Interview de M. Sébastien Lecornu, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, avec France 2 le 31 août 2018, sur le prélèvement à la source, la démission de Nicolas Hulot du gouvernement et sur la politique de l'environnement.

Texte intégral


LAURENT BIGNOLAS
Justement, on retrouve tout de suite pour les 4 V Guillaume DARET, bonjour Guillaume. Vous recevez ce matin Sébastien LECORNU.
GUILLAUME DARET
Oui, absolument, secrétaire d'Etat à la Transition écologique et solidaire. Alors est-ce qu'il va succéder à Nicolas HULOT ? Et puis on va lui demander aussi si lui, il a compris quelque chose à la question du prélèvement à la source.
Bonjour à tous, bonjour Sébastien LECORNU.
SEBASTIEN LECORNU
Bonjour Guillaume DARET.
GUILLAUME DARET
Alors ce matin, c'est un peu le grand flou sur le prélèvement à la source, le président de la République hier a demandé des précisions avant de prendre sa décision. Gérald DARMANIN, le ministre des Comptes publics, dit que tout va bien. Franchement est-ce que vous, vous avez compris, est-ce que oui ou non le 1er janvier prochain le prélèvement à la source entrera en vigueur ?
SEBASTIEN LECORNU
Déjà, je pense que les choses sont beaucoup plus claires que certains veulent bien les présenter. C'est une réforme de transformation profonde qui a pour but de simplifier la vie des Français, notamment des contribuables qui ont des variations de revenus importantes. Et le président de la République a souhaité que le ministre de l'Action et des Comptes publics ouvre ce grand chantier. Il est bien normal que le chef de l'Etat demande des précisions à ses ministres sur des dossiers qui peuvent avoir autant d'impacts pour nos concitoyens, il lui est arrivé de le faire avec d'autres ministres, moi le premier. Donc…
GUILLAUME DARET
Donc vous êtes optimiste !
SEBASTIEN LECORNU
Vous savez, moi je vois Gérald DARMANIN se déployer sur le terrain depuis maintenant de nombreux jours. Il était dans le sud-ouest de la France hier, la semaine dernière en Charente et en Charente-Maritime. Je connais un peu l'administration fiscale, on la connaît tous, elle est réputée pour être particulièrement résiliente et compétente. Après, que le chef de l'Etat puisse demander des comptes à son gouvernement pour s'assurer que tout fonctionne bien pour le 1er janvier, je crois que c'est plutôt rassurant.
GUILLAUME DARET
Ça donne quand même le sentiment un peu d'une panique à bord, non ?
SEBASTIEN LECORNU
C'est vous qui dites ça, mais les journalistes politiques sont là pour justement commenter, moi je ne pense pas. Je trouve cela normal que sur quelque chose qui renverse autant le logiciel…
GUILLAUME DARET
Ça distille le doute quand même !
SEBASTIEN LECORNU
Administratif, technique, on est loin d'un débat purement politique, on est sur un débat éminemment technique dans la vie de chaque Français et dans la manière de prélever l'impôt et de le compter. Il est bien normal qu'on s'assure que tout fonctionne bien pour le 1er janvier, en tout cas le ministre de l'Action et des Comptes publiques a indiqué effectivement sa mobilisation sur le sujet, de la montrer sur le terrain comme il sait le faire ; et le président de la République est attentif à ce que son gouvernement lui rende des comptes, moi je trouve ça très très bien.
GUILLAUME DARET
Alors Conseil des ministres tout à l'heure, ça fait 3 jours désormais que Nicolas HULOT a annoncé sa démission. Est-ce qu'on va connaître son successeur aujourd'hui ?
SEBASTIEN LECORNU
Ces choses-là appartiennent au président de la République et au Premier ministre sous la 5ème République. Pour l'instant en tout cas, il y a continuité dans les affaires de l'Etat, puisque Brune POIRSON, Elisabeth BORNE et moi-même, nous expédions non seulement les affaires courantes, mais le président de la République et le Premier ministre nous ont demandé également de ne prendre aucun retard sur tous les dossiers en cours en pleine rentrée ; et c'est ce que nous faisons. Brune POIRSON était il y a quelques jours encore…
GUILLAUME DARET
En déplacement effectivement.
SEBASTIEN LECORNU
Dans le sud-ouest sur les crues Cévenoles, moi même j'ai eu l'occasion de me déployer sur les questions sur les assises de l'eau, sur les dégâts de gibiers pour les agriculteurs.
GUILLAUME DARET
Quelles qualités il faut pour faire un bon ministre de l'Environnement et de l'Ecologie ?
SEBASTIEN LECORNU
Un portrait robot type, c'est un ministère qui est un ministère complexe, Nicolas HULOT a eu l'occasion de le dire lui-même lors de sa matinale chez vos confrères de France Inter. Une fois de plus, c'est le Premier ministre et le président de la République qui sauront là aussi trouver le bon profil.
GUILLAUME DARET
Vous, ça vous intéresse ?
SEBASTIEN LECORNU
Moi je suis fier et heureux de faire ce que je fais à l'âge de 32 ans, participant en plus à une recomposition politique assez inédite avec ce que le président de la République a voulu faire en faisant entrer des gens de tous horizons et de toutes sensibilités dans son gouvernement. Une fois de plus par définition, c'est au président de la République et au Premier ministre que de composer le gouvernement. Moi je suis fier de ce que je fais aujourd'hui.
GUILLAUME DARET
Les écologistes estiment que votre nomination, ce serait une provocation, parce que vous avez mené la réforme notamment de la chasse ; et vous êtes vu peut-être comme le lobbyiste des chasseurs et des armes au sein du gouvernement.
SEBASTIEN LECORNU
Alors j'ai lu ça quelque part, j'aimerais bien avoir le nom de ces écologistes puisque tous ces anonymes qui font des procès d'intention, c'est toujours assez pénible. Moi je suis le seul membre du gouvernement, pas de ce gouvernement, d'un gouvernement à être allé physiquement par 2 fois et bientôt par 3 fois à Fessenheim, pour engager la fermeture irréversible de Fessenheim. Je suis également allé au coeur de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes pour rendre applicable la décision du président de la République et du Premier ministre. Moi, je n'ai pas de leçon d'écologie à recevoir, quand j'étais maire et président de département dans l'Eure et maire de Vernon, j'ai mené des projets écologiques concrets. Donc là aussi, qu'ils se les gardent leurs leçons.
GUILLAUME DARET
En tout cas, le futur ministre va trouver sur son bureau un rapport, le nucléaire va être au coeur de sa feuille de route puisque vous allez décider de… la feuille de route de l'énergie, du mix-énergétique dans les années à venir. Un rapport confidentiel qui avait été demandé notamment par Nicolas HULOT qui préconise, je cite, la mise en chantier de 6 nouveaux réacteurs EPR à partir de 2025, notamment pour maintenir les compétences de la filière. Est-ce que vous allez suivre ce rapport et construire ces 6 nouveaux EPR ?
SEBASTIEN LECORNU
Déjà, il faut comprendre qu'effectivement, il y a une décision importante que qui nous attend au gouvernement à l'automne, c'est la fameuse programmation pluriannuelle pour l'énergie qui est le document qui va effectivement donner les objectifs et le cadre de notre mix énergétique français. Et là, il y a un objectif gouvernemental très clair réaffirmé par le chef de l'Etat, c'est arriver à 50 % de la part du nucléaire dans notre mix électrique français. Et donc…
GUILLAUME DARET
A quel horizon, à quel horizon les 50 % ?
SEBASTIEN LECORNU
Justement, la date sera tranchée dans le cadre de la PPE. 2025 n'était pas tenable comme vous le savez…
GUILLAUME DARET
Pour fermer !
SEBASTIEN LECORNU
Je confirme que 2025 n'est pas tenable ; et je confirme aussi qu'on souhaite y arriver le plus vite possible.
GUILLAUME DARET
C'est-à-dire en… vous avez une date ou pas ?
SEBASTIEN LECORNU
On est en train d'y travailler et clairement, nous sommes dans la dernière ligne droite. Il s'agit quand même de garantir la sécurité de l'approvisionnement en électricité. Personne ne comprendrait qu'en plein hiver, on puisse avoir des problèmes d'approvisionnement en électricité ou des black-out ; il y a des enjeux sociaux, je sais de quoi je parle, je m'occupe de la fermeture des 4 centrales à charbon et de la fermeture de Fessenheim, il faut regarder l'impact ; il y a des enjeux économiques et industriels. Et c'était uniquement cela le but et le sens de ce rapport, c'est d'éclairer justement sur l'avenir de la filière industrielle nucléaire en matière de compétences et donc ça, ça rentre en ligne de compte ; et les objectifs environnementaux et énergie.
GUILLAUME DARET
Alors ces 6 nouveaux réacteurs, est-ce que vous allez oui ou non suivre ce rapport, est-ce qu'il faut ou pas les construire ?
SEBASTIEN LECORNU
De deux choses l'une, comme je viens de vous le dire, il y a des contingences industrielles qu'il faut regarder, c'est la PPE qui le tranchera. Deuxième des choses l'EPR, c'est une technologie qui est actuellement en construction sur notre territoire, l'EPR Flamanville 3 que l'on connaît bien, que l'on connaît malheureusement pour ses retards en dépit des qualités des équipes d'EDF qui se déploient là aussi de manière assez formidable. Mais il y a un retard avec des inconnues et ces inconnues traduisent aussi des inconnues économiques. Là aussi la PPE, c'est notre capacité à définir un mix électrique qui garantit aussi que la facture d'électricité des Français, elle reste stable. Donc là aussi des chantiers, les choses sont complexes.
GUILLAUME DARET
L'objectif de 50 % de nucléaire dans l'énergie française…
SEBASTIEN LECORNU
Le plus rapidement possible.
GUILLAUME DARET
D'accord. Avant, après 2030 ?
SEBASTIEN LECORNU
La date sera indiquée dans le cadre de la PPE.
GUILLAUME DARET
En un mot, on voit aujourd'hui selon plusieurs sondages que la cote de popularité d'Emmanuel MACRON est au plus bas depuis son élection. Qu'est ce qui ne fonctionne plus ?
SEBASTIEN LECORNU
Je crois déjà que lorsqu'on on est dans un gouvernement et lorsqu'on participe à cette aventure assez unique de recomposition politique sous la 5ème République, dans laquelle les chantiers de transformation sont nombreux, ils sont menés en même temps puisqu'il y a une urgence importante à réformer, à transformer que parfois évidemment ça vient bousculer un tout petit peu des ordres établis, il est normal que parfois il puisse y avoir des interrogations dans l'opinion publique. Je pense que la pire des choses qui puisse nous arriver en cet automne et en cette rentrée de début septembre, ça serait de se laisser perturber ou distraire. Je pense que là où les Français ne comprendraient pas, c'est que nous commencions à tergiverser ou à partir dans tous les sens, au contraire, on garde et on tient un cap conformément à ce que le chef de l'Etat avait indiqué au début du quinquennat.
GUILLAUME DARET
Merci à vous Sébastien LECORNU.
SEBASTIEN LECORNU
Merci de m'avoir invité.
GUILLAUME DARET
Vous qui n'est pas un Gaulois réfractaires au changement !
SEBASTIEN LECORNU
Un Gaulois et je crois bien quand même que comme beaucoup de Gaulois, parfois je suis réfractaire au changement en ce qui me concerne vous savez.
GUILLAUME DARET
D'accord, on ne le dira pas au chef de l'Etat.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 septembre 2018