Texte intégral
Mégret : "une victoire idéologique"
Pour le délégué général du FN, si le score aux européennes a marqué un palier, sa formation progresse sur le plan des idées.
Bruno Mégret, délégué général du front national, réélu député européen (en deuxième position sur la liste du FN), refuse de voir dans ce scrutin le signe d'un plafonnement du FN. Il répond aux questions du "Figaro".
Le Figaro : Le scrutin des européennes ne confirme-t-il pas le plafonnement du FN déjà apparu lors des cantonales ?
Bruno Mégret : C'est vrai que pour la première fois le Front national n'augmente pas son score par rapport aux élections précédentes de même nature. Mais ces élections européennes doivent être replacées dans leur contexte général : l'existence d'une liste Villiers et d'une liste Tapie est un élément tout à fait nouveau qui explique ce palier du Front national.
Le Figaro : La progression du front national n'est donc pas compromise ?
Bruno Mégret : L'avenir nous paraît éclairé par une perspective relativement favorable. Et cela en raison de deux évolutions. La première, c'est l'éclatement de la classe politique traditionnelle, davantage à gauche, c'est vrai, avec l'effondrement du PS, mais également à droite, où le RPR et UDF ont connu le plus bas score à ce type d'élection. Cette division interne – Tapie, Chevènement à gauche. Villiers à droite – ne peut aller à terme que dans le sens d'une recomposition politique que souhaite le Front national, et qui lui sera profitable, puisqu‘il est la seule force politique structurée, organisée, en dehors des partis politiques traditionnels.
La deuxième évolution qui nous partait aussi très positive et très spectaculaire, c'est le fait que nos idées aient connu une formidable progression, puisque le programme de M. de Villiers reprend principalement les idées du FN. De ce point de vue-là, on peut considérer qu'il y a près de 25 % des Français qui a l'occasion des européennes, ont adhéré peu ou prou aux idées défendues par le Front. C'est donc une victoire idéologique, et chacun sait que les victoires politiques sont toujours précédées par des victoires idéologiques.
Le Figaro : Vous pensez qu'une partie des électeurs de la liste de Villiers pourrait un jour – par exemple de l'élection présidentielle – choisir le candidat du FN ? Il est peu probable que Philippe de Villiers leur indique cette direction …
Bruno Mégret : Personne n'est propriétaire de ses voix. Elles appartiennent au citoyen. Mais ce que je constate, c'est que le phénomène de Villiers est une première étape vers le décrochage des électeurs de la vraie droite du RPR et de l'UDF, ce qui va dans le bon sens pour nous.
Le Figaro : Vous parlez aussi du rôle de la liste Tapie pour limiter le score du FN ….
Bruno Mégret : C'est tout à fait marginal. Mais cela existe dans les Bouches-du-Rhône, et dans la région Provence-Côte d'Azur. Il y a un électorat populaire et de contestation, qui, très marginalement, recoupe un électorat potentiel du Front national.
Le Figaro : Une autre application a été avancée : Jean-Marie Le Pen ne jouerait plus pour le FN le rôle de "locomotive" …
Bruno Mégret : Lorsque Jean-Marie Le Pen faisait un discours très combatif, on expliquait qu'il commentait des dérapages et freinait la progression du Front national. Et maintenant on explique qu'il a u discours insuffisamment combatif, et que cela freine la progression du FN.
Le Figaro : Accepter-vous le parallèle entre le MSI et le FN ?
Bruno Mégret : Il y a un parallèle à faire en ce sens que le FN se situe sur l'échiquier au plan de la droite nationale et qu'il est actuellement placé dans un ghetto par la classe politique institutionnelle. Ce qui me paraît très surprenant, c'est qu'en Italie, le MSI, qui garde objectivement des origines dans le mouvement fasciste italien, et qui se dit lui-même post-fasciste, soit sorti du ghetto, et ait été intégré à l'équipe gouvernementale. Alors qu'en France, un mouvement qui n'a aucune de ces références ni de ces nostalgies, qui est un mouvement neuf, qui joue le jeu de la démocratie depuis qu'il existe, est lui, placé au bord de la classe politique institutionnelle. De ce point de vue-là, l'Italie a des leçons de tolérance à donner à la France.
1er juillet 1994
La lettre de Jean-Marie Le Pen
Sommes-nous populistes ?
Le choix du peuple
Les analystes politiques ont interprété globalement les résultats du 12 juin, comme une poussée de fièvre populiste de l'électorat, comme un succès pour les leaders de la contestation du système : Tapie, de Villiers, Goustat et Le Pen …
On peut bien sûr s'étonner que M. de Villiers figure dans le camp des populistes, tans son électorat semble identifié, sociologiquement uniforme, âgé et plutôt privilégié. On peut s'inquiéter d'être rapprochés du phénomène Tapie dont les moteurs et les valeurs semblent aux antipodes des nôtres. Pour le reste, il est vrai que la critique de l'établissement, de ses méthodes et de son refus consubstantiel d'aborder les vrais problèmes de nos compatriotes, critique initiée voire théorisée par Jean-Marie Le Pen et le Front National, fait recette au point de rassembler désormais près de 40 % des voix !
Camouflet
Incroyable camouflet lancé au système politicien par le corps électoral car, dans ce cas de figure, PC-PS-RPR-UDF ne rassemblent même plus, réunis, une majorité d'électeurs.
Pire ! Si l'on veut bien prendre en compte l'abstention, on arrive pour les partis de l'établissement à seulement 23 % des suffrages et des électeurs inscrits … On mesure là, le discrédit dont souffre le "gang des quatre" et la cassure qui s'élargit entre le peuple et ceux qui le gouvernent depuis des décennies.
Pour sa défense, l'établissement oppose un argument, à ses yeux, infamant, s'il en est : ceux qui critiquent le système et ses séides sont des populistes !
Qu'entendre par là ? Tout simplement que les populistes sont des démagogues, des hommes capables de flatter les Français pour gagner leurs faveurs. Mais en réalité, l'établissement a peur du peuple Français, et le fait même de transformer en injure le terme de populiste est u aveu : le populisme est dangereux car il place le souci du peuple au cœur de sa doctrine et de son combat ; or le peuple est, selon l'oligarchie au pouvoir, velléitaire, inapte à comprendre son intérêt, à choisir ceux qui la représentent au mieux, il est surtout susceptible, pour peu que la vérité lui apparaisse, de chasser du pouvoir ceux qui usent et abusent de sa légitimité, symbole même de l'histoire et du devenir de la nation.
La nation et le peuple
Pour l'établissement politico-médiatique, le peuple n'existe pas et se décompose en tranches statistiques ; parfois même, il rime avec populace, foule inepte et violente.
Pour nous, il est l'une des références essentielles, de celles qui donnent leur sens à l'engagement politique. Le peuple, notre peuple, est indissociable de notre terre de laquelle il extrait sa force et son génie : car notre peuple n'est pas une abstraction, il vit, rit et pleure aussi.
Il a traversé avec gloire les siècles passés, mais il doit savoir qu'il peut aussi mourir demain pour peu qu'il ne prenne garde aux fléaux, menaçant de l'emporter ou, pire, de l'avenir pour l'asservir.
Si populisme veut dire démagogie, nous ne sommes évidemment pas populistes. Car nous ne flattons pas mais nous sonnons le tocsin, mieux, nous soyons de la quiétude l'endormi, nous secouons le pleutre et nous enrôlons le réfractaire : le combat en vaut la peine, car c'est de la vie et de l'avenir des nôtres dont il s'agit.
Mais si populisme veut dire souci du peuple, art d'être à l'écoute de ses craintes et de ses espoirs, alors nous sommes populistes, nationaux populistes, et fiers de l'être, comme vont le clamer en juillet lords de leur université d'été les jeunes frontistes.
Populaire !
Cependant, comme il est préférable de se définir plutôt de d'être définis par d'autres, nous préférons le terme de populaire à celui de populiste, tant il est vrai que les mots en "isme" véhiculent souvent une absolue porteuse d'intolérance ou susceptible de sacrifié d'autres priorités sur l'autel d'un seul concept.
Le Front, depuis son origine, se veut national, populaire et social, couvrant ainsi l'essentiel de notre message en direction de nos compatriotes. Expression politique même du peuple, issu de son meilleur terreau, le Front National a vocation demain à conquérir le pouvoir pour le peuple et par le peuple. Ce n'est pas rien de le réaffirmer, c'est replacer notre engagement dans un cadre authentiquement démocratique et républicain, bien loin en somme de la caricature démocratique qui habite l'actuel pouvoir oligarchique, constitué d'une minorité de citoyens, au service d'une minorité de copains et de coquins.
Plus que jamais, notre peuple a besoin de nous, de nos valeurs et de nos convictions qui sont d'abord les siens.
Quand il aura vraiment pris conscience de cela, alors il se détournera des hommes de l'oligarchie politico-médiatique, mais aussi des démagogues et pseudo-populistes issus de l'établissement.
Le peuple n'est pas contre nous, il sera bientôt avec nous quand il aura découvert qui il est. Viendra alors le temps de la liesse populaire, c'est-à-dire le moment où le peuple tout entier est rassemblé, fier de ce qu'il est, sûr de ce qu'il veut, uni et fort comme jamais.