Texte intégral
L'année 2002 sera l'année Hugo. Le Ministère de l'éducation nationale célébrera le grand poète comme il se doit et j'ajouterai comme il lui doit. Notre éducation nationale doit, en effet, beaucoup à Victor Hugo. Vous me permettrez de vous en dire un mot tout à l'heure.
Mais commençons par nos manifestations. Elles sont si nombreuses et si continues que je m'en tiendrai à quelques dates majeures.
Le lundi 7 janvier, à la première heure, tous les élèves, collégiens et lycéens, seront accueillis dans leur classe par la lecture d'un texte de Victor Hugo. France-info donnera un large écho à ces lectures de textes choisis librement par les élèves et leurs professeurs. Ainsi, les premiers mots de la rentrée seront ceux du poète, du romancier, du dramaturge, du tribun, en un mot ceux d'un génie, ceux du courage, ceux de la liberté.
A partir du 26 février, le Sénat accueillera dans sa bibliothèque une exposition intitulée "Victor Hugo témoin de son siècle". Cette exposition sera prolongée par une publication réalisée en collaboration entre le Sénat et le CNDP. Publication qui sera largement diffusée dans les établissements. J'ajoute qu'au premier trimestre de l'année scolaire 2002-2003, les élèves s'appuieront sur cette publication pour enquêter, autour d'eux, sur la présence du poète. Ainsi, belle revanche sur son exil, l'exposition au Sénat lancera les écoles, collèges et lycées à la recherche des traces territoriales que Victor Hugo a laissées chez nous tous, c'est-à-dire chez lui.
Le 9 mars, à l'Assemblée nationale, nous rendrons hommage aux combats de Victor Hugo, sous la forme d'un concours d'éloquence des lycéens. Nous savons à quel point notre jeunesse, à la faveur des rythmes et de la psalmodie modernes (le rap ou encore le slam), renoue avec la pratique des joutes oratoires. Il nous a semblé que cette richesse orale servirait bien mieux que tout exposé l'actualité des engagements du poète. Notre actualité montre, malheureusement, que les combats de Victor Hugo n'ont pas tous été gagnés.
La journée du 3 avril, à la Comédie française, se souviendra de la bataille d'Hernani, en mettant aux prises des classes sur le thème de la querelle des Anciens et des Modernes. J'attache un prix particulier à cette journée. Cette manifestation ne sera pas l'occasion de venir "après la bataille", il est trop facile aujourd'hui d'être "pour" Hernani. Et en matière de bataille, reconnaissons que les nôtres, si tant est que nous en ayons, ont moins de grandeur. Tout se vaut, dit-on, et tous les goûts sont dans la nature, dit-on aussi. Notre combat, par la promotion active de l'enseignement des arts à l'école, n'est pas d'apprendre aux élèves quel goût il faut avoir, mais plus modestement et plus librement de leur apprendre à exercer leur goût. C'est dans cet esprit que devrait se dérouler cette journée à la Comédie française.
J'insisterai enfin sur le colloque "art et technique" organisé les 24 et 25 mai à l'ENS rue d'Ulm, ainsi que sur le palmarès du tournoi d'écriture hypertexte "Arachnoé" autour du thème du diable chez Victor Hugo. J'associe ces deux manifestations qui ne s'adressent pourtant pas au même public. Elles sont toutes deux placées sous le signe des pages inoubliables de Notre Dame de Paris opposant deux formes de livres : la cathédrale et la page imprimée, "ceci (l'imprimé) tuera cela (la cathédrale)". Le livre n'a pas détruit les cathédrales, Hugo d'ailleurs ne l'a jamais dit. Mais les cathédrales que le peuple lisait, les cathédrales, livres de lumière, d'espace, d'image et de pierre sont devenues énigmatiques à mesure que l'imprimé s'est développé. La lecture de l'écrit a tué celle de l'image. Aujourd'hui, sans doute, les nouvelles technologies bâtissent des cathédrales de textes, de lumière et de mouvements, elles nous invitent à des lectures inédites. L'écrit et l'image se mêlent. La lecture de l'image et celle de l'écrit s'enfantent.
Voilà quelques-unes de nos manifestations, dont vous trouverez le détail complet dans le dossier préparé par Madame WAYSBORD que je remercie vivement pour son travail passionné. Nous verrons dès ces quelques mots prononcés, s'ouvrir le site internet victorhugo.education.fr pour lequel Madame WAYSBORD et son équipe ont tant uvré. Vous vous apercevrez qu'il ne s'agit pas d'une célébration passive, déférente ni abstraite. Nous aurions trahi Victor Hugo à le vénérer comme un monument ou comme une antiquité, nous espérons lui être fidèle en puisant chez lui les forces pour affronter l'avenir.
Nous autres, en charge de l'éducation nationale, savons que nous devons infiniment à Victor Hugo. Permettez-moi de le citer, voici ce qu'il disait à l'Assemblée le 15 janvier 1850 à propos de l'enseignement : "Toute question a son idéal. Pour moi, l'idéal de cette question de l'enseignement, le voici : l'instruction gratuite et obligatoire. L'instruction primaire obligatoire, c'est le droit de l'enfant qui, ne vous y trompez pas, est plus sacré encore que le droit du père et qui se confond avec le droit de l'Etat. () Les portes de la science toutes grandes ouvertes à toutes les intelligences. Partout où il y a un champ, partout où il y a un esprit, qu'il y ait un livre.() Le cur du peuple mis en communication avec le cerveau de la France. Voilà comme je comprendrais l'éducation publique nationale."
Eh bien ! puisse cette année Hugo nous donner et à notre jeunesse, pour elle-même et pour ceux qui la suivront, la force de poursuivre cet idéal et de l'atteindre. N'oublions pas qu'entre les premiers discours de Victor Hugo contre la peine de mort et son abolition en 1981, il s'est passé un siècle et demi. Il est plus long de construire la vie que d'abolir "le crime légal". Donner "tout à tous" par l'éducation demande du temps et de la volonté. C'est dans l'esprit de Victor Hugo que nous irons chercher cette volonté et cette persévérance.
(Source http://www.education.gouv.fr, le 19 décembre 2001)
Mais commençons par nos manifestations. Elles sont si nombreuses et si continues que je m'en tiendrai à quelques dates majeures.
Le lundi 7 janvier, à la première heure, tous les élèves, collégiens et lycéens, seront accueillis dans leur classe par la lecture d'un texte de Victor Hugo. France-info donnera un large écho à ces lectures de textes choisis librement par les élèves et leurs professeurs. Ainsi, les premiers mots de la rentrée seront ceux du poète, du romancier, du dramaturge, du tribun, en un mot ceux d'un génie, ceux du courage, ceux de la liberté.
A partir du 26 février, le Sénat accueillera dans sa bibliothèque une exposition intitulée "Victor Hugo témoin de son siècle". Cette exposition sera prolongée par une publication réalisée en collaboration entre le Sénat et le CNDP. Publication qui sera largement diffusée dans les établissements. J'ajoute qu'au premier trimestre de l'année scolaire 2002-2003, les élèves s'appuieront sur cette publication pour enquêter, autour d'eux, sur la présence du poète. Ainsi, belle revanche sur son exil, l'exposition au Sénat lancera les écoles, collèges et lycées à la recherche des traces territoriales que Victor Hugo a laissées chez nous tous, c'est-à-dire chez lui.
Le 9 mars, à l'Assemblée nationale, nous rendrons hommage aux combats de Victor Hugo, sous la forme d'un concours d'éloquence des lycéens. Nous savons à quel point notre jeunesse, à la faveur des rythmes et de la psalmodie modernes (le rap ou encore le slam), renoue avec la pratique des joutes oratoires. Il nous a semblé que cette richesse orale servirait bien mieux que tout exposé l'actualité des engagements du poète. Notre actualité montre, malheureusement, que les combats de Victor Hugo n'ont pas tous été gagnés.
La journée du 3 avril, à la Comédie française, se souviendra de la bataille d'Hernani, en mettant aux prises des classes sur le thème de la querelle des Anciens et des Modernes. J'attache un prix particulier à cette journée. Cette manifestation ne sera pas l'occasion de venir "après la bataille", il est trop facile aujourd'hui d'être "pour" Hernani. Et en matière de bataille, reconnaissons que les nôtres, si tant est que nous en ayons, ont moins de grandeur. Tout se vaut, dit-on, et tous les goûts sont dans la nature, dit-on aussi. Notre combat, par la promotion active de l'enseignement des arts à l'école, n'est pas d'apprendre aux élèves quel goût il faut avoir, mais plus modestement et plus librement de leur apprendre à exercer leur goût. C'est dans cet esprit que devrait se dérouler cette journée à la Comédie française.
J'insisterai enfin sur le colloque "art et technique" organisé les 24 et 25 mai à l'ENS rue d'Ulm, ainsi que sur le palmarès du tournoi d'écriture hypertexte "Arachnoé" autour du thème du diable chez Victor Hugo. J'associe ces deux manifestations qui ne s'adressent pourtant pas au même public. Elles sont toutes deux placées sous le signe des pages inoubliables de Notre Dame de Paris opposant deux formes de livres : la cathédrale et la page imprimée, "ceci (l'imprimé) tuera cela (la cathédrale)". Le livre n'a pas détruit les cathédrales, Hugo d'ailleurs ne l'a jamais dit. Mais les cathédrales que le peuple lisait, les cathédrales, livres de lumière, d'espace, d'image et de pierre sont devenues énigmatiques à mesure que l'imprimé s'est développé. La lecture de l'écrit a tué celle de l'image. Aujourd'hui, sans doute, les nouvelles technologies bâtissent des cathédrales de textes, de lumière et de mouvements, elles nous invitent à des lectures inédites. L'écrit et l'image se mêlent. La lecture de l'image et celle de l'écrit s'enfantent.
Voilà quelques-unes de nos manifestations, dont vous trouverez le détail complet dans le dossier préparé par Madame WAYSBORD que je remercie vivement pour son travail passionné. Nous verrons dès ces quelques mots prononcés, s'ouvrir le site internet victorhugo.education.fr pour lequel Madame WAYSBORD et son équipe ont tant uvré. Vous vous apercevrez qu'il ne s'agit pas d'une célébration passive, déférente ni abstraite. Nous aurions trahi Victor Hugo à le vénérer comme un monument ou comme une antiquité, nous espérons lui être fidèle en puisant chez lui les forces pour affronter l'avenir.
Nous autres, en charge de l'éducation nationale, savons que nous devons infiniment à Victor Hugo. Permettez-moi de le citer, voici ce qu'il disait à l'Assemblée le 15 janvier 1850 à propos de l'enseignement : "Toute question a son idéal. Pour moi, l'idéal de cette question de l'enseignement, le voici : l'instruction gratuite et obligatoire. L'instruction primaire obligatoire, c'est le droit de l'enfant qui, ne vous y trompez pas, est plus sacré encore que le droit du père et qui se confond avec le droit de l'Etat. () Les portes de la science toutes grandes ouvertes à toutes les intelligences. Partout où il y a un champ, partout où il y a un esprit, qu'il y ait un livre.() Le cur du peuple mis en communication avec le cerveau de la France. Voilà comme je comprendrais l'éducation publique nationale."
Eh bien ! puisse cette année Hugo nous donner et à notre jeunesse, pour elle-même et pour ceux qui la suivront, la force de poursuivre cet idéal et de l'atteindre. N'oublions pas qu'entre les premiers discours de Victor Hugo contre la peine de mort et son abolition en 1981, il s'est passé un siècle et demi. Il est plus long de construire la vie que d'abolir "le crime légal". Donner "tout à tous" par l'éducation demande du temps et de la volonté. C'est dans l'esprit de Victor Hugo que nous irons chercher cette volonté et cette persévérance.
(Source http://www.education.gouv.fr, le 19 décembre 2001)