Texte intégral
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire général,
Messieurs les Ministres et chers collègues,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,
C'est pour moi un moment privilégié que d'être, ce soir, parmi vous, pour la première fois depuis mon accession à la tête de la diplomatie française. Rarement, je l'avoue, il m'avait été donné de ressentir comme à présent cette amitié empreinte de chaleur et de confiance qui préside à toutes les rencontres de très haut niveau marquées du sceau de la francophonie.
Nous voici tous rassemblés, issus de peuples parfois si différents et de terres parfois si éloignées, par le lien de cette langue française, qui est la votre autant que la notre. Forts d'un même héritage, nous formons une vaste communauté de valeurs et d'idéaux, dont la voix sait se faire entendre à travers le monde et notamment aux Nations Unies. Nous l'avons montré lors du sommet de Rio sur l'environnement en 1992 et, voici quelques mois à peine, lors de la conférence mondiale sur les droits de l'homme dans la capitale autrichienne.
D'autres occasions s'offriront à nous prochainement : que ce soit le sommet social de 1995, ou la conférence mondiale sur les femmes, prévue pour la même année, voilà autant de réunions où la question cruciale du développement sera au premier rang de nos préoccupations. Pour ces thèmes particuliers comme pour tous les autres, la concertation multilatérale, nous le constatons chaque jour, non seulement ne cesse de croître en importance, mais encore s'impose – à nous spécialement francophones – comme une impérieuse nécessité.
Au moment, en effet, où la société internationale se cherche de nouveaux équilibres, la communauté des pays ayant en commun l'usage du français récuse la conception d'un monde qui s'exprimerait en une langue unique et porterait le label d'une culture uniforme.
Face à une telle perspective, la francophonie affirme la pluralité des cultures, des expériences et des mentalités dont elle tire son immense richesse : à travers la langue française, ici académique, ailleurs créolisante, partout en constante évolution, s'exprime autant le génie du monde latin que celui de la négritude, de l'arabité, ou de l'Asie comme ont su nous le prouver tant d'auteurs.
Mais, nous ne l'ignorons pas, ce qui est différent sans être dominant doit être âprement défendu. L'on sait, sur les rives du Saint-Laurent, dans les terres d'Acadie et jusque dans les bayous de la Louisiane, ce qu'il en a coûté de force d'âme et de sacrifices pour sauvegarder notre patrimoine commun.
Nous saluons vos efforts, Monsieur le Secrétaire général. Vous dont la très grande culture est faite précisément de cette diversité, pour garder à la langue française la place qui lui revient de droit au sein des Nations Unies, langue, officielle certes avec cinq autres, mais aussi et surtout, langue de travail à parité avec l'anglais, statut légal que nous savons de plus en plus menacé dans son application quotidienne, au sein de certains départements ou de certaines opérations de maintien de la paix.
Nous vous sommes très reconnaissants d'honorer par votre participation personnelle le prochain sommet des chefs d'État et de gouvernement des pays ayant en commun l'usage du français, à Port Louis. Il ne pouvait y avoir pour nous de signe plus encourageant. Félicitons-nous aussi du succès qu'a remporté ici-même, le 30 mars dernier, la fête de la francophonie.
Mais, la situation restant critique, il appartient à chacun de nous, ministres, ambassadeurs, diplomates, fonctionnaires internationaux, de nous montrer à la fois exigeants et vigilants quant à l'usage qui est fait de notre langue dans les organisations internationales, et ceci non seulement à New York, mais aussi – contre toute attente – à Genève et à Bruxelles ! Et, bien sûr, soyons intraitables avec nous-mêmes : la facilité ou le mimétisme ne sont jamais payés de retour.
De tout cela, nous aurons bientôt loisir de débattre, en République de Maurice, à la faveur de notre cinquième sommet et je m'en réjouis. La résolution sur le français dans les organisations internationales, que nous y adopterons, précisera utilement notre ligne de conduite. Nous ferons aussi porter notre réflexion sur le nécessaire renforcement de la vocation politique de la francophonie. Nous rechercherons ensemble les moyens appropriés à cet égard, notamment en confiant au conseil permanent de la francophonie le rôle qui devrait être pleinement le sien pour décider, entre les sommets, des questions politiques qui se posent à notre communauté et pour en exprimer le point de vue sur la scène internationale.
Pourrais-je enfin former en ces lieux un vœu, qui nous tient à cœur à nous autres Français ? Que les questions d'éducation prennent désormais une place accrue dans nos débats. La France en fait, vous ne l'ignorez pas, une priorité intérieure autant qu'internationale ; son soutien indéfectible au fonds de scolarisation des enfants francophones n'en est pas la moindre des preuves.
Je ne saurais conclure sans vous dire combien le gouvernement de mon pays est confiant dans l'heureux déroulement de nos prochains travaux à Maurice et dans le plein succès du cinquième sommet francophone. Nous y contribuons tous, avec la foi, la détermination et l'amitié qui nous a réunis ce soir.