Article de M. Bruno Mégret, délégué général du Front national, dans "La Lettre de Jean-Marie Le Pen" de septembre 1993, en hommage à Julien Freund, intitulé "Pour le retour du politique".

Prononcé le 1er septembre 1993

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Média : La lettre de Jean-Marie Le Pen

Texte intégral

Dans l'indifférence des médias, est mort il y a quelques jours, Julien Freund l'un des derniers grands esprits de cette fin de siècle, un véritable maître à penser, et le témoin le plus lucide de la décadence de notre société.

Julien Freund n'était ni bantou, ni moldo-valaque, il n'était pas non plus une grande âme de gauche, sans doute est-ce pour cela qu'il s'est éteint dans sa chère Alsace sans que la télévision et les magazines bien-pensants n'en fassent état. Triste époque. Julien Freund était un vieux monsieur formidable, à la vie passionnante. Ancien résistant, politologue et philosophe, il a dirigé l'Institut de polémologie de l'Université de Strasbourg et a écrit des livres essentiels pour n'importe qui ne se résout pas à vivre l'éclipse du politique.

Contre l'éclipse du politique

Discipline du philosophe allemand Carl Schmitt, il a su faire prévaloir sa propre approche du politique et de la morale, au travers d'ouvrage tels que l'Essence du Politique ou Politique et impolitique. J'ai eu la chance d'approcher à plusieurs reprise Julien Freund qui s'est exprimé volontiers, dans le cadre de colloques organisés par les Comités d'Action Républicaine ou encore récemment pour notre revue « identité », et, chaque fois, il soulignait que le politique n'admet pas l'utopie ou l'idéalisme, mais qu'il se doit d'appréhender des phénomènes sociaux tels qu'ils sont, dans toute leur complexité.

De même, lui le penseur s'insurgeait contre cette déviance contemporaine qui tend à faire de la politique un domaine de connaissance quand elle doit être d'abord action, ou encore le champs clos d'une réduction à l'économique, à la technique et à la morale quand elle doit affirmer sa nécessaire autonomie : "Agir politiquement, c'est exercer l'autorité, manifester la puissance" écrivait Julien Freund et non, comme le font la plupart des politiciens contemporains, risquer des réformettes, attendre les sondages et vanter le consensus.

L'histoire politique récente de notre pays donne, hélas, la démonstration d'une mort lente du politique. Désormais les responsables, en charge des pouvoirs et, globalement, mandatés par le peuple, préfèrent s'effacer derrière les "autorités morales" (la politique du logement de l'abbé Pierre), les comités des "sages" ou les commissions d'experts (l'abandon de toute réforme sérieuse du code de la nationalité ou du droit d'asile leur sont dû…), sans parler des vedettes du show-biz (pour faire pression sur les Américains dans les accords du GATT, on fait appel à Gérard Depardieu…) !

La politique et les affaires

En soumettant toujours plus le but du politique au seul respect de la religion des droits de l'homme et en réduisant le gouvernement de la France à la gestion de l'économie, comme c'est le cas avec M. Balladur et ses amis, la classe politique française confond le politique avec la morale et les affaires !

Notre peuple est assurément plus qu'un agrégat de marchands et d'acheteurs-consommateurs !

Par excellence, comme le rappelle volontiers Jean-Marie Le Pen, art de la décision, des choix de longue portée et de l'exercice de la puissance, le politique se trouve ramené, pour l'extérieur, à une gesticulation humanitariste purement incantatoire de Kouchner à Léotard et, pour l'intérieur, à une gestion bureaucratique du quotidien qui débouche sur le déclin avec M. Bérégovoy et sur l'immobilisme avec M. Balladur…

C'est pourquoi il est plus que jamais urgent de restaurer le politique et d'assurer, par-delà même, la survie de la nation face aux agressions qui menacent notre identité, à l'extérieur de nos frontières comme à l'intérieur.

Restaurer le politique

Dans l'esprit des travaux de Carl Schmitt, Max Weber ou Julien Freund, le Front National ne cherche pas autre chose en fait, que de restaurer la puissance et l'autorité du politique, en rétablissant d'abord la souveraineté du peuple face aux intérêts des multinationales, des puissances étrangères ou des lobbies de l'intérieur.

Au plus fort du danger, la survie impose aux citoyens de retrouver les vérités premières de tout groupe humain, c'est-à-dire de renouer avec les principes du politique.

N'oublions jamais les leçons de Julien Freund et préparons-nous.

Bruno Mégret, député européen, délégué général du FN