour résorber une partie de la dette de la SNCF. J'ai vu que le Parti communiste français souhaitait vous rencontrer. Vous allez rencontrer...
ELISABETH BORNE
Moi je rencontre tous ceux qui souhaitent discuter de la réforme, c'est une réforme, je le redis, dans l'intérêt du service public, de la SNCF et des cheminots. Moi je voudrais dire effectivement que les précédents gouvernements disaient qu'il n'y avait pas de problème avec la dette de la SNCF, le précédent gouvernement a même adressé un rapport au Parlement, expliquant qu'il n'y avait pas de problème. Nous, nous ne disons pas ça, moi je dis au contraire que la dette c'est un problème, que c'est même une menace pour la SNCF, et donc on doit traiter également ce sujet.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Demain, la RATP aussi est en grève, mais prévoit peu de perturbations.
ELISABETH BORNE
Trafic quasi normal dans les métros, les bus et les tramways.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous connaissez bien la RATP, Elisabeth BORNE, et puis j'ai vu que, en ce qui concerne les aéroports, vous aviez dans l'idée de réduire la taxe d'aéroport. C'est vrai ?
ELISABETH BORNE
Oui, alors j'ai lancé des assises du transport aérien pour réfléchir à la compétitivité du transport aérien. Vous savez qu'aujourd'hui les compagnies françaises ne captent que 10 % du de la croissance du trafic, donc on ne peut pas s'en satisfaire, il faut qu'on réfléchisse à l'amélioration de la performance de nos compagnies 58 aériennes, pour qu'elles soient plus présentes dans le développement du trafic et ça passe notamment par une baisse des taxes sur les aéroports.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et j'en reviens, les transports, la route, les autoroutes, je vois parmi les propositions du Parti communiste, une renationalisation des autoroutes. C'est possible ça de renationaliser ?
ELISABETH BORNE
Ecoutez, c'est sans doute plus de 30 milliards d'euros, donc je ne sais pas si les contribuables souhaitent dégager cet argent.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça coûterait 30 milliards d'euros de renationaliser ?
ELISABETH BORNE
Ça coûte, en effet, moi... 30 milliards d'euros, oui.
JEAN-JACQUES BOURDIN
30 milliards d'euros. Merci Elisabeth BORNE d'être venu nous voir ce matin.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 23 mars 2018