Déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, à "Al Hayat" le 9 novembre 1993 et à l'Assemblée nationale le 10, sur la situation en Algérie et le refus français de devenir une "base arrière du terrorisme".

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Média : Al Hayat

Texte intégral

9 novembre 1993
Al Hayat

L'objectif est très clair. Nous avons toujours dit, je l'ai dit moi-même, que la France n'accepterait pas de devenir la base arrière du terrorisme. Nous avons de bonnes raisons de penser, il suffit d'ailleurs de se référer à leurs déclarations, que certains responsables du FIS en France prêchent la violence. Donc ceci n'était plus tolérable. Nous avions déjà, depuis le mois d'avril, pris un certain nombre de décisions à l'encontre de journaux. Eh bien, ceci s'est concrétisé par cette opération que vous connaissez.

 

10 novembre 1993

M. le député, permettez-moi, puisque vous m'invitez à vous faire une réponse globale sur notre politique à l'égard de l'Algérie, qui sera forcément sommaire en l'espace de quelques minutes, de commencer par rendre hommage au courage et au sang-froid de nos compatriotes qui vivent actuellement en Algérie et qui malgré les menaces, dont ils sont quotidiennement l'objet tiennent bon pour accomplir leurs tâches, qu'ils soient fonctionnaires, salariés du secteur privé, parents d'élèves ou élèves dans la dizaine d'établissements scolaires que nous avons en Algérie.

Notre politique à l'égard de l'Algérie, je l'ai rappelé ici, forme un tout. Nous avons intérêt à la stabilité de ce pays auquel nous attachent tant de liens historiques et actuels. La stabilité de l'Algérie, cela signifie d'abord que nous ne devons faire preuve d'aucune espèce de complaisance vis-à-vis de ceux qui ont fait du terrorisme et de la violence tout leur programme de gouvernement.

Je l'ai dit à plusieurs reprises et Charles Pasqua vient de le rappeler nous en tirerons également les conséquences, nous l'avons prouvé, sur le territoire national qui ne doit pas devenir une base arrière du terrorisme internationale, cela est clair.

Dans le même temps, j'ai dit de manière très explicite que le statu quo n'était pas possible en Algérie et qu'il fallait évoluer. D'abord sur le plan politique par le dialogue démocratique. Il appartient aux autorités algériennes de déterminer avec qui elles doivent engager ce dialogue et nous souhaitons que ce soit avec tous ceux qui récusent la violence et le terrorisme. Ensuite par des réformes de caractère économique, il faut que des contacts soient pris avec le Fonds monétaire international pour sortir l'Algérie de la situation de blocage où elle se trouve aujourd'hui.

Vous m'interroger sur les dispositions que la France compte prendre. Permettez-moi de vous rappeler, qu'elles sont déjà prises et que notre pays est vraisemblablement, même assurément, celui qui fait le plus aujourd'hui pour aider l'Algérie : 6 milliards de francs d'aides diverses sous forme de dons ou de prêts pour l'exercice 1993 et nous sommes prêts à continuer. Voilà quelle est notre politique !

Je n'aurai pas la prétention de vous dire que les choses vont se passer de manière aussi stable que nous le souhaitons. La situation est extraordinairement difficile et périlleuse de l'autre côté de la Méditerranée et elle a des conséquences de ce côté-ci. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, elle nous invite à la sérénité, bien sûr, au sens des responsabilités et à la continuité vis-à-vis de notre politique algérienne.