Interview de M. François Patriat, secrétaire d'Etat aux PME, au commerce, à l'artisanat et à la consommation, à "La Chaîne Info" le 14 décembre 2001 sur le passage à l'euro avec deux craintes possibles la difficulté de passage et la hausse des prix et sur les satisfactions données aux revendications salariales.

Texte intégral


A. Hausser
Vous vous occupez de la mise en place des kits euro : y en aura-t-il pour tout le monde ?
- "Nous avons fait fabriquer 50 millions de kits, il y a en a un par Français. Au départ, on en avait prévu 15 millions, puis 30 millions et nous en avons fait un peu plus 50. Chacun en aura, il n'y aura pas de pénurie - il y a parfois dans l'esprit des Français la peur de manquer. Je suis très heureux de voir que le train de l'euro arrive à l'heure. Ces sachets vont répondre au concept d' "euro impatience" que j'ai développé au cours des derniers mois."
Vous n'imaginez pas une seconde qu'il puisse y avoir un scénario d' "euro catastrophe", au moment de la mise en place, notamment à cause du rendu monnaie qui va tout de même être très compliqué ?
- "Il y a avait deux craintes pour les Français : la première, c'était la hausse des prix, la seconde, la difficulté de passage..."
Elle est déjà faite !
- "La hausse des prix ? Non. Les prix ont baissé ce dernier mois de 0,3 % et nous sommes en tendance annuelle sur 1,5 - 1,8, ce qui est mieux que l'an dernier. Il y a eu quelques hausses sectorielles, mais globalement, notamment avec la baisse du prix du pétrole - et d'autres comme celles des fruits et légumes ce mois-ci, la baisse des produits frais, y compris celle de la viande -, il y a une tendance très marquée à la pause et surtout pas de hausse. Maintenant, les Français savent qu'avec l'euro, il n'y a pas d'inflation. Ils doivent comprendre que le rôle des pouvoirs publics et de tous ceux qui accompagnent le passage à l'euro est de leur faciliter la vie demain. Il n'y aura pas de pénurie de pièces ; il y aura des billets le 1er janvier. On peut payer avec ses cartes - et déjà beaucoup de gens payent avec leur carte aujourd'hui - avec ses chèques. Le passage à l'euro sera comme le passage à l'an 2000, il se fera dans de bonnes conditions. Il y a aura sans doute des problèmes techniques, mais pas plus."
Y aura-t-il des grèves le 2 ?
- "Non, je crois que le sens de la responsabilité dans les banques est développé..."
C'est de l'incantation !
- "Non. Le problème de la réduction du temps et du surcroît de travail a été traité dans le dialogue social à l'intérieur des banques. Aujourd'hui, il pourrait y avoir une volonté de saisir l'occasion - il ne peut pas y avoir demain de grèves d'opportunité ou d'aubaine. Le sens de la responsabilité va être développé, les banques vont faire des permanences, le 1er janvier, pour les professionnels..."
En interne. Elles ne seront pas ouvertes, alors que c'est le cas dans d'autres pays européens.
- "Que peut-il se passer le 1er janvier ? On peut payer avec sa carte, avec son chèque, avec ses kits, avec des billets dans les distributeurs, personne ne manquera d'argent le 1er janvier."
Tout le monde sera en place le 2 ?
- "La période charnière sera celle du 2 au 5, tout le monde pourra être approvisionné à La Poste, dans les Trésors publics, les banques... Il n'y aura pas de pénurie. les Français sont bien préparés..."
Il n'y aura pas de ralentissement économique non plus ? Parce que les gens vont peut-être être tentés d'acheter le strict minimum.
- "Au contraire, la déthésaurisation - qui est la fin du franc -, qui interviendra dans sa double circulation jusqu'au 17 février, amène pour l'instant une consommation soutenue, qui se développera pendant la période des soldes que j'ai fait coïncider avec la fin du franc - entre le 9 janvier et le 17 février. Ce n'est pas ce que disent les Français aujourd'hui. Pour l'instant, ils ne marquent pas le pas dans la consommation, la période des fêtes s'y prête ; la période des soldes va le poursuivre. Il faut être volontariste et avoir confiance. D'abord dans la capacité des Français à transformer leur référent en euro et non plus en franc, et à ce que la fluidité et la reprise du franc puisse se faire dans de bonnes conditions."
Vous êtes optimiste et finalement, les Français vous donnent un peu raison, puisqu'il y a eu toute une série de revendications - d'ailleurs, elles continuent un peu - et les Français sont plutôt reconnaissants au Gouvernement de leur céder, ils ne lui en veulent pas du tout de creuser le déficit budgétaire. L. Fabius, qui est votre ministre de tutelle, s'est inquiété du dérapage des déficits et ces dépenses sont devenues "redéploiement". Il a donc gagné ?
- "L. Fabius est dans son rôle : c'est lui qui tient les comptes de l'Etat, mais dans le même temps, L. Fabius entend bien le message de certaines catégories sociales et les messages des Français. De surcroît, le message de l'opposition qui comprend les difficultés des gendarmes, des policiers, des agriculteurs, des internes, qui parfois même attisent le feu dans ce domaine..."
Vous pensez à qui et à quel secteur ?
- "J'entends bien l'opposition, en particulier les parlementaires, qui chaque semaine..."
Vous dites qu'ils "attisent", mais ils attisent dans quel secteur ?
- "En faisant monter la pression, en disant que le désordre pourrait s'installer, que nous ne répondons pas à certaines demandes catégorielles... Au contraire, le Gouvernement a prouvé, au cours de ces cinq années, qu'il sait, secteur pas secteur, gérer les conflits quand il y en a. Et là, tout le monde a compris qu'il y avait un réel malaise, parce que dans le même temps, la France avance socialement, économiquement et que certaines catégories étaient en droit ou en mesure, dans le contexte politique que nous connaissons aujourd'hui - la proximité des élections, l'insécurité -, le Gouvernement comprend et répond. Il répond de façon juste et ne creuse pas le déficit, puisqu'il a toujours été entendu - et L. Fabius l'avait dit dimanche aux réunions de ministres où j'ai participé - que si nous devions engager des dépenses supplémentaires, que nous le ferions dans le cadre budgétaire et que chacun des ministères devra mettre la main à la poche."
Cela risque de créer de nouveaux mécontentements ?
- "Pourquoi ? "
"Redéploiement", cela veut dire qu'on donne Pierre ce que l'on enlève à Paul.
- "Cela veut dire que pour certaines dépenses qui étaient prévues, on peut les faire un peu en recul dans le temps. Cela veut dire, par ailleurs, que l'on peut dépenser mieux sans dépenser plus - nous l'avons déjà fait. La réponse apportée aujourd'hui est saine économiquement et juste socialement."
Vous vous êtes occupé de la mise en place des 35 heures. J.-P. Chevènement demande un moratoire.
- "J.-P. Chevènement devrait regarder la loi ou ce qu'a fait le Gouvernement : le moratoire existe déjà."
Beaucoup de professions se plaignent tout de même !
- "Le 1er janvier, il n'y aura pas la concomitance du passage à l'euro et des 35 heures. Le 1er janvier, c'est la durée légale et à côté, il y a la durée effective. Ce qui veut dire que les entreprises de moins de 20 notamment - puisque c'est pour eux qu'il demande un moratoire aujourd'hui - ont 180 heures supplémentaires, elles ont déjà, dans les simplifications, des assouplissements dans la loi. Le moratoire n'a donc pas lieu d'être, ni politiquement ni économiquement. Il est déjà traduit dans les faits par les assouplissements."
Vous pourriez remplacer J. Glavany pendant la campagne électorale, s'il devient directeur de campagne de L. Jospin ?
- "J. Glavany est un excellent ministre ; la question ne se pose pas pour l'instant et la réponse appartient au Premier ministre. Je travaille sur une loi au Parlement ; je m'inscrirais pleinement dans la campagne du candidat - et j'espère que ce sera le Premier ministre - à la tâche qui est la mienne et aux responsabilités que me confiera le candidat."
(Source http://Sig.premier-ministre.gouv.fr, le 14 décembre 2001)