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Essais nucléaires
Q. : La France vient de décider le maintien du moratoire sur ses essais nucléaires. En même temps, M. Balladur annonce un groupe d'experts chargés de dire s'il faut ou non faire des essais. N'est-ce pas contradictoire ?
R. : La suspension des essais nucléaires a été décidée par le Président de la République en avril 1992 pour l'année en cours, suspension reconduite, explicitement en janvier dernier, puis une nouvelle fois le dimanche 4 juillet. Le groupe d'experts sera chargé de vérifier que notre force de dissuasion, malgré la suspension, sur la durée de laquelle on ne peut pas se prononcer aujourd'hui, ne subirait pas de dommages, je cite les mots mêmes de M. Balladur. C'est un mandat délicat dont je suis certain qu'il sera rempli en toute clarté. Le gouvernement se prononcera d'ici peu sur le nom des experts et sur l'échéance fixée pour leurs travaux. Puisque ce groupe comprendra des militaires et des scientifiques de haut niveau, on peut imaginer que pourraient en être par exemple, tel physicien de renom, tel membre de l'Institut, bien entendu le chef d'État-major des Armées.
Q. : Est-il exclu qu'il puisse y avoir des essais cette année ?
R. : Formellement, rien n'est exclu. Le communiqué de la Présidence de la République et les propos du Premier ministre à "L'Heure de vérité" du même jour, réaffirment, ce qui est depuis plus de 20 ans la priorité de la France : veiller à ce que sa capacité de dissuasion soit préservée face aux progrès éventuels de la technologie, et faire bénéficier sa force nucléaire des progrès techniques nécessaires à tout moment. J'affirme quant à moi, compte tenu des responsabilités qui sont les miennes, que la France doit conserver, comme elle l'a fait depuis 35 ans, sa totale autonomie de décision. Il serait très fâcheux qu'elle se mette sous la tutelle ou la dépendance d'un autre pays, quel qu'il soit. Le seul critère auquel il faudra obéir, dans les mois qui viennent, c'est celui de l'intérêt national. Je ne me cacherai pas pour le dire.
Q. : Votre ministère demande 108 milliards de francs de crédits d'équipement pour 1994. Le ministère du Budget ne vous en accorde que 94. L'un des quatre grands programmes d'armement (porte-avions, char Leclerc, avion Rafale et hélicoptère Tigre) va-t-il être abandonné, sinon sur quoi porteront les coupes ?
R. : Les chiffres que vous donnez ne correspondent à aucune décision. Jusqu'à l'arbitrage du Premier ministre, vous comprendrez que j'observe une totale discrétion. Je n'ignore pas cependant que les industries sont inquiets. L'industrie de défense française, c'est en effet 115 milliards de chiffre d'affaires, 230 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects. Les parlementaires sont également vigilants d'autant plus que des crédits ont été annulés au début de l'année par le précédent gouvernement. Si, alors que la plupart des grands programmes sont en phase de fabrication les moyens de la Défense ne sont pas suffisants en 1994, il est certain qu'il faudra revenir sur des choix antérieurement faits, avec des conséquences sur l'emploi industriel, et plus gravement encore, sur les capacités opérationnelles de nos forces. Il est étrange de constater que lorsque s'éloigne de nous l'affreux souvenir de juin 1940, nous semblons revenir à nos anciens défauts.