Interview de M. Jacques Barrot, président du groupe parlementaire UDC à l'Assemblée nationale, dans "Valeurs actuelles" du 25 janvier 1993, sur la politique économique envisagée par l'opposition.

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La vertu de Barrot

Président du groupe UDC (centriste) de l'Assemblée nationale, M. Jacques Barrot est un défenseur du "franc fort". Voici ses arguments.

Valeurs actuelles : Quelles sont les mesures "symboliques" que prendra l'opposition pour rompre avec la politique de M. Bérégovoy ?

Jacques Barrot : Nous n'avons pas besoin de mesures symboliques, mais simplement d'agir. Ce gouvernement est immobile ! Nous reprendrons le fil de l'action dans trois domaines. Nous devrons :

1. Relancer l'investissement. Il faut mobiliser l'épargne et retirer des privatisations les ressources qui gageront nos mesures en faveur du logement et des entreprises. Nous soutiendrons leurs investissements en corrigeant les taux d'intérêt, qui sont trop élevés.

2. Intensifier l'effort de formation dans les entreprises en contrepartie d'un allègement partiel du montant de leurs cotisations familiales.

3. Favoriser certaines initiatives de décentralisation. Un exemple précis : l'action de l'ANPE et des Assedic pourrait être coordonnée dans une même structure afin de tester localement certaines mesures contre le chômage. Il s'agit de dégager des emplois à temps partiel pour les jeunes de moins de trente ans et les personnes de plus de cinquante ans.

Valeurs actuelles : Vous avez défendu avec ardeur le traité de Maastricht. Comment concilier la croissance et l'emploi avec la politique de taux d'intérêt élevés imposée à la fois par la Bundesbank et par les "critères de convergence" du traité ?

Jacques Barrot : Les taux d'intérêt élevés ne sont pas le seul fait de la Bundesbank ! Ils tiennent aussi au financement de notre dette publique. Nous pourrions plus facilement diminuer les taux d'intérêt si cette dette pesait moins sur l'épargne française. D'autre part, je suis convaincu qu'au lendemain d'une victoire de l'opposition une concertation avec l'Allemagne accélérerait une baisse des taux, d‘ailleurs prévisible un nouveau pacte social est en cours de négociation outre-Rhin. Sa conclusion probable signifiera que les Allemands sont décidés à financer l'investissement à l'Est par l'effort fiscal et le partage, plutôt que par l'arme monétaire.

Valeurs actuelles : Ne redoutez-vous pas certaines frictions, au sein de la majorité, entre les partisans du "franc fort" et ceux du "franc vrai" ?

Jacques Barrot : La France doit jouer en première division. Son intérêt est de rester dans les pays à monnaie forte, car les grands principes qui font une monnaie forte sont aussi ceux qui fondent la réussite économique. Et nous en toucherons les dividendes en termes d'emploi !

Il faut que la majorité de la future majorité soit très ferme sur le cap à tenir : celui d'un pays vertueux, dont la monnaie est forte.

Valeurs actuelles : Beaucoup, au sein de l'opposition, redoutent la cohabitation. Vous n'êtes pas de ceux-là ?

Jacques Barrot : La cohabitation n'est évidemment pas souhaitable : elle ajoute une "incertitude institutionnelle" aux difficultés économiques et sociales auxquelles sera confrontée la future majorité. Reste que la clé en est détenue par le président, qui nomme le premier ministre. Forte d'une large victoire, la nouvelle majorité sera présumée, par le pays, en mesure de gouverner. De sorte qu'il lui reviendra de démontrer, si le chef de l'État entrave l'effort de redressement, que les conditions de la cohabitation ne sont pas supportables. Une telle crise ne pourra se résoudre que par un face-à-face entre le pays et le président.