Extraits du discours de M. Brice Lalonde, président de Génération écologie, à Dourdan le 2 septembre (paru dans "La Lettre de GE" spécial université d'été), éditorial paru dans "La Lettre de GE" d'octobre et interview dans "Libération" du 17 octobre 1994, sur la candidature de M. Lalonde à l'élection présidentielle de 1995, la démarche, les thèmes de campagne et le prochain congrès de GE.

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Intervenant(s) : 

Circonstance : Université d'été de Génération écologie à Dourdan les 2 et 3 septembre 1994

Média : La Lettre de Génération Ecologie - Libération

Texte intégral

Septembre 1994
Université d'été

Nous avons à essayer de faire naître le rassemblement des réformateurs de l'an 2000 !

Hommage aux élus … et la contre-expertise !

… On est toujours très déçu de ne pas pouvoir faire savoir aux journalistes et au public l'activité de nos conseillers régionaux. Par exemple, il me semble que les élus de Génération Écologie ont contribué à inscrire un nouveau droit des citoyens qui n'est pas encore dans la déclaration des droits et des devoirs de 89, c'est le droit à la contre-expertise systématique…

… Nous sommes dans un environnement de plus en plus technicien : beaucoup de décisions que l'on présente comme des décisions techniques ont des conséquences très importantes sur notre vie quotidienne, et de ce fait, devraient relever de la démocratie (…) D'avoir réussi à dégager des crédits dans la plupart des conseils régionaux pour les mettre à disposition des citoyens qui contestent des décisions ou des associations, voire des élus, pour bénéficier des contre-expertises de manière systématique est une grande avancée de la démocratie. C'est arrivé subrepticement, confidentiellement, grâce à Génération Écologie – qui n'en profite pas malheureusement – mais j'en suis fier et je pense que c'est notre mission…

Génération Écologie est un mouvement exceptionnel

… La nécessité pour nous de travailler, de l'excellence dans le travail, est d'autant plus forte que nous avons peu d'élus, peu d'argent et que nous sommes comme le roseau de Pascal (…) Génération Écologie plie mais ne rompt pas et notre force, c'est bien cela, c'est d'être des roseaux pensants, alors nous devons travailler…

… Je suis très heureux de voir le travail, le travail de nos élus, le travail de notre Université d'été et ceci doit faire honneur à notre mouvement et à son slogan. C'est vrai que nous sommes dans une situation qui n'est pas forcément idéale mais au fond, comme le disait un élu qui avait des ennuis dans sa ville, "Un mouvement ou un parti politique ou une personnalité politique exceptionnelles, à quoi ça se reconnait ? Ça se reconnait à une carrière en dents de scie." Par conséquent, Génération Écologie est un mouvement exceptionnel !…

Défendre la singularité des lieux que nous aimons

… Il faut être offensif, il faut faire des sorties, il faut aller sur le terrain et si nous nous défendons contre les techniciens, c'est évidemment au nom de la qualité de la vie (…) N'oublions jamais que nous n'avons pas simplement à défendre l'eau, le paysage, l'environnement, l'air, tout ce que vous voulez, nous avons aussi à défendre la singularité des lieux que nous aimons. C'est parce qu'ils sont différents que nous les aimons et cette différence est très exceptionnelle et très importante…

Ouvrir les portes en grand

… Nous avons parlé évidemment de fraternité. C'est un mot qui me fait toujours sourire quand il est brandi par tous ceux qui ensuite, dans nos réunions publiques, déchaînent les passions, les excommunications… enfin, c'est comme ça, c'est la règle du jeu…

… J'aurais tendance à considérer que Génération Écologie devra voter pour et soutenir le candidat aux présidentielles qui sera le plus à même de réaliser à la fois l‘ouverture politique la plus large, enfin je veux dire par là, transcendant dans tous les cas les rangs de son propre parti, mais qui nous dira aussi : "Je suis pour le quinquennat, je suis pour la proportionnelle ou je suis pour le Rapport Vedel, je suis pour une réforme des institutions * (…) car le problème en France n'est pas simplement la crise économique ou la crise sociale c'est-à-dire le chômage, l'un des problèmes principaux de la France, c'est tout simplement une très profonde crise politique par lequel le système français devient de plus en plus étroit et corrompu et qu'il faut l'ouvrir très largement, l'aérer, ouvrir les portes en grand, créer des courants d'air et faire en sorte que beaucoup plus de citoyens puissent y contribuer…

Environnement et démocratie

… (GE) est un mouvement qui dit une chose très simple : "L'environnement est de plus en plus artificiel et par conséquent il est l'œuvre des hommes et doit donc relever de la démocratie ; de plus en plus la nature devient même artificielle c'est-à-dire qu'elle est l'objet de décisions et ces décisions doivent être débattues…

Conseil d'ami ?

… Il n'y a pas longtemps – je vais vous faire une confidence –, j'ai rencontré un homme politique célèbre en France qui m'a dit : Monsieur Lalonde, dans mon parti, nous avons identifié votre électorat. L'électorat écologiste, ce sont des gens qui ont fait l'effort important d'acquérir des maisons à la périphérie des villas parce qu'ils souhaitent une qualité d'existence telle que ce n'est que la qu'ils peuvent la trouver. Ils ont donc des maisons avec jardins, ils ont fait l'effort d'avoir une cheminée, ils peuvent faire une bonne flambée, ils aiment bien avoir un chien et ils adorent rentrer du travail en acceptant de faire l'effort de passer deux heures dans les transports, voire plus, pour enfin, une fois qu'ils sont arrivés, poser le sac et dire : "Ouf, qu'est-ce que je suis bien en famille, qu'est-ce que je suis bien dans mon coin." Et bien, cet électorat, Monsieur Lalonde, il s'en fout de savoir si c'est Super Phénix ou pas ! Il est d'accord pour la semaine de quatre jours car il préfère gagner un peu moins s'il peut être plus longtemps dans l'endroit qu'il aime. Et il m‘a dit alors et c'était une dernière menace : "Si vous ne vous occupez pas, Monsieur Lalonde, vous, votre mouvement, des problèmes de votre électorat, nous, on va s'en occuper." J'ai trouvé que c'était plutôt fair-play de sa part de nous avertir…

Nous ne sommes pas pour le tout écologique

… Nous ne sommes pas pour le tout écologique, nous sommes simplement pour créer les projets, les gouvernements, les pratiques politiques qui intégrant 20 % d'écologie parce que c'est normal, parce que c'est maintenant une obligation pour le monde moderne. Ce choix nous donne des responsabilités et les moyens d'intervenir dans d'autres domaines que ceux de notre petit château fort…

Les primaires

… Évidemment, on sera encore chatouillé par le problème droite-gauche. Pour ceux qui ont lu la motion Fraternité qui est distribués dans l'excellent guide qui vous est proposé, celle-ci rappelle simplement que Génération Écologie est favorable à l‘organisation de primaires pour la présidentielle. J'ai rappelé à la presse que nous étions pour des primaires. Je pense que nous sommes les seuls dans le mouvement écologiste à être pour des primaires mais, ce n'est pas parce qu'on est les seuls, dans un mouvement qui a tendance à s'émietter qu'il ne faut pas continuer à être pour…

Ne pas revenir en arrière

… Que se passe-t-il maintenant ? vous avez des gens qui veulent revenir en arrière. Ça s'appelle "l'autre politique", ça s'appelle Séguin, Chevènement (…) Pour Génération Écologie, le positionnement est très simple : nous ne sommes pas pour revenir en arrière. Le travail de Génération Écologie, c'est de trouver l'autre projet, le projet de l'avenir et pas pour revenir vers le projet du passé…

De gouvernement et critique

… Génération Écologie, dès le départ, s'est positionné comme parti de gouvernement, peut-être parce qu'on était fatigué de manifester. Peut-être parce qu'on s'est aperçu que gouvernement était une tâche passionnante, exaltante et ne constitue pas trahison. On fait les choses, on reste simple. Il faut le faire, donc on le fait (…) Ça veut dire prendre des décisions. La politique c'est aussi ça, c'est des choix et un leadership, c'est pour ça que les centristes sont mal, il faut choisir, il faut des leaderships ; ce n'est pas toujours facile…

… Nous sommes un parti de gouvernement mais critiqué car nous nous situons certainement dans la continuité de ceux qui ont fait l'Europe, de ceux qui ont critiqué l'étatisme, nous ne sommes pas des énarques au fond, nous sommes des citoyens et c'est parce que nous y croyons que nous pensons aussi incarner une parcelle de l'intérêt général (…) Nous sommes de cette nouvelle génération qui veut faire des choses par elle-même et qui réclame des responsabilités.

… Le chômage est intolérable et nous avons critiqué très fermement tous les hommes politiques qui pensaient qu'il suffisait de remettre l'économie en route pour régler cette question. Non, il faut faire plus que cela et donc nous sommes là pour le dire…

… Nous critiquons très fort ceux qui refusent de fermer Tchernobyl. Si je vous dis ça c'est parce qu'on a parlé un peu de Tchernobyl naguère mais évidemment, malgré les voyages des uns et des autres, elle est toujours en fonctionnement par conséquent, il faut continuer sans arrêt à dire : il faut la fermer…

Garder la trajectoire

… L'une de nos tâches les plus importantes, c'est d'inventer ces règles du jeu international. Voilà le "job" si vous me permettez cette expression simpliste – que nous avons à faire. Ceci nous donne une très grande liberté par rapport au système politique français. Cette liberté n'est possible que par la force de nos convictions et de nos engagements. Nous y croyons depuis plus de vingt ans et nous continuons sur cette trajectoire même si nous nous rendons compte que ce n'est pas toujours simple à expliquer mais nous continuons parce que, pour nous, l'essentiel, c'est précisément d'avancer toujours dans cette direction…

… Concernant la question de l'emploi, Guy Aznar qui n'est pas là aujourd'hui, à très bien commencé de manière un petit peu brutale à dire "Tous à mi-temps". Bon, d'accord, "tous à mi-temps", c'est un peu simpliste parce qu'on voit tout de suite la paie à mi-temps ou la demi-paie mais l'idée de base est très importante et elle ouvre un champ énorme à notre travail…

Nous, c'est l'autre partie du temps

… Nous c'est l'autre partie du temps. Voilà, nous sommes là pour défendre l'autre partie du temps. Qu'est-ce qu'on fait de l'autre partie du temps ?  Et bien, on fait tout ce qu'on veut, on doit pouvoir faire tout ce qu'on veut, on doit pouvoir dans chaque commune, soit participer à un travail collectif, soit créer sa propre entreprise, on se fait un deuxième boulot – après tout pourquoi pas ? – soit on veut jouer les "french doctors" en Afrique parce qu'ils en ont besoin, soit participer à une association écologiste. Donc notre travail à nous consiste à dégager sans arrêt, à faire naître une immense constellation l'autre partie du temps, voilà c'est ça aussi notre travail à nous écologistes…

… Et on ne l'a jamais assez dit parce que on était timide on est toujours timide devant la politique – on prend tellement de coups, alors évidemment, on reste sur les déchets, l'eau, l'air etc. C'est très bien, il faut aussi qu'on défende l'autre partie du temps et les règles du jeu planétaires et mondiales. On est là pour ça, personne ne va le faire à notre place.

La pépinière des réformateurs de l'an 2000

… Je suis frappé de voir la présidentielle s'avancer, masquée comme ça, jamais on n'a été aussi près de la présidentielle sans savoir quel est le candidat, avec autant de non-candidats et autant de considérations tactiques. Tout n'est que tactique dans cette présidentielle. C'est à celui qui se déclarera le dernier, comme la course de James Dean, vous savez celui qui va sauter le dernier avant le précipice (…) or, ce n'est pas normal que ce soit si caché et si hypocrite. C'est très important une présidentielle, c'est un contrat pour les prochaines années (…) Je pense que ce que nous avons à faire, nous, Génération Écologie, c'est de faire naître la pépinière des réformateurs de l'an 2000. Nous avons à essayer partout, c'est-à-dire par notre travail, par notre pouvoir de propositions de faire naître le rassemblement des réformateurs de l'an 2000…

… Il n'y a aucun lieu en France aucun foyer réformateur en France. Il y a des partis des élus plus ou moins sympathiques, plus ou moins de gauche, de droite, conservateurs, tout ce que vous voudrez (…) et bien nous Génération Écologie, modestement, parce que nous ne sommes pas grand-chose mais nous avons au moins cette étincelle ardente, nous avons à faire naître en France dans les prochaines années, le foyer réformateur. Nous situons ce foyer réformateur dans une volonté européenne, dans une volonté écologiste évidemment, dans une volonté qui ne soit pas étatiste mais en même temps nous avons besoin de l'État, d'un État à sa bonne place faisant bien son boulot. Nous sommes évidemment de ceux pour lesquels la fraternité sociale est indispensable…

Le projet politique un parti démocrate à la française

… Entre le populisme qui est dissolvant et dangereux et qui s'en va vers l'extrême gauche du fait même de l'extrémisme de ses électeurs – le populisme n'est pas de centre gauche et l'apparition soudaine, c'est nouveau d'un foyer conservateur. De Villiers, Le Pen, il y a un espace très important – celui d'un parti démocrate à la française – dans lequel nous serions parfaitement à notre aise à condition de le doper et de contribuer à maintenir la société française sur ses rails, d'éviter qu'elle [mot illisible] sur Tapie ou De Villiers…

… Il faut que l'on s'attèle à cela que l'on fasse des propositions réformatrices pour l'an 2000 dans lesquelles ont met nos 20 % d'écologie qu'on en lâchera pas. C'est un gros travail, ce projet là nous différencie d'un projet qui serait simplement le projet d'une association de défense de l'environnement. C'est un projet politique.

 

17 octobre 1994
Libération

"Je suis candidat à l'Élysée"

Une association s'est constituée il y a quelque semaine pour le financement de la candidature de Brice Lalonde à la prochaine présidentielle. Le président de Génération Écologie, 48 ans, avait déjà été candidat en 1981. Il n'avait obtenu que 3,87 % de suffrages au premier tour.

Libération : Êtes-vous oui ou non candidat à la présidentielle ?

Brice Lalonde : Les rails sont posés. Je me prépare à la candidature et la recherche des cinq cents signatures a déjà commencé. Je suis parti du constat qu'il n'y a plus d'accord possible entre écologistes J'étais prêt à soutenir un candidat écologiste que des primaires auraient désigné. À partir du moment où ces primaires n'ont pas lieu – et ce n‘est pas de ma faute – autant y aller soi-même. Ma candidature n'est pas à strictement parler une candidature écologiste. Comme je l'ai toujours dit, l'écologie ne représente que 20 % du programme de Génération Écologie, car elle n'est pas un programme de gouvernement en soi. Ma candidature est celle d'un citoyen pour qui l'écologie représente indubitablement une part essentielle de tout programme politique, mais les 80 % restant sont à inventer.

Libération   : Sur quels thèmes comptez-vous axer votre campagne ?

Brice Lalonde : Sur ce que tout le monde attend. À la fois sur le chômage, sur le renouveau de la vie publique et sur une mise à jour de l'idée nationale. II faut d‘abord mener une vraie guerre contre le chômage je propose d'aller vers une société du travail à mi-temps. En ce qui concerne l'État, de grandes réformes doivent être entreprises. II faut repenser le financement des partis politiques, interdire le cumul des mandats Je souhaite également que l'on réfléchisse à un contre-pouvoir au quatrième pouvoir que sont les médias Enfin il faut rétablir fa place de la France dans le monde. Je tiens à dire cela tout en m'opposant aux nationalistes sommaires type de Villiers et compagnie. La France doit être championne dans l'établissement de nouvelles règles du jeu mondial, comme la lutte contre la spéculation par exemple. Il faut proposer à d'autres pays de jouer un rôle mondial avec l'Europe et avec la francophonie.

Libération : Vous refusez d'être un candidat strictement écologique. Alors comment vous situez-vous politiquement ?

Brice Lalonde : Ce que l'on va exprimer dans cette élection c'est l'indifférence absolue par rapport aux frontières politiques classiques et au clivage droite gauche. Je suis persuadé que s'opère en ce moment une recomposition je crois en la constitution prochaine d'un grand parti démocrate qui rassemblera tous les libéraux démocrates. Et qui est arrivé aux écologistes arrivera probablement à tous les partis, c'est-à-dire l'éclatement généralisé. Il y a aujourd'hui une nécessité urgente de rassembler tous les réformistes. Nous, à Génération Écologie, nous pensons que les septennats de Valéry Giscard d'Estaing et de François Mitterrand ont joué un rôle très positif dans la société française. Simplement, ce grand bloc central n'a pas vu venir le chômage et reste très élitiste. Ce que je veux exprimer ici, c'est une révolte des modérés contre cet échec de l'élitisme et contre les extrémismes et le populisme à la Tapie, Villiers ou Le Pen. Le cave se rebiffe ! Dans ces élections, ce qui sera exprimé, c'est soit un extrémisme populiste, soit un centre mollasson. Il faut donc réformer, rajeunir ce bloc central. Il faut créer une génération nouvelle de réformateurs. J'accepte d'être défini comme centriste, mais comme un centriste combatif, moral, écolo, planétaire.

Libération : Quelle sera votre attitude pour le second tour de la présidentielle ?

Brice Lalonde : Je soutiendrai celui qui respectera dix commandements, dont tu ne t'enrichiras pas, tu respecteras la démocratie et l'environnement, tu ne taxeras plus le travail. Je n'ai pas d'a priori sur les personnes. Je veux me donner les moyens de peser sur les candidats pour qu'ils fassent des réformes. Mon seul but est d'allumer un feu, un foyer réformateur et que ce feu soit utile. Je suis favorable à la constitution d'une grande coalition sociale libérale et écologiste. Le meilleur pour moi, c'est celui qui refera l'ouverture.

Libération : Ne jouez-vous pas votre survie politique dans cette élection ?

Brice Lalonde : Je comprends que les électeurs ne voient plus dans l'écologie le seul moyen de gouverner la France. En revanche, il y a chez les écologistes des personnalités capables de gouverner la France avec d'autres.

 

Octobre 1994
La Lettre de GE

Invitation au congrès

Notre mouvement doit y renouveler ses instances, c'est-à-dire élire son Président et son Conseil National pour les deux prochaines années. Les statuts prévoient que les choix déterminants seront réservés aux "délégués" élus par les assemblées départementales ou interdépartementales qui se tiendront entre le 15 octobre et le 30 novembre 1994.

Comment se fera le choix des délégués ? C'est l'affaire des adhérents de Génération Écologie qui auront à cœur de participer à ces réunions, en dépit du calendrier, au lieu, du climat s'ils se révèlent incommodes et de mille sollicitations adverses. C'est pourquoi il convient de prévoir et d'organiser des assemblées conviviales, menées avec efficacité. Ne manquez pas ces rendez-vous !

De fait, les délégués se répartiront en proportion des projets proposés au vote des adhérents, les fameuses "motions d'orientation".

À l'heure où j'écris, nous ne connaissons pas le nombre ni le contenu des motions qui seront proposées. Pour ma part, je vous proposerai de maintenir l'orientation indépendante et constructive de Génération Écologie.

Beaucoup d'entre vous ont reçu du courrier à en-tête de Génération Écologie en provenance de la ville de Mèze réclamant ma démission au profit d'Yves Piétrasanta. Nous avons donc un autre candidat déclaré à la présidence de Génération Écologie.

Je dois dire à nouveau combien est préjudiciable cette manière de détourner le fichier et le sigle du mouvement pour créer la confusion et nous inonder de courriers et de manifestes.

Nous avons subi plusieurs assauts de ce genre, qui ont abouti chaque fois à une sécession tapageuse et à la création d'une organisation distincte finissant comme satellite d'un autre parti. Souhaitons qu'il n'en soit pas de même aujourd'hui et que notre Congrès puisse organiser la vie commune entre une majorité et une opposition qui se respectent et suivent la même règle du jeu.

Quel est l'enjeu du Congrès ?

Il s'agit de savoir d'abord si Génération Écologie va pouvoir se stabiliser et se développer en se rendant utile aux français dans un nombre croissant de communes. Ou si au contraire d'autres soubresauts vont la secouer.

Ensuite s'il y a place pour cette formation indépendante sur la scène politique française.

En fondant Génération Écologie, j'avais une double préoccupation :

1. Assurer l'expression politique réformiste et responsable de l'écologie au moment où, dans nombre de pays, la préoccupation écologique est progressivement "intégrée" dans l'ordre gouvernemental et économique tandis que les désordres planétaires appellent de nouvelles règles du jeu.

2. Contribuer à la création d'un nouveau pôle réformateur dans la société française, où ce qui relève de l'écologie occupe naturellement une place importante aux côtés des autres domaines de l'action publique. À mon avis ce pôle ne s'inscrit pas dans les frontières partisanes de la vie politique nationale. C'est pourquoi Génération Écologie a toujours refusé l'alignement et remis en question le clivage actuel droite-gauche.

C'est précisément cette indépendance qui pose problème à certains. Nos crises successives ont été créés par ceux qui veulent ancrer l'Écologie dans la gauche, tant il est difficile d'être orphelin ; aujourd'hui, ils vont jusqu'à nous demander de soutenir une candidature de gauche aux présidentielles dès le 1er tour… Était-il alors utile de créer Génération Écologies ?

On voit bien, évidemment, que la situation politique a évolué. Nous avons connu succès et revers, tandis que la période de bouleversements qui agite la vie politique nationale n'est sans doute pas terminée.

Au sein des mouvements écologistes Madame Dominique Voynet a mis un terme délibéré à l'entente entre les Verts et Génération Écologie que Monsieur Antoine Waechter avait acceptée. Elle a refusé la liste d'union que nous proposions aux élections européennes. Elle refuse les primaires pour désigner un candidat unique à l'élection présidentielle.

Particulièrement véhémente, peu soucieuse de crédibilité gestionnaire. Dominique Voynet cherche à attirer l'écologie vers l'extrême gauche en coupant les ponts avec les écologistes réformistes. Mais le départ d'Antoine Waechter des Verts et l'échec d'une convention qu'elle vient d'organiser témoignent des réticences de la plupart des écologistes à la suivre dans une aventure à la Juquin. Elle porte une responsabilité considérable dans l'éclatement du courant écologiste et on voit mal comment recoller les morceaux.

Dès lors un front des écologistes paraît hors de portée et nous assistons à un véritable éclatement selon les sensibilités – ou les intérêts – de chacun. Au fond, si les écologistes n'ont pas de parti, que chaque parti dispose des siens ! Voilà une clef pour comprendre certains comportements : vendre Génération Écologie, ou du moins vendre un courant de Génération Écologie, à tel ou tel parti, tel ou tel présidentiable. Mais la demande est limitée et la valeur de l'offre décline. Mieux vaut rendre notre mouvement plus solide et plus attractif. Mieux vaut retrouver une voix forte et claire. Au reste, si nous avons momentanément perdu nos moyens d'agir dans la cour des grands, nous ne sommes pas pour autant privés du spectacle d'un éparpillement généralisé : les gauches, les droites et même les centres, devrait-on dire désormais. Nous ne sommes donc pas seuls à souffrir !

Au fond, ce qui manque à la France, est bien un projet d'avenir, un jaillissement créateur. Bien sûr, Génération Écologie, à elle seule, n'incarnera pas ce jaillissement. Mais j'ai appris qu'il ne fallait pas toujours tout attendre des autres. Le Congrès devra dire si l'avenir de Génération Écologie dépend de ses propres ressources, de la détermination de ses membres, de la beauté de ses projets, ou d'un état-major extérieur de quelque présidentiable pour qui elle n'est qu'un pion parmi d'autres. Je crois pour ma part à la noblesse de notre ambition et à l'ardeur de notre engagement. C'est pourquoi j‘espère que notre Congrès sera une réussite et je vous appelle à le préparer.