Interview de Mme Chantal Cumunel, secrétaire nationale de la CGC, dans "La Tribune Desfossés" le 1er février 1993, sur le chômage des cadres.

Prononcé le 1er février 1993

Intervenant(s) : 

Média : La Tribune Desfossés

Texte intégral

Chantal Cumunel : "L'emploi des cadres tire l'emploi des autres salariés"

Interview. – Trois tendances inquiètent la présidente de l'APEC : l'emploi des jeunes diplômés. – Les licenciements des cadres de 40 ans et l'arrivée sur le marché du travail de cadres confirmés.

La Tribune Desfossés : L'emploi des cadres s'est fortement dégradé en 1992. Quelles catégories de cadres et quels secteurs sont les plus touchés ?

Chantal Cumunel : Nous assistons à une raréfaction des offres, qui ont baissé de 30 % en un an, mais également, et cela pour la première fois dans l'histoire de notre pays, à une montée du chômage qui est trois fois plus forte que celle des autres catégories de salariés : le chômage des cadres a progressé de 65 % en deux ans. Aucun secteur d'activité n'est épargné, à de rares exceptions près, tels que le tourisme, le médico-social, l'agroalimentaire, la grande distribution. Les fonctions dites non opérationnelles, notamment la finance, gestion, comptabilité, personnel et communication, sont les plus touchées.

Mais surtout, nous observons trois tendances. La première est le moindre emploi des jeunes diplômés. La deuxième est une priorité aux licenciements des cadres de plus de 40 ans La troisième est une arrivée sur le marché de l'emploi de cadres à hautes responsabilités, hauts salaires, haut niveau de formation initiale. Incontestablement, en l'espace de deux ans, le chômage des cadres s'est banalisé. Ma crainte est que, en se banalisant, il ne devienne banalité et soit alors perçu par la société comme une donnée naturelle. Ceci serait d'autant plus dramatique que les entreprises, pour survivre, ressentent un besoin accru de qualification. Nous ne devons jamais oublier que c'est l'emploi des cadres qui tire l'emploi des autres salariés, et non l'inverse.

La Tribune Desfossés : Il semble donc que plus personne aujourd'hui ne soit à l'abri du chômage. Cette tendance risque-t-elle de s'aggraver en 1993 ?

Chantal Cumunel : Sans risque de nous tromper, nous pouvons dire que le premier semestre 1993 restera encore peu porteur pour le marché de l'emploi des cadres. 80 000 recrutements seulement sont prévisibles pour 1993. Or, l'offre en compétences est, elle, de plus en plus abondante, La concurrence devient particulièrement dure entre les jeunes diplômés (plus de 100 000 en 1992 ayant un bagage égal ou supérieur à Bac + 4), les cadres en recherche d'emploi (170 000 pointent à l'ANPE) et ceux qui veulent changer d'entreprise. Tous sont des cadres d'un haut niveau de qualification et de compétences.

La Tribune Desfossés : Comment prévenir le plus efficacement le chômage des cadres ?

Une compétence doit constamment être entretenue car elle se périme très vite. Nous ne sommes plus aux temps où le diplôme représentait une assurance sur la vie professionnelle. La mondialisation de l'économie, l'évolution très rapide des technologies, le comportement changeant des consommateurs entraînent en permanence des adaptations des produits, des processus de production et des organisations de travail, et donc transforment le contenu et la structure des emplois Comment faire ? Se former, s'informer, jouer la mobilité de fonction et d'entreprise et savoir saisir les opportunités. Le meilleur outil pour cela est le "check up" professionnel, rebaptisé aujourd'hui bilan de compétences. Au cadre de s'approprier régulièrement cette démarche. Elle ne lui permettra peut-être pas d'éviter le licenciement s'il est inéluctable, du moins lui donnera-t-elle les moyens de rester le moins longtemps possible sans emploi.

La Tribune Desfossés : Quelles seront les actions prioritaires de l'APEC en 1993 ?

Chantal Cumunel : Développer ces bilans de compétences, que nous pratiquons depuis plus de dix ans, avant tout auprès des cadres ayant un poste : mieux vaut prévenir que guérir. Également, accroître le nombre d'offres d'emplois que nous mettons chaque semaine à la disposition des cadres demandeurs d'emploi. À cet effet, nous avons signé le 28 janvier des conventions de partenariat avec l'ANPE, les cabinets de recrutement et les entreprises de travail temporaire.