Déclarations de M. Bernard Bosson, ministre de l'équipement des transports et du tourisme et secrétaire général du CDS, sur le CDS, les thèmes de la campagne pour les élections européennes, et le rôle du CDS au sein de la majorité dans la perspective de l'élection présidentielle de 1995, Rouen le 22 avril 1994.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Bernard Bosson - Ministre de l'équipement, des transports et du tourisme

Circonstance : Interventions à l'occasion du congrès du CDS à Rouen du 22 au 24 avril 1994

Texte intégral

Bienvenue.

Bienvenue à vous toutes et à vous tous qui êtes ici pour réfléchir tout au long de notre Congrès qui représente un des moments forts de la vie militante de notre famille de pensée.

Merci. Un très grand merci à tous ceux qui ont œuvré sans relâche, et vont continuer à le faire pendant ces deux jours, pour que ce Congrès soit, nous l'espérons tous une grande réussite.

Merci aux équipes du 133 bis rue de l'Université, à ceux qui ont eu en charge l'organisation comme à ceux qui ont mené la réflexion.

Merci à François Gautier, Sénateur-Maire de Rouen qui nous accueille, à la Fédération CDS de Seine-Maritime.

Merci à nos ministres, à nos parlementaires qui viennent nombreux à ce congrès.

Sachez que votre engagement à tous nous est précieux et qu'il nous va droit au cœur.

Je vous demande de les unir tous ceux qui ont porté cette organisation dans un même témoignage de reconnaissance en leur faisant l'ovation qu'ils méritent.

Ce choix de Rouen nous l'avons fait tous ensemble, pour Jean Lecanuet.

Ce Congrès de Rouen, c'est le Congrès de la fidélité, du ressourcement. C'est le Congrès des références du futur.

Le rappel permanent de nos racines, et en même temps l'effort de projection vers le futur, ont toujours été présents, à chacun de nos congrès, portés par Jean Lecanuet.

Aujourd'hui, alors que notre congrès se tient pour la première fois dans sa ville, il n'est hélas plus parmi nous.

Et pourtant chacun d'entre nous dans le secret de son cœur ne cessera pendant ces deux jours de l'entendre.

Nous l'entendrons nous répéter cette pensée qu'il aimait à rappeler : "Demain n'est plus à attendre mais à inventer".

Nous l'entendrons nous dire : "Dans un monde inquiet, qui souffre d'un trop plein de technicité et d'une carence d'idéal, les hommes d'aujourd'hui, et particulièrement les jeunes cherchent une force politique capable de répondre, par sa doctrine et par ses propositions, à leurs angoisses et à leurs attentes. Le temps n'est plus, enfin, où l'on pouvait se satisfaire de gestionnaires habiles du quotidien national."

Nous l'entendrons enfin nous rappeler sa conviction étonnante d'actualité. Écoutez : "Je suis convaincu, disait-il, que l'état d'esprit qui est le nôtre, la volonté démocrate et sociale, est majoritaire dans la conscience nationale. C'est cela que le pays veut. Il souhaite être gouverné au centre, loin des aventures, par la réforme. Ce n'est pas le changement pour le changement, le bouleversement ; c'est la volonté réfléchie, reposant sur une doctrine de vie – qui pour nous est le personnalisme, la dignité de l'homme. La réforme est œuvre de longue haleine. Le pays aspire à cette évolution et il sait dans son tréfonds, qu'il n'a qu'un choix où la réforme délibérée ou la révolution."

Sachons ensemble, pendant ces deux jours, être dignes de notre Président fondateur Jean Lecanuet, ce sera notre manière à nous de lui rendre l'hommage respectueux et affectueux, que nous lui devons.

Il me revient la charge, en tant que Secrétaire Général, d'ouvrir nos travaux, après le mot d'accueil de François Gautier que je remercie encore.

Je vous dois :
- un compte rendu de mandat, 
- des perspectives, 
- puis je rappellerai les enjeux de cette première phase de notre Congrès 1994, enjeux sur lesquels reviendra plus longuement, Pierre MEHAIGNERIE dans quelques instants.

I. – Je commence par le compte-rendu de mandat

Ce Parti, que j'ai rejoint, derrière Jean Lecanuet en 1965, sur une certaine conception de l'Homme, de la Communauté, de la France et de l'Europe, et nous sommes nombreux ici à avoir eu la même démarche, à un âge où je n'avais pas encore le droit de vote, ce parti je lui porte un attachement profond qui n'a fait que croître au fil de ces 29 années de militantisme.

C'est la raison pour laquelle, à Angoulême, bien qu'ayant été le dernier à me rallier à la proposition de François Bayrou de constituer un tripode, à la tête de notre formation, j'ai soutenu de toutes mes forces cette proposition que vous avez bien voulu accepter, pour qu'il n'y ait pas de déchirement dans notre famille.

Après mon élection, je vous avais indiqué à Angoulême mes objectifs de Secrétaire Général. Redynamiser notre organisation, essayer d'apporter du sang neuf dans cette maison, tenter de mieux répondre à la vie des fédérations.

Dès ma prise de fonction, et conformément à mon engagement, j'ai fait réaliser un audit de notre fonctionnement afin que nous évaluions ensemble nos forces et nos faiblesses, cela apparaissait naturel.

Chacun de vous sait ce qu'il a révélé et les raisons de la situation très difficile que nous avons rencontrée. J'ai cru devoir m'en occuper.

Chacun d'entre vous comprendra que je m'y arrête très peu.

Mais, mon compte-rendu de mandat n'en serait pas un, si je ne vous disais pas, en quelques mots, l'ampleur de l'effort que nous avons dû accomplir.

Nous étions alors, il y a deux ans, dans une situation financière grave, avec des dettes immédiatement exigibles de plus de 39 millions de francs ; et des emprunts lourds sur notre siège.

L'imminence des élections législatives et la probabilité du succès exigeaient que, tous ensemble nous redressions très rapidement la situation.

J'ai donc été amené à jeter toutes mes forces, à consacrer tout mon temps dans la recherche de financements conformes à la nouvelle législation et dans le redressement du Parti pour assurer son indépendance, son avenir et je le crois son honneur.

Cela a été dur, car beaucoup n'avaient pas conscience de la situation et certains n'ont pas compris la dureté des mesures que j'ai été amené à prendre.

Il ne m'a pas été facile, notamment, de devoir licencier plus de la moitié de nos permanents…

Aujourd'hui, après deux ans et demi de travail inlassable, le résultat est net :
- nos comptes sont en ordre, 
- des accords ont été passés avec tous nos créanciers et ils sont tenus, 
- des accords ont été passés avec tous les services de l'État et ils sont tenus,
- les emprunts ont été renégociés,
- nos dettes immédiatement exigibles sont passées de 39 millions de francs à 13 millions de francs et font l'objet d'accords d'étalement.

Notre Parti, avec le soutien de tous ses dirigeants et en particulier de nos Députés et de l'engagement personnel de Jacques Barrot et de nos sénateurs, grâce à l'engagement de Louis Jung et des sénateurs qui ont bien voulu y participer, a aujourd'hui des comptes d'une transparence totale, il a :
- un projet de budget prévisionnel annuel soumis au vote du Conseil Politique et du Bureau Politique,
- un compte-rendu annuel d'exécution du budget soumis au Conseil Politique et au Bureau Politique, 
- nos comptes sont transparents, contrôlés et publiés.

Mais, et j'insiste sur ce point l'effort de rigueur extrême qui a été mené et qui nous donne très peu de moyens pour fonctionner, cet effort doit impérativement être poursuivi pendant deux ans encore si nous voulons enfin être "tirés d'affaire".

Je ne dirai rien de plus sur tout cela à cette tribune. Si je l'ai rappelé brièvement et c'est par devoir de compte-rendu, volonté de transparence et pour répondre à certains donneurs de leçons d'aujourd'hui, semblent avoir d'autant plus oublié tout cela qu'ils avaient curieusement désertés hier quand la survie du Parti était en jeu.

Sachez, en tout cas, que malgré le manque de moyens, nous avons fait au mieux avec tout le dévouement dont nous sommes capables dans les secteurs qui étaient de la responsabilité du Secrétaire Général.

J'ai, et c'est un autre résultat concret, mis par exemple sur pied l'Union pour la Démocratie Locale, cette structure de formation, dont nous avons tant besoin et qui demain permettra de former élus et militants dans le cadre de la nouvelle loi.

Bien évidemment je ne suis pas intervenu dans les secteurs qui ne dépendraient pas de moi selon l'accord passé à Angoulême.

II. – Perspectives

Après deux années et demi, au secrétariat général, j'ai conscience et je comprends que François Gautier l'ai indiqué, que nous avons un système d'organisation qui a vieilli et qui n'est pas très puissant, nous avons peu de moyens pour le financer ; que notre processus de décision est quelque fois pagailleux mais j'ai aussi conscience que nous avons tous suffisamment de qualités, de forces, d'union autour des mêmes idées, de volonté de vivre ensemble dans cette famille pour changer les choses et fonctionner mieux demain.

Je considère que ce que nous appelons unité, doit devenir une vraie collégialité de décisions et une vraie collégialité dans l'application de ces décisions.

Nous devons trouver les moyens de créer une vie plus militante, plus démocratique.

Il est vital que nous nous ouvrions ensemble davantage sur le monde extérieur, les responsables économiques, syndicaux, sociaux, culturels, associatifs.

Je crois que nous devons par ailleurs bâtir un autre type de relations entre le national et les Fédérations et ce n'est pas simple, un autre type de relations permettant de dynamiser les petites fédérations où bien celles qui, disons le franchement, somnolent sur leurs acquis, ce qui arrive à tous à un moment ou à un autre. Il nous faut donc remettre en cause nos méthodes, nos équipes et le faire encore une fois ensemble.

Avant le Congrès de décembre, je vous ferai part des réflexions, déjà approfondies et travaillées avec nombre d'entre vous, qui sont les miennes pour cette nouvelle organisation.

Je vous proposerai des changements quant aux relations entre le National et les Fédérations. Il faudra que l'on en parle car cela demande des efforts à tout le monde et ce n'est pas toujours bien accepté. Il nous faudra innover quant à l'organisation de ces fédérations, leurs statuts, leur vie démocratique ; il nous faudra de manière plus systématique apprendre à détecter les hommes, les femmes, les jeunes qui peuvent porter nos couleurs, notre message et les promouvoir à toutes les échéances électorales.

Cette rénovation passe aussi par une réforme des statuts.

Conformément au vœu du Conseil Politique et sans plus attendre, je souhaite qu'une commission de réforme des statuts se mette au travail, j'en proposerai, avec Pierre, avec Dominique, la composition au Bureau Politique. Je suggère que son animation soit confiée à Philippe Douste-Blazy, et qu'elle rende compte au Bureau Politique et au Conseil Politique avant la deuxième phase du Congrès.

Pour parvenir à tout cela, j'ai agi depuis des mois afin qu'intervienne, je le croyais naturel après 12 années, un renouvellement.

Pierre Méhaignerie m'a fait une proposition permettant en cette année 94 d'assurer ce renouvellement sans affrontement.

J'ai accepté sa proposition d'un congrès en deux temps :

1. Les idées et le lancement autour de Dominique Baudis, nous ne le savions pas encore, mais nous l'espérions fort, de la campagne européenne maintenant à Rouen.

2. Et le choix de notre candidat aux présidentielles et le renouvellement de nos instances, avant fin décembre, vraisemblablement les 17 et 18 décembre, à Paris.

Pierre a confirmé qu'il se retirerait. Je confirme que, pour ma part, je serai candidat à un mandat limité dans le temps, mandat de service ayant comme ambition cette nécessaire rénovation de notre expression, de notre organisation, pour essayer de faire fonctionner le CDS avec plus de vitalité, de démocratie et d'efficacité encore.

Si je comprends la frustration de certains d'entre vous qui considèrent que ce Congrès est quelque peu tronqué puisqu'ils n'auront pas à émettre des votes statutaires, je dois vous dire que je suis d'autant plus conforté dans cette orientation, cette décision d'un congrès en deux temps :

1. Que nous sommes aujourd'hui tous unis autour du combat que mène Dominique Baudis,

2. Et que nous sommes réunis dans la ville qui est celle de notre fondateur Jean Lecanuet.

Je crois que nous avons bien fait, une fois de plus, de privilégier l'intérêt du Parti.

Le Conseil Politique à qui cette proposition a été soumise, à la demande de Pierre et de moi-même, l'a, à bulletins secrets, massivement approuvée.

Ce congrès de Rouen est donc celui de la réflexion et de la mobilisation.

Mobilisation unanime du CDS autour de Dominique Baudis qui a eu le courage de se battre pour être la tête de liste de la majorité unie aux élections européennes et qui a réussi, dans l'union la plus totale de notre famille, est-il nécessaire de le dire, à devenir cette tête de liste.

Dominique, c'est pour nous tous un honneur et une joie.

Et… J'imagine et je sais que tu imagines, Dominique, quelle joie cela aurait été pour Jean LECANUET.

III. – Les enjeux de cette première phase de notre congrès 1994

Notre réflexion est toute entière consacrée aux deux thèmes actuels les plus importants sur lesquels nous travaillons tous depuis des mois :
- la nouvelle donne sociale, 
- et la nouvelle donne européenne.

Nous avons voulu que ce débat soit ouvert par des personnalités souvent extérieures à notre famille.

L'ensemble de nos leaders, comme vous tous, interviendrez dans le cadre des groupes de travail qui ont été mis en place, et au cours des débats généraux qui ont été organisés.

Demain, en Assemblée plénière, nous voterons sur les grands choix qui se seront dégagés, renouant ainsi avec la méthode vivante qui avait été celle de Saint-Malo, congrès de participation voulu et organisé par Pierre Méhaignerie et Jacques Barrot et qui a été, je le crois vraiment, parmi les plus réussis et les plus militants de nos congrès.

Je n'interviendrai pas ce soir, dans ce discours d'accueil, sur les problèmes de fond, me réservant de vous écouter et d'y revenir longuement dimanche.

Je souhaite que ce Congrès de Rouen soit celui où nous saurons puiser nos forces dans nos racines et traduire notre message de manière renouvelée, adaptée au monde moderne.

Je souhaite qu'il sonne l'heure du renouveau et qu'il annonce le succès de la liste européenne menée par Dominique Baudis.

Et je termine en disant, au nom de vous tous que ce combat des européennes dans lequel nous nous engageons de toutes nos forces et avec enthousiasme, ce congrès de Rouen, c'est à toi, Jean Lecanuet, que nous le dédions.


Intervention de Bernard Bosson, lors de la clôture du Congrès national du CDS, à Rouen, le dimanche 24 avril 1994

Chers amis,

Ce congrès, c'est celui de l'unité.

Jean Lecanuet a voulu de son lit de souffrance que ce congrès ait lieu ici, alors même qu'il savait qu'il ne serait pas physiquement parmi nous.

Pour nous tous, particulièrement pour ceux qui, comme moi, se sont engagés en politique derrière lui en 1965, il y a déjà 29 ans, ce congrès est plus qu'un hommage, plus qu'un symbole c'est le moment privilégié de l'émotion et du souvenir partagés.

Nous sommes sûrs qu'avec ta capacité de porter un message européen crédible à la fois concret, lucide et enthousiaste, qu'avec ton dynamisme, tu nous permettras d'entraîner les Français, tu nous permettras d'avoir suffisamment de députés pour être les plus influents du Groupe du PPE et d'être influent au Parlement au service d'une certaine idée de l'Europe.

Le CDS a voté démocratiquement pour désigner ses candidats. Notre devoir est de respecter au maximum, comme nous nous y sommes engagés, l'ordre de candidatures sorti des urnes ; si dans le cadre des négociations, des problèmes se posaient sur telle ou telle surreprésentation ou sous-représentation, il pourrait y avoir place pour l'exception, mais sans remise en cause fondamentale du vote et sous le contrôle étroit du Bureau Politique.

Il nous faut en effet au maximum respecter le vote démocratique des militants, c'est aussi cela un parti politique !

Pendant cette campagne européenne et pendant l'année qui vient nous allons avoir à répondre à quatre questions :
Quelle Europe voulons-nous ? 
Quelle France préparons-nous? 
Quel CDS voulons-nous ? 
Quelle majorité, dans la perspective en fin d'année du lancement de la campagne présidentielle ?

la nécessité de l'approfondissement, de la démocratisation des institutions européennes et la nécessité des élargissements. Les premiers se feront vers les peuples de l'Europe du Nord et nous devons les réaliser mais en veillant à ce qu'ils ne nous entraînent pas vers une simple zone de libre-échange, une AELE à peine améliorée.

Parallèlement à ce risque, nous souffrons d'une absence de réflexion, de vision sur ce que nous devons inventer ensemble pour accueillir, c'est notre devoir absolu, les peuples de l'autre moitié de notre unique Europe qui ont enfin recouvré leur liberté.

Cette carence nous fait courir un double risque, celui de nous couper, ce qui serait tragique, de ces peuples qui ont retrouvé leur liberté et qui, demain, pourraient regretter la férule communiste devant le visage d'un libre-échangisme inhumain que nous leur proposons trop souvent ; celui de devoir recourir demain à des élargissements précipités qui trahiraient les espoirs de ces peuples car alors l'élargissement précipité déliterait cette Communauté et, au lieu de rejoindre une communauté forte, ces peuples ne rejoindraient qu'une communauté qui s'autodétruirait au fur et à mesure de ses élargissements, une communauté qui ne constituerait pour eux qu'un mirage. Il est donc indispensable que nous soyons capables de construire ensemble une idée, un chemin qui permettent de dépasser par le haut la contradiction entre approfondissement, démocratisation et élargissement, et c'est à nous d'y parvenir.

L'une des routes possible que je vous soumets, c'est une Europe à plusieurs cercles :
     – un premier cercle, de ceux qui le peuvent et qui le veulent, qui serait une Europe politique respectueuse des identités nationales,
- un deuxième cercle, plus large, monétaire,
- un troisième plus large, économique,
- un quatrième plus large de défense,
- un cinquième cercle enfin, de coopération politique.

1. Nous devons poursuivre notre action pour une France plus forte.

Nous devons cesser d'être des protectionnistes, le protectionnisme c'est l'aveu de l'échec. Le protectionnisme c'est ce que l'on utilise lorsque l'on n'est pas capable d'être l'égal des autres. Le protectionnisme c'est encore un instant Monsieur le bourreau, le protectionnisme c'est ne pas croire en la France. Le protectionnisme c'est le début du renoncement.

Mais avec la même force nous devons combattre l'ultra-libéralisme qui mène à une jungle où l'être humain n'a pas sa place, où le progrès social est condamné. Nous récusons une société où le progrès social, les notions de service public, d'aménagement du territoire seraient remis en cause.

D'une telle société, nous ne voulons pas.

Ni protectionnisme, ni ultra-libéralisme, nous voulons être les initiateurs d'un équilibre dynamique acceptant la compétition d'où nait la modernité, le progrès, la remise en cause, dans une société libre, créative, responsable, mais nous exigeons que cette compétition soit maîtrisée, loyale et saine, toute entière mise au service de l'Homme et du progrès social.

C'est un combat de valeurs que nous devons mener en France, en Europe et dans le monde grâce à l'internationale démocrate-chrétienne.

Au-delà de ce combat, au-delà de l'indispensable redressement national alors que nous avons trouvé un pays qui, pour la première fois depuis la guerre, s'appauvrissait, il nous faut transformer notre société, si nous voulons répondre de manière suffisamment rapide et suffisamment durable au drame du chômage.

Lorsque nous avons dialogué avec les jeunes qui manifestaient contre le CIP, ils nous ont en général dit : "Vous gérez bien le pays, vous le redressez, mais avez-vous une vision d'avenir, quelle société nous proposez-vous ?"

Le second chantier consiste, dans le travail, à replacer l'homme au centre des préoccupations sociales. La démocratie dans l'entreprise doit redevenir une idée neuve. La participation ne doit pas être uniquement financière, elle doit laisser place à la cogestion. C'est à nous, démocrate-chrétiens, de dire qu'au-delà de l'argent, au-delà de la machine, c'est et ce sera toujours l'homme qui fait la différence.

Je n'insisterai pas sur la formation dont nous avons beaucoup parlée pendant ces deux jours. J'insisterai sur le dialogue social, le respect des êtres et la motivation.

J'ai tiré une leçon de l'exemple d'Air France, notre philosophie démocrate-sociale m'a convaincu que cette compagnie en perdition ne pouvait pas être sauvée contre les hommes et les femmes qui la composaient. C'est pourquoi, voyant que l'avenir était aussi mal engagé, j'ai préféré retirer le plan, changer le président, changer toute l'équipe de direction en nommant des personnes capables de porter un projet dans le respect des êtres.

On parle souvent du référendum d'Air France, mais ce n'est pas l'essentiel ; l'essentiel c'est la manière dont les hommes et les femmes d'Air France ont été respectés, informés, consultés, la manière dont, au cours de 2 400 réunions de dialogue, ils ont été appelés à créer le plan de reconstruction, la manière dont le dialogue avec les organisations syndicales a été approfondi et est actuellement poursuivi.

Le référendum d'Air France a apporté ensuite la preuve qu'il est possible de demander des efforts, de mobiliser lorsque l'on bâtit dans le dialogue un projet collectif, lorsque les personnes sont respectées ; motivées. C'est à une telle société participative, respectueuse des êtres, moins hiérarchique que nous devons donner nos forces.

L'avenir est à un nouveau personnalisme social qui donnerait à chacun l'occasion d'être plus libre, plus responsable dans l'organisation de son travail, mieux informé, plus associé aux décisions, plus intéressé au résultat.

C'est toujours en raison de cette conception que notre parti est une famille que j'ai accepté la proposition de Pierre d'un congrès en deux temps :

1. Avec sa première partie maintenant à ROUEN pour le débat d'idées et le lancement de la campagne européenne.

2. Avec sa deuxième partie avant la fin décembre à PARIS pour le choix du candidat à l'élection présidentielle et le renouvellement statutaire des instances.

J'entends ces jours de beaux esprits dire qu'il y a un perdant à ce congrès de Rouen et que ce serait moi-même. Non, Chers Amis, il n'y a pas de perdant à Rouen. Il n'y a qu'un gagnant, ce gagnant c'est le Parti et nous en sommes tous fiers.

Oui, René Monory, tu avais raison, songeons à ce qu'aurait été ce congrès qui a été celui de l'unité derrière Dominique Baudis, dans la ville de Jean Lecanuet s'il avait été celui de la déchirure.

Songeons à l'image que nous aurions donnée : l'unité de la majorité et la division du CDS.

Nous n'en avions pas le droit.

Les mêmes poursuivent en disant que bien entendu il n'y aura pas de congrès en décembre.

Je suis désolé de les décevoir. Cet engagement a fait l'objet, entre Pierre et moi, d'un échange de parole d'honneur et d'un vote du Conseil Politique et, dans ce parti les paroles sont tenues et l'honneur est respecté.

Une fois de plus, seul l'intérêt du parti nous aura guidé, merci à tous d'avoir bien voulu le comprendre.

Ce travail de renouveau va commencer par une première réforme, celle des statuts d'autant plus indispensable qu'ils sont assez incohérents. J'ai proposé qu'une commission se mette au travail, que sa composition soit soumise au Bureau Politique et que sa responsabilité soit confiée à Philippe Douste-Blazy. Je suis heureux de constater que cette proposition a reçu l'assentiment de tous.

La force de nos idées ne suffira pas si elle n'est pas portée par la force de notre voix.

Nous avons donc le devoir de propulser le maximum de militants dans la vie publique.

Nous devons nous rappeler qu'un parti pèse essentiellement par son nombre de parlementaires.

Nous devons tout faire pour que malgré la suppression de notre groupe à l'Assemblée nationale, que personnellement j'ai beaucoup regrettée, nous soyons capables de nous faire entendre grâce aux efforts de Jacques Barrot, Jean-Jacques Hyest et de tous nos députés.

Nous devons retrouver au-delà de notre identité, une plus grande capacité encore, tous ensemble à faire entendre la voix du Centre.

IV. – Quelle organisation de la majorité ?

1. L'UDF, je l'ai pour ma part toujours dit, est une impérieuse nécessité.

Il faut qu'elle soit une forte alliance électorale et une confédération.

Mais attention à ne jamais commettre de contre-sens !

Entre l'approbation béate et la critique destructrice et non dépourvue d'arrière-pensées, il y a place pour la critique positive.

Nous devons être exigeants au nom de notre identité, de nos valeurs démocrate-chrétiennes, exigeants mais loyaux.

L'indépendance, l'exigence et la loyauté ne doivent en effet jamais être séparés.

Il est regrettable que certains dans la majorité se soient faits une spécialité de la critique gouvernementale trop de funambules du soutien-critique, trop de voltigeurs de la phrase assassine, qui, loin des problèmes quotidiens des Français, nous discréditent je le crois vraiment ; chaque chose en son temps.

2. À propos de cette perspective présidentielle

Je crois qu'il ne faut pas ouvrir de débat avant décembre.

Je trouve prématuré de dire aujourd'hui s'il faudra un ou deux candidats, il n'y a pas en la matière de religion.
Suivant les périodes, les circonstances, les personnes, il peut être bon de ratisser large avec deux candidats au premier tour qui font l'addition des voix au second tour, mais, à d'autres moments la division pendant la campagne est telle que, vous le savez tous, l'addition ne se fait pas au second tour.

La preuve en est la manière dont nous vivons nos municipales, nos cantonales, nos législatives, nos sénatoriales, et nos européennes.

Nous verrons bien dans cette affaire où il n'y a pas de dogme ; attendons et jugeons sur pièce, même si nous sentons déjà que l'aspiration à l'union sera très forte.

Permettez-moi en tout cas de vous livrer des certitudes :

a) Que notre engagement total derrière Dominique Baudis permette que nous pesions effectivement dans le PPE et au Parlement Européen pour une Europe qui rompe avec la dérive actuelle ultra-libérale et qui réaffirme une dimension politique respectueuse des identités nationales.

b) Que nous fassions en sorte, par la force de nos idées, notre cohérence, notre unité, que nous soyons un pilier incontournable de la majorité présidentielle future.

c) Que nous parvenions par plus de vie interne, plus de démocratie à avoir un parti encore plus nombreux et plus respectueux de sa vie démocratique, de ses militants.

d) Que nous agissions, enfin de telle sorte que le prochain Président de la République soit le candidat choisi par le CDS, et non pas un candidat subi.

En un mot nous devons nous mobiliser, nous remettre en cause, de telle sorte que le rêve dont nous sommes porteurs d'une Communauté Européenne véritable et d'une Communauté Française fraternelle devienne progressivement réalité.

Si nous le vivons ensemble, si nous sommes unis, si nous l'incarnons avec la passion que nous portons en nous, personne, personne, Chers Amis, ne pourra plus jamais oser nous demander, à nous CDS : "Quel est ton rêve ?".