Texte intégral
Q - Pourquoi cette reconquête de la formation continue par les universités ?
- « Le mot de reconquête n'est pas le bon précisément parce que nous voulons faire tout autre chose que ce qui a été fait jusqu'à présent. Notre idée est de faire en sorte que la formation continue diplômante soit intégrée à la conception même des cursus. Nous souhaitons que les universités consacrent autant de temps et d'attention à la formation continue qu'à la formation initiale. Pour cela, les lauréats du concours que nous avons organisé (voir ci-dessus) vont recevoir des moyens supplémentaires, mais qui sont des moyens d'amorçage parce qu'ils vont en obtenir eux-mêmes de leurs négociations avec les entreprises. Un même concours aura lieu de nouveau l'an prochain et nous espérons de cette façon que progressivement toutes les universités s'y mettent. Une chose très encourageante est que, sur 86 universités, 80 ont concouru, ce qui montre bien que les temps ont changé. Les réactions sont extrêmement positives aussi du côté des grands patrons. Le président du CNPF, Ernest-Antoine Seillière, que j'ai reçu vendredi, s'est montré également très intéressé par la démarche. »
Q - L'université doit-elle devenir plus réactive ami transformations du monde économique ?
- « Nous souhaitons que les universités répondent à la demande, mais aussi qu'elles facilitent les reprises d'études, qu'elles permettent aux salariés d'acquérir des diplômes, Ce qui n'est pas possible avec les formations dispensées par les organisme, qui ne délivrent pas de diplômes reconnus dans les grilles de classification. Par exemple, nous allons organiser pendant l'été des formations accélérées d'informaticiens pour répondre à la pénurie que connaît actuellement le secteur. Je pense qu'à ce sujet nous serons sans doute amenés à passer une convention avec la fédération patronale concernée. Ces formations s'adresseront à la fois à des cadres au chômage, mais aussi à d'autres spécialistes - des biologistes, des scientifiques - qui veulent se recycler. Autre exemple : nous étudions la possibilité de développer les formations pour les médecins. Vous savez que le plan Juppé de réforme de la Sécurité sociale a rendu la formation médicale continue obligatoire. Or il est paradoxal de constater que les facultés de médecine ne sont pas jusqu'à présent impliquées dans des projets. »
Q - Pour se lancer sur ce marché, n'est-il pas nécessaire que l'Université change ses méthodes ?
- « Absolument. On ne peut pas concevoir la formation pour des adultes sur le même modèle que celle dispensée aux étudiants. Les modes d'enseignement doivent évoluer. Dans certains cas, il peut y avoir de l'autoformation, grâce à des programmes sur Internet. Il peut y avoir des sessions ou encore des stages égrenés tout au long d'une année. En toile de fond, nous devons donc faire évoluer les structures. C'est dans cet esprit que j'ai demandé au nouvel administrateur du Centre national des arts et métiers d'étudier un rapprochement entre le CNAM et le Centre national d'enseignement à distance. »
Q - Au-delà de l'Université, quelles sont les ambitions de l'Éducation nationale dans le domaine de la formation continue ?
- « J'ai demandé à Jean-Paul Gaudemar, recteur de l'académie de Toulouse, de faire un bilan de ce qui existe. Car nous ne partons pas de rien ! Toutefois, cela va nous amener y compris à des bilans douloureux, notamment pour les Greta qui ont joué un rôle important, mais qui ont des difficultés depuis que la formation professionnelle des jeunes a été confiée aux régions. Les lycées professionnels souvent sous-estimés à tort peuvent jouer un grand rôle dans la formation continue. L'idée générale est bien de diffuser cette culture à tous les niveaux de l'Éducation nationale. La formation continue diplômante, qui permet par exemple, à un dessinateur industriel de devenir ingénieur ou à une secrétaire de passer sa licence en droit, n'est qu'un aspect. L'Éducation nationale doit également multiplier les formations qui permettent aux professionnels d'améliorer leur pratique. Comme ce qui se fait lors des Entretiens de Bichat pour les médecins. Elle doit aussi permettre l'organisation de stages de remise à niveau, sans que cela mène nécessairement à un diplôme. Elle doit s'occuper de la formation professionnelle dans toutes ces acceptions. C'est toute l'Éducation nationale qui doit acquérir de nouveaux réflexes dans le domaine de la formation continue. »
Q - Lionel Jospin doit intervenir le 25 mai en clôture d'un colloque sur « l'Université européenne ». La France doit-elle prendre une initiative dans ce domaine ?
- « Toutes les tentatives d'harmonisation européenne ont jusqu'à présent piétiné. Les universités sont autonomes et n'ont aucune intention de se fondre dans un modèle unique. De la même manière, l'Université européenne ne doit pas être placée à la Sorbonne, à Oxford ni à Heidelberg, mais toutes les universités doivent être européennes. Notre conception est que les enseignements supérieurs des différents pays doivent avoir une trame commune. Chacun pourra garder ses traditions, son originalité, ses programmes, mais la trame sera telle que les étudiants pourront bouger. C'est le sens de la réflexion que la France a initiée et que nous poursuivrons les 24 et 25 mai à la Sorbonne avec mes homologues italien, britannique et allemand et un grand nombre d'universitaires européens. »