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Faut-il payer les RMIstes à ne rien faire ?
Un million de personnes touchent le RMI. Philippe Vasseur, député UDF du Pas-de-Calais et vice-président du Parti républicain, sonne l'alarme : "À ce train, un jour ou l'autre, le système va exploser." Faudra-t-il attribuer le RMI en contrepartie de travaux d'utilité sociale ? Un dossier électoralement ravageur…
Minute : Pourquoi les bénéficiaires du RMI devraient-ils assurer des travaux d'utilité sociale ?
Philippe Vasseur : Le revenu minimum d'insertion a été adopté avec de très bonnes intentions, mais il est devenu une machine à exclure. On s'est largement préoccupé du "revenu minimum", mais on a complètement oublié le mot "insertion" aujourd'hui, quelqu'un qui toucherait le RMI et qui aurait un travail au noir pourrait gagner plus qu'un travailleur au Smic. Le RMI aboutit ainsi à laisser des gens en dehors du système. Je ne souhaite pas pour autant remettre en cause le revenu minimum, mais il faut d'abord aider les exclus à retrouver une dignité en les réintégrant dans le circuit. Ceux qui sont en état de travailler doivent remplir une utilité sociale. En contrepartie, ils auront droit au RMI. Il faut avant tout chercher à insérer les attributaires du RMI dans la vie active, sans qu'ils concurrencent les artisans et les petites entreprises, comme les TUC ou les CES : tout ce qui concerne le circuit économique doit être laissé exclusivement à l'entreprise. En revanche, de nombreux besoins ne sont pas couverts. Par exemple, lors d'une récente promenade en forêt, j'ai découvert une carcasse de réfrigérateur et une vieille baignoire ! Comme aucune entreprise ne viendra nettoyer ce coin, cette mission écologique pourrait être une contrepartie du RMI. Cette utilité pour la collectivité serait un premier pas vers la réinsertion…
"Cessons de tenir des discours démagogiques en masquant la vérité aux Français."
Minute : N'est-ce pas remettre en cause les "acquis sociaux" ?
Philippe Vasseur : Cessons de tenir des discours démagogiques en masquant la vérité aux Français : un acquis social, c'est la possibilité d'offrir à tout homme sa place dans la société. Ce n'est pas le cas avec le RMI ! Il faut savoir que, si l'on continue ainsi, le système explosera un jour ou l'autre : il y aura de moins en moins de travailleurs pour financer de plus en plus d'inactifs. La machine fonctionnait avec 400 000 personnes en 1989. On en est à 900 000. On dépassera le million l'année prochaine. Donner des allocations d'inactivité n'est digne pour personne. Aussi bien pour ceux qui travaillent durement – et qui payent des impôts – que pour ceux qui reçoivent cette "aumône" publique, alors qu'ils demandent du travail. C'est bien gentil, les larmes de crocodile, mais il faut aussi voir comment les choses se passent sur place : il y a des gens qui ont perdu l'habitude de travailler et qui ne sont même plus capables de se lever le matin pour arriver à l'heure au travail. Il faut donc leur réapprendre à retrouver cette valeur qu'est le travail. On ne la réhabilitera pas en distribuant éternellement une mini-aumône pour ne rien faire !
Minute : Les Français sont-ils prêts à accepter un autre discours que celui de la facilité ?
Philippe Vasseur : Je reçois déjà de nombreuses réactions favorables à ma proposition. J'ai l'avantage d'être élu du Pas-de-Calais et pas des beaux quartiers : je me bats pour un département difficile, où je rencontre des personnes qui touchent le RMI et qui ne veulent plus rester inactives. Mais il y a aussi les effets pervers du système. Quelqu'un est récemment venu me dire : "On vient d'attribuer le RMI à M. Untel, c'est scandaleux !" Étonné, je lui demande pourquoi : "Il travaille au noir et, avec le RMI, il gagne maintenant plus que moi qui suis payé au Smic…"
Ce qui devient problématique dans ce pays, c'est la mollesse de la classe politique ; la population à un appétit de réformes, mais la classe politique est plutôt attentiste. Cela me désole…
"Le débat politique est en train de se débiliter."
Minute : Comment proposer des réformes dans un "climat présidentiel" ?
Philippe Vasseur : Avant de lancer des stratégies présidentielles, demandons-nous ce que nous souhaitons pour notre pays. On ne sortira pas la France de la "mouise" dans laquelle elle se trouve si nous n'avons pas la volonté de prendre des mesures impopulaires. Les candidats à la présidence devront avoir le courage d'annoncer les mesures difficiles qu'ils comptent prendre. Celui qui sera élu pourra alors se prévaloir de l'adhésion du pays pour engager des réformes importantes.
Minute : Ce débat est-il ouvert dans la majorité ?
Philippe Vasseur : Il est quand même dramatique que, chaque fois que l'on est amené à présenter des propositions, tout le monde cherche à savoir si cela a été dit pour faire plaisir à tel ou tel candidat ! Le débat politique est en train de se débiliter dans des considérations politico-médiatiques ! Ceux qui s'imaginent que les Français ne s'intéressent pas aux grandes questions ont tort… Le gouvernement et la majorité ont fait un travail important depuis 1993. Mais, si l'élection présidentielle avait eu lieu en mars 1993, cela se saurait ! L'après-mai 1995 ne sera pas le prolongement de la période précédente : les grandes réformes que nous n'avons pas pu lancer en période transitoire (et avec un gouvernement de cohabitation qui nous privait de moyens) pourront être engagées. Il y aura demain une élection et un nouveau président, qui sera peut- être de droite ou de gauche : au train où vont les choses, on peut commencer à se poser des questions…
Minute : Justement, la présidentielle se gagnera-t-elle à droite ?
Philippe Vasseur : Tout est possible : il ne faut pas s'imaginer que tout est joué d'avance. Je partage entièrement l'opinion d'Alain Madelin, qui pense que "la présidentielle se gagnera au peuple". Aujourd'hui, le peuple est un peu perdu par les notions de droite et de gauche : il faut lui redonner des bases claires et saines.