Déclaration de M. Hervé de Charette, ministre du logement, sur l'innovation dans le bâtiment, Paris le 14 septembre 1993.

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Circonstance : Colloque "Innover et réussir dans le bâtiment" à Paris, septembre 1993

Texte intégral

Votre colloque me donne l'occasion, pour la première fois de façon approfondie, et devant les professionnels, de m'exprimer sur la politique de recherche, d'innovation, de progrès technique, dans notre domaine, la construction.

Vous l'avez vu : les nécessités de l'actualité, la profondeur de la crise, l'urgence de mettre en place des mesures de soutien, tout m'a conduit d'abord à concentrer mes efforts sur la préparation, puis la bonne application du plan gouvernemental pour le logement.

Ce n'est pas vous tous, présents ici, qui vous plaindrez, de cet ordre de priorité, qui nous permet de voir les crédits publics soutenir une augmentation importante des mises en chantier de logements sociaux, et qui nous donne la conviction que l'investissement privé, aidé par des mesures fiscales sans précédent, se met en mesure de prendre le relais.

Le soutien de l'activité est nécessaire pour l'emploi : il est aussi indispensable si nous voulons dans toute la filière de la construction, garder un outil industriel performant.

Au-delà de la seule mise en place technique et financière des mesures du plan logement, ma préoccupation est bien celle-là : comment éviter que la crise, par son ampleur et sa durée, ne conduise les maîtres d'œuvre, les bureaux d'études, les entreprises, à diminuer la voilure au point de disperser les équipes, et de perdre en compétence, en mémoire, en savoir-faire ?

Il me semble que, dans cette période difficile, les maîtres d'ouvrage doivent faire preuve de sagesse dans leur façon de traiter avec les entreprises ; ils doivent avoir, – et je sais que c'est bien l'attitude de beaucoup d'entre eux – le souci de conserver un réseau d'entreprises performantes, qui leur ferait gravement défaut au moment de la reprise, si la crise devait conduire à des dommages irréparables dans le tissu des entreprises.

Ce souci immédiat ne doit pas nous empêcher de voir plus loin, et l'objet de ce colloque – innover et réussir dans le bâtiment – nous conduit à réfléchir ensemble sur la nécessité de maintenir un niveau d'innovation élevé dans toute la filière.

Quel peut-être le rôle de mon ministère dans ce domaine essentiel ?

D'abord, notre objectif doit rester clair : conserver un rythme permanent d'amélioration de la compétitivité et de la qualité, pour maîtriser les coûts – c'est particulièrement indispensable dans le domaine du logement et pour garder notre niveau international.

De ce point de vue, je suis heureux de pouvoir m'appuyer sur des hommes de solide expérience nationale et internationale, comme Pierre Chemillier qui a pris la responsabilité des affaires scientifiques et techniques du Conseil général des Ponts et Chaussées tout en gardant ses responsabilités au niveau européen : sur Alain Maugard à la tête du CSTB, sur Georges Mercadal au Plan Construction et Architecture et sur toute l'équipe technique de la Direction de l'Habitat et de la Construction.

Cette politique de progrès technique, je souhaite que la Direction de la Construction la conduise en concertation plus étroite avec les professionnels. Il ne s'agit pas d'inventer, de façon autonome, une politique technique. Il s'agit de se mettre d'accord avec les architectes, les bureaux d'étude, les entreprises, les industriels sur les objectifs et les moyens, sur ce que peuvent apporter l'État et mon ministère dans une action concertée qui soit ambitieuse, mais pragmatique.

Quels domaines d'action ?

Nous avons un premier rendez-vous qui est celui de la nouvelle réglementation acoustique. Il s'agit, au fond, de reconnaître dans les textes, sous une forme simple, le bon niveau de qualité auquel la plupart des constructeurs se situent déjà, en le généralisant dans un délai raisonnable. C'est un domaine – la prévention des bruits – auxquels nos concitoyens sont à juste titre attachés et où il était nécessaire de progresser. Je souhaite que le Directeur de l'Habitat et de la Construction puisse mener à bien cette affaire dans les prochaines semaines, en concertation avec les professionnels.

Après la thermique, il y a maintenant plus de dix ans, nous mettons donc en place un système clair et simple d'application, dans l'acoustique voilà une étape que nous franchissons ensemble pour aller à l'essentiel en matière de qualité.

Pour le reste, je ne suis pas d'esprit à vouloir trop réglementer. Je préfère le travail en commun, celui qui conduit à des normes élaborées en accord avec les professionnels, à des certifications volontaires de qualité ou à des labels reconnus par les clients. Nous aurons l'occasion d'en reparler, puisque d'autres réunions sont prévues sur ces différents thèmes.

Je souhaite également que l'innovation s'exerce dans plusieurs domaines qui me sont chers, et qui débordent sans doute le thème de ce colloque, mais que je souhaite rappeler devant vous.

Dans le domaine du logement social, d'abord. Dans ce domaine, la conception, la réalisation, sont contraintes par une multiplicité de règles techniques, ou financières dont je ne suis pas sûr qu'elles soient bien adaptées pour conduire au meilleur prix des logements très sociaux répondant aux besoins de notre temps. Le Plan Construction et Architecture, dont c'est bien le rôle, ne pourrait-il pas, à l'occasion d'un concours, créer une sorte de zone franche, exemple un espace de liberté hors des contraintes réglementaires, où les concepteurs et les réalisateurs pourraient librement chercher à créer, puis à expérimenter, de nouveaux logements ? Je demande à des responsables d'y réfléchir et de me faire des propositions.

Dans le domaine des bureaux ensuite.

Je reste persuadé, que l'un des défis majeurs des quelques années qui viennent sera la réutilisation des surfaces de bureaux excédentaires ou inadaptées. Pour trouver les meilleures solutions pour éviter le gâchis qui consisterait à laisser lentement se dégrader certaines surfaces comme autant de risques de nouvelles friches tertiaires, l'imagination est nécessaire de la part de tous ceux qui ont idées, compétences et savoir-faire. Je demande donc à l'équipe du Plan Construction et Architecture de me faire rapidement des propositions quelle utilisation en logements, mais aussi en locaux scolaires, universitaires, d'activité, pour quel coût et selon quelle méthode ? En un mot, comment utiliser au mieux dans l'intérêt général, au meilleur coût économique, ces bureaux vacants ?

Enfin, innovation sociale, du côté des entreprises. Beaucoup d'entre elles m'ont fait part de leur souhait de pouvoir intégrer, à l'occasion de chantiers locaux, des jeunes des communes et des quartiers lorsqu'ils sont sans emploi et qu'ils ont la volonté de travailler, d'être formés, de tenter leur chance. Là encore, la construction de logements peut être un moyen d'innovation sociale, dans la conception des chantiers comme dans la passation des marchés, pour tenter ces actions exemplaires que beaucoup d'entreprises nous proposent.

Telles sont les pistes qui je souhaiterais ouvrir devant vous. Il y en a naturellement beaucoup d'autres, en particulier pour l'innovation technique : mais dans ces domaines, qui sont davantage étrangers à l'homme politique et à local que je suis, je sais que les compétences, notamment dans cette salle, ne manquent pas et je sais pouvoir compter sur votre travail fructueux.

Nous nous retrouverons, les uns et les autres, à Batimat, en novembre prochain. Ce sera une nouvelle occasion de faire le point ensemble, avec, nous le souhaitons tous, la perspective d'une conjoncture décidément en voie d'amélioration, qui nous donnera alors raison d'avoir voulu anticiper en réfléchissant ensemble aux moyens d'innover.