Interview de M. Émile Zuccarelli, ministre des postes et télécommunications et maire MRG de Bastia, dans "L'Evénement du jeudi" du 13 août 1992, sur les dangers du banditisme et la lutte contre la criminalité en Corse.

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Média : L'évènement du jeudi

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Émile Zuccarelli (ministre des Postes et Télécommunications et maire de Bastia) : "La Corse est menacée, mais les États européens auraient tort de se croire à l'abri"

L'Événement du Jeudi : Y a-t-il des preuves du racket du FLNC sur les entreprises corses ?

Émile Zuccarelli : Le préfet de police de Corse a récemment souligné que les déclarations et textes du FLNC comportaient des messages codés. Il précisait que ces messages étaient destinés aux victimes du racket. Dans sa dernière parution, la revue de l'un des mouvements nationalistes légitime le prélèvement de "l'impôt révolutionnaire", qu'elle met en concurrence avec les impôts de l'État, pour "asseoir la souveraineté de l'État corse" ! Le racket peut se parer de motivations diverses : banditisme, concurrence commerciale, pseudo-idéologie. Il produit toujours les mêmes effets désastreux.

L'Événement du Jeudi : La Corse est-elle menacée de "palermisation" ?

Émile Zuccarelli : J'ai été l'un des tout premiers à dénoncer, dès 1985, les dangers du banditisme et à demander que soit menée avec vigueur la lutte contre la criminalité. J'ai inlassablement expliqué, depuis, que la Corse préfigurait ce que la France et l'Europe allaient connaître et que le pourtour méditerranéen connaît souvent. Le banditisme, surtout lorsqu'il s'ajoute au tribalisme, crée un trouble moral et économique considérable. Un état d'anarchie s'installe peu à peu. C'est le terreau idéal pour les activités, mafieuses qui apparaissent alors comme une forme – si détestable soit-elle – d'ordre. Pour sortir de cet engrenage infernal, il faut à la fois l'action conjuguée de l'État et un sursaut civique de la population, qui doit prendre conscience des graves dangers que recèle à terme toute attitude de complaisance à l'égard de la violence, quelle qu'en soit la forme. La loi du silence n'est pas un pseudo-code d'honneur. Ce n'est jamais que la loi de la peur, chacun doit bien le comprendre.

L'Événement du Jeudi : Que sait-on de la présence de la Mafia italienne en Corse ?

Émile Zuccarelli : Italienne ou pas, peu importe son origine. Aujourd'hui, la criminalité s'organise au plan international et menace les démocraties. L'Italie est durement frappée, et la Corse – comme d'autres régions de France – menacée. Les États européens auraient bien tort de se croire à l'abri. Ils doivent se mobiliser et unir leurs efforts pour lutter contre les mafias qui leur lancent un défi.

L'Événement du Jeudi : Le comité interministériel sur la Corse doit se réunir avant la fin août. Va-t-il marquer un changement radical dans l'approche gouvernementale du problème corse ?

Émile Zuccarelli : Le Premier ministre est particulièrement attentif à la Corse. Il n'entend pas voir notre île se résumer à la trilogie exotisme-banditisme-terrorisme. La Corse mérite mieux que cela. En prenant des décisions dans de nombreux domaines – économie, agriculture, santé, moralisation, sécurité publique –, le gouvernement va montrer son intention d'assurer à la Corse son avenir et son développement.