Texte intégral
Encore un effort, Messieurs les Français ! Telle est l'interpellation de celles et de ceux qui savent que la violence du monde se nourrit de ses inégalités croissantes. C'est aussi ma conviction. Je salue donc l'engagement de ceux qui veulent "mettre la pression". Pour autant, je ne puis laisser accroire, comme l'a suggéré Le Monde le 21 novembre, que l'effort français d'aide au développement a baissé d'un tiers sous le gouvernement Jospin.
C'est entre 1994 et 1998 que l'aide française au développement a connu une chute brutale, passant de 0,56 % du PIB (hors TOM) à 0,34 %. Le gouvernement Jospin a enrayé cette tendance, commune à la plupart des pays développés. Avec 0,32 % en 2000 et 0,33 % prévus pour 2001, la France est le premier contributeur en pourcentage du PIB parmi les sept grands pays industrialisés (G7). Elle se situe ainsi nettement au-dessus de la moyenne de l'OCDE (0,22 %), tandis que les Etats-Unis sont à 0,10 %.
Faut-il pour autant en rester là ? Je ne le crois pas. Le Conseil européen des ministres du Développement a donné mandat à la Commission d'examiner avec chaque Etat membre un calendrier pour atteindre l'objectif de 0,7 % du PIB. J'ai également souligné la nécessité d'accompagner cet objectif par des avancées tant sur l'efficacité de l'aide que dans la recherche de mécanismes nouveaux liés aux enjeux des biens publics mondiaux. Ma conviction est double : de nouvelles voies doivent être activement recherchées en même temps qu'un effort financier supplémentaire est nécessaire.
Comme l'ont noté la Banque mondiale, ou les enceintes préparant la Conférence de Monterrey sur le financement du développement (mars 2002), un doublement de l'aide mondiale serait nécessaire pour que l'humanité atteigne 2015 les objectifs de réduction de la pauvreté adoptés à l'ONU lors de l'Assemblée du Millénaire.
Une approche purement quantitative se heurte cependant à la capacité d'absorption et de mise en uvre de l'aide par les pays bénéficiaires. Elle ne peut suffire parce que l'efficacité de l'aide est une condition de sa légitimité.
Il nous faut répondre dans le même temps aux défis actuels posés par la globalisation et l'émergence d'enjeux qui concernent le Sud comme le Nord, liés aux biens publics mondiaux : la santé, le savoir, l'environnement, la stabilité financière, la sécurité.
Le gouvernement a contribué à la création de mécanismes financiers de type nouveau pour y répondre: Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, pour lequel le Premier ministre a annoncé 150 millions d'euros sur trois ans ; accroissement substantiel, d'ici à 2005, de notre contribution au Fonds mondial pour l'environnement ; effort sans précédent d'annulation de la dette des pays les plus pauvres (initiative PPTE), dont la charge s'ajoutera à l'aide déjà versée, comme l'a décidé le gouvernement en 2000. La France va ainsi apporter la plus forte contribution (10 milliards d'euros de créances annulables) au profit de la lutte contre la pauvreté, bien au-delà de l'effort requis au plan multilatéral.
Mais il nous faut encore aller au-delà. La prise de conscience des enjeux liés à ces biens publics mondiaux appelle une réponse volontariste et novatrice. Les attentats du 11 septembre n'ont pas rendu les critiques de la mondialisation moins légitimes. Ils ont au contraire renforcé notre devoir d'y répondre.
C'est pourquoi le temps est venu de poser le principe d'une taxe internationale, liée à la capacité contributive des Etats - et permettant donc un vrai partage des contributions -, destinée à limiter les abus de la mondialisation et à financer les biens publics mondiaux. Les réflexions sur l'assiette sont ouvertes : mouvements financiers spéculatifs, émissions de carbone (comme le proposent M. Zedillo et M. Delors) ou encore exportations d'armes. Nous devons progresser dans cette voie, avec un double but : assurer une plus grande stabilité et équité du monde.
Un effort supplémentaire d'aide publique est néanmoins nécessaire. Dans un premier temps, en se fondant sur les analyses convergentes de la Banque mondiale ou du rapport Zedillo, les pays de l'OCDE devraient au minimum doubler leur effort global d'aide publique, et passer de 0,22 % en moyenne à 0,4 4 % du PIB, première étape vers l'objectif de 0,7 % qui nous engage tous.
En vue de la conférence de Monterrey, je pense que les pays de l'OCDE devraient donc se fixer un double objectif : développer des formes nouvelles de financement adaptées aux enjeux de la globalisation, et doubler leur effort d'aide publique, ce qui implique, pour certains, un effort considérable, et pour la France un effort supplémentaire de l'ordre d'un dixième de point de PIB. Un effort que la France doit pouvoir consentir pour être fidèle à ses valeurs et à sa vision d'un monde plus solidaire, plus stable et plus équitable, bref, plus vivable pour tous.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 décembre 2001)
C'est entre 1994 et 1998 que l'aide française au développement a connu une chute brutale, passant de 0,56 % du PIB (hors TOM) à 0,34 %. Le gouvernement Jospin a enrayé cette tendance, commune à la plupart des pays développés. Avec 0,32 % en 2000 et 0,33 % prévus pour 2001, la France est le premier contributeur en pourcentage du PIB parmi les sept grands pays industrialisés (G7). Elle se situe ainsi nettement au-dessus de la moyenne de l'OCDE (0,22 %), tandis que les Etats-Unis sont à 0,10 %.
Faut-il pour autant en rester là ? Je ne le crois pas. Le Conseil européen des ministres du Développement a donné mandat à la Commission d'examiner avec chaque Etat membre un calendrier pour atteindre l'objectif de 0,7 % du PIB. J'ai également souligné la nécessité d'accompagner cet objectif par des avancées tant sur l'efficacité de l'aide que dans la recherche de mécanismes nouveaux liés aux enjeux des biens publics mondiaux. Ma conviction est double : de nouvelles voies doivent être activement recherchées en même temps qu'un effort financier supplémentaire est nécessaire.
Comme l'ont noté la Banque mondiale, ou les enceintes préparant la Conférence de Monterrey sur le financement du développement (mars 2002), un doublement de l'aide mondiale serait nécessaire pour que l'humanité atteigne 2015 les objectifs de réduction de la pauvreté adoptés à l'ONU lors de l'Assemblée du Millénaire.
Une approche purement quantitative se heurte cependant à la capacité d'absorption et de mise en uvre de l'aide par les pays bénéficiaires. Elle ne peut suffire parce que l'efficacité de l'aide est une condition de sa légitimité.
Il nous faut répondre dans le même temps aux défis actuels posés par la globalisation et l'émergence d'enjeux qui concernent le Sud comme le Nord, liés aux biens publics mondiaux : la santé, le savoir, l'environnement, la stabilité financière, la sécurité.
Le gouvernement a contribué à la création de mécanismes financiers de type nouveau pour y répondre: Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, pour lequel le Premier ministre a annoncé 150 millions d'euros sur trois ans ; accroissement substantiel, d'ici à 2005, de notre contribution au Fonds mondial pour l'environnement ; effort sans précédent d'annulation de la dette des pays les plus pauvres (initiative PPTE), dont la charge s'ajoutera à l'aide déjà versée, comme l'a décidé le gouvernement en 2000. La France va ainsi apporter la plus forte contribution (10 milliards d'euros de créances annulables) au profit de la lutte contre la pauvreté, bien au-delà de l'effort requis au plan multilatéral.
Mais il nous faut encore aller au-delà. La prise de conscience des enjeux liés à ces biens publics mondiaux appelle une réponse volontariste et novatrice. Les attentats du 11 septembre n'ont pas rendu les critiques de la mondialisation moins légitimes. Ils ont au contraire renforcé notre devoir d'y répondre.
C'est pourquoi le temps est venu de poser le principe d'une taxe internationale, liée à la capacité contributive des Etats - et permettant donc un vrai partage des contributions -, destinée à limiter les abus de la mondialisation et à financer les biens publics mondiaux. Les réflexions sur l'assiette sont ouvertes : mouvements financiers spéculatifs, émissions de carbone (comme le proposent M. Zedillo et M. Delors) ou encore exportations d'armes. Nous devons progresser dans cette voie, avec un double but : assurer une plus grande stabilité et équité du monde.
Un effort supplémentaire d'aide publique est néanmoins nécessaire. Dans un premier temps, en se fondant sur les analyses convergentes de la Banque mondiale ou du rapport Zedillo, les pays de l'OCDE devraient au minimum doubler leur effort global d'aide publique, et passer de 0,22 % en moyenne à 0,4 4 % du PIB, première étape vers l'objectif de 0,7 % qui nous engage tous.
En vue de la conférence de Monterrey, je pense que les pays de l'OCDE devraient donc se fixer un double objectif : développer des formes nouvelles de financement adaptées aux enjeux de la globalisation, et doubler leur effort d'aide publique, ce qui implique, pour certains, un effort considérable, et pour la France un effort supplémentaire de l'ordre d'un dixième de point de PIB. Un effort que la France doit pouvoir consentir pour être fidèle à ses valeurs et à sa vision d'un monde plus solidaire, plus stable et plus équitable, bref, plus vivable pour tous.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 décembre 2001)