Interview de M. Jean-Louis Debré, secrétaire général adjoint du RPR, dans "Le Figaro" du 31 août 1993 sur sa proposition d'une liste unique RPR-UDF aux élections européennes de 1994, conduite par Alain Juppé.

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Debré confirme l'option Juppé

"Nous devons nous unir", déclare aussi le porte-parole du RPR à l'adresse de l'UDF

Jean-Louis Debré nous livre son point de vue sur l'enjeu des prochaines européennes.

Le Figaro : Alors, liste unique ou séparation dans la majorité ?

Jean-Louis Debré : Ceux qui ont la responsabilité de conduire le redressement de la France et qui gouvernent ensemble doivent présenter une seule liste lors des prochaines élections européennes. Capables de siéger dans un même gouvernement après avoir gagné ensemble les élections législatives, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions-nous retrouver sur une même liste. Ce fut le cas lors des dernières élections européennes.

Face à l'implosion de l'opposition parlementaire, nous devons nous unir. Surtout, empochons que certains, pour des raisons personnelles, des ambitions politiques, des calculs partisans ou des arrière-pensées électorales incitent ou militent à la constitution de deux listes. Chacun doit avoir conscience de ses responsabilités. Il me semble évident que, si deux listes, l'une dirigée par un représentant de l'UDF, l'autre menée par une personnalité du RPR, devaient s'affronter lors du scrutin européen, il y aurait un risque que l'union de la majorité se fissure. Ce risque en cas de liste séparée me semble totalement inutile à courir la France et pour la constitution européenne.

Le Figaro : Alain Juppé, est-il l'idéale tête de liste de l'"union" ?

Jean-Louis Debré : Alain Juppé, qui s'emploie à redonner à la diplomatie française le rôle et la place qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'occuper, serait une bonne tête de liste. Encore faut-il qu'il le souhaite.

"Ambitions présidentielles"

Le Figaro : Quel projet européen préconisez-vous et est-il compatible avec celui de l'UDF ?

Jean-Louis Debré : La France se doit de faire entendre sa voix en Europe. Il est absurde d'imaginer aujourd'hui que la France puisse se replier sur elle-même ou s'abandonner à je ne sais quelle organisation supranationale. L'Europe est une ambition française, mais notre Europe c'est l'Europe du cœur et non celle de l'indifférence, l'Europe de la liberté et non celle de la contrainte, l'Europe des peuples et non celle des technocrates.

Oui, nous voulons une Europe capable de proposer de grands projets, d'avoir un grand dessein et qui ne s'emploie pas seulement à harmoniser les passeports ou les phares des voitures, qui ne se résume pas à une construction monétaire artificielle. L'idée européenne, son développement, supposent un regard critique sur certaines évolutions. Ce n'est pas refuser l'Europe, bien au contraire, que s'interroger lorsque ce qui a été construit s'éloigne de ce que l'on souhaite. Pour sortir l'Europe de son enlisement, il convient d'avoir imagination et volonté politique. Au-delà du fonctionnement des institutions qui doit être repensé, il importe de mobiliser la jeunesse de nos pays autour de grandes ambitions communes.

À partir du moment où nous avons les uns et les autres l'ambition de relancer l'Europe, à partir du moment où cette réflexion n'est pas perturbée par des ambitions présidentielles ou des calculs partisans et que nous avons le souci d'une liste unique, je crois qu'il est possible de nous entendre. J'ai confiance dans le sens des responsabilités des dirigeants de l'UDF pour, sans arrière-pensée, sans perte de temps, élaborer ensemble des propositions précises.