Texte intégral
Q. : Madame le ministre délégué à l'Action humanitaire et aux Droits de l'Homme, vous arrivez d'Érythrée, pays qui a connu pendant trente années une guerre terrible et oubliée, qui s'est libéré sans aide internationale et sans alliés extérieurs et qui, aujourd'hui, envisage l'avenir avec beaucoup de courage et d'optimisme.
Mais vous revenez également de Somalie. Pendant près de trois années, de 1989 à 1992, alors que ce pays connaissait déjà la famine et une terrible guerre clanique, on n'en a pas parié. Aujourd'hui, au moment où l'opération "Rendre l'espoir", placée sous commandement américain, se termine, où le relais est passé aux Nations unies et où les casques bleus pakistanais viennent de subir une attaque terriblement meurtrière, je souhaite vous poser trois séries de questions.
D'abord, quel est le bilan humanitaire de cette opération ? Les Somaliens mangent-ils à leur faim? L'aide alimentaire est-elle allée là où elle devait aller ? Ensuite, devant la résistance, voire le refus des bandes armées de faire la paix, l'aide internationale peut-elle continuer durablement d'être accordée à un pays qui la refuse? Enfin, sommes-nous sur la voie d'un désarmement en Somalie ? Avons-nous l'espoir d'un règlement pacifique et d'un règlement politique ?
R. : Madame le député, je me suis effectivement rendue en Erythrée où j'ai constaté la détermination d'un peuple à accéder à la dignité. La France peut être fière de l'action qu'elle a conduite dans ce pays lors des grands orages du mois d'avril 1993. En Somalie, l'opération "Rendre l'espoir" comportait deux volets distribuer l'aide humanitaire, restaurer et normaliser la situation : la distribution de l'aide humanitaire supposait que l'on mobilise des forces nombreuses parce que des bandes de pillards attaquaient les convois. Grâce à cette mobilisation, l'aide alimentaire a pu être distribuée dans de bonnes conditions. Nous pouvons donc affirmer qu'actuellement, la Somalie ne meurt pas de faim. Je craindrais même que ne s'installent dans ce pays des "RMIstes alimentaires".
Par contre, les efforts de normalisation n'ont pas rencontré le même succès. La France a toujours souhaité le désarmement des pillards et des factions qui circulent en Somalie. C'est dans le cadre de cette procédure de désarmement que des incidents ont déclaré le 5 juin dernier, occasionnant vingt-deux morts, cinquante-cinq blessés et douze disparus parmi les forces des Nations unies.
Par ailleurs, la France a poussé les différentes tribus à se rencontrer. La réunion d'Addis-Abeba, qui a eu lieu en mars dernier, n'a donné qu'une apparence de paix. En réalité, les affrontements entre clans se poursuivent et les rivalités se sont aggravées, car le processus de désarmement n'a pas été complètement mené à bien. La situation est tellement préoccupante qu'elle met en cause l'action des ONG sur le terrain. La Somalie reste encore un pays sans État où des chefs de clan s'affrontent.
Heureusement, dans cette bataille pour la Somalie, l'armée française, dans les régions les plus difficiles, mène une action d'installation humanitaire remarquable qu'il me plaît de souligner.