Déclarations de M. Philippe Séguin, président de l'Assemblée nationale, sur la défense et la sécurité européenne et sur le rôle de l'UEO, à Paris le 14 juin et le 17 octobre 1994.

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Circonstance : Session de l'UEO, juin 1994. Colloque de l'Assemblée de l'UEO "Organiser notre sécurité" le 17 octobre 1994 à l'Assemblée nationale

Texte intégral

Discours de bienvenue aux délégations de l'Union de l'Europe occidentale, mardi 14 juin 1994

Monsieur le Premier ministre,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Soyez les bienvenus à la présidence de l'Assemblée nationale, en cet Hôtel de Lassay qui se fait une joie et un honneur de recevoir des hôtes aussi illustres.

Je voudrais remercier tout particulièrement Sir Dudley Smith, que nombre d'entre nous connaissent de très longue date puisqu'il a représenté le Royaume-Uni de 1979 à 1993 au sein de l'Union avant d'exercer la présidence de son assemblée depuis un an ; sa venue constitue à mes yeux une source supplémentaire de satisfaction. Je tiens également à saluer les très nombreux parlementaires qui participent à cette session de l'Union. Leur présence, leur engagement et leur travail témoignent de la vitalité et de l'activité soutenue de l'Union de l'Europe occidentale. Et s'il en fallait un signe supplémentaire, la participation de M. Édouard Balladur, Premier ministre, à cette rencontre manifeste avec éclat le soutien sans réserve de la France à votre organisation, son adhésion totale aux valeurs que vous avez reçu mission de défendre et de promouvoir.

Cette rencontre est de fait aussi naturelle qu'opportune, au moment où nous nous apprêtons à commémorer le 40e anniversaire des accords de Paris, qui furent signés le 23 octobre 1954, et qui jouèrent un rôle si déterminant dans la défense de la liberté sur le continent européen. Au moment également où nous nous apprêtons à célébrer le souvenir du Gouvernement conduit par Pierre Mendès France, cet homme d'état exceptionnel qui figura parmi les principaux fondateurs de l'Union de l'Europe occidentale.

Mais, le rappel de son passé prestigieux ne doit pas laisser penser que l'UEO a perdu de son importance, de son intérêt ou de sa nécessité. Tout au contraire, la nouvelle donne mondiale qui émerge sous nos yeux démontre l'impérieux besoin d'une coordination accrue des états européens en matière de défense et de sécurité. De ce besoin, le pacte de stabilité en Europe constitue l'une des plus remarquables illustrations.

Nombreux sont sûrement ceux d'entre vous dont l'attention aura été retenue par l'éditorial paru il y a quelques jours dans le Wall Street Journal, et qui concluait en ces termes : « la question fondamentale qui se pose quand on cherche à dessiner l'avenir du continent européen, est de savoir si les deux alliances traditionnelles, l'OTAN et la Communauté européenne vont survivre au choc du futur ».

C'est dire que chacun s'accorde désormais sur l'urgente nécessité d'adapter les organisations issues de la guerre froide tant dans le domaine économique que dans le domaine politique et militaire. Au reste, l'environnement international nous y contraint, qui se caractérise, loin des dividendes de la paix attendue par certains, par le regain de tensions et de haines enfouis dans l'histoire, par le retour d'idéologies dont nous croyions avoir triomphé définitivement il y a cinquante ans, par le développement enfin de conflits armés et de violences révoltantes sur notre continent.

Jamais donc l'Europe n'aura eu davantage besoin d'une structure commune de concertation, de coordination et d'action politique et militaire. Jamais, dans ces conditions, l'UEO n'aura semblé plus adaptée aux nouveaux défis qu'il nous convient de relever. Je note d'ailleurs, pour m'en féliciter, que nos alliés américains souhaitent autant que nous-mêmes un nouveau partenariat atlantique. C'est ce qui ressort très clairement des propos tenus la semaine dernière à la tribune de l'Assemblée nationale par monsieur William Clinton, président des États-Unis d'Amérique, qui déclarait : « Nous voulons également que l'Europe soit forte. C'est pourquoi nous soutenons les efforts consentis par elle vers une unité plus grande, qu'il s'agisse de l'Union européenne, de l'UEO ou du développement d'une identité spécifique en matière de défense. Nous devons maintenant poursuivre un même but : assurer la paix et la prospérité d'une Europe élargie ».

L'actualité récente est malheureusement riche de crises qui ont démontré les difficultés de mobilisation et d'intervention de la communauté internationale. Il est donc de notre devoir, tant pour assurer notre sécurité que pour favoriser les progrès de la démocratie, de réfléchir à une nouvelle architecture pour la sécurité européenne, architecture dont l'UEO constituera inévitablement les fondations.

Les bouleversements du monde nous imposent en effet de dépasser les seules discussions techniques pour situer le débat à son véritable niveau, celui de la politique. Et c'est dans cette nature politique que je vois l'ultime atout de l'UEO. Nous sommes, vous êtes en effet des parlementaires, c'est-à-dire non pas seulement des experts mais des élus dépositaires de la souveraineté des nations que vous représentez.

Le signe distinctif du politique, c'est le devoir de voir grand, de viser haut, d'imaginer large. Tel est bien, mesdames et messieurs, ce qu'attendent de vous les peuples d'Europe qui vous ont fait légataires des valeurs de liberté, de solidarité et de fraternité qui sont le propre des nations démocratiques.

Je vous remercie.


Allocution à l'occasion du colloque de l'Assemblée de l'UEO « organiser notre sécurité » – l'Assemblée nationale – hôtel de Lassay – Lundi 17 octobre 1994

Monsieur le Président,
Monsieur le ministre,
Mesdames,
Messieurs,

Vous êtes les bienvenus à l'Assemblée nationale française, qui est particulièrement honorée de servir de cadre à votre important colloque sur le thème : « Organiser notre sécurité ».

Je voudrais saluer tout particulièrement la présence de nos collègues parlementaires des pays d'Europe centrale et orientale, de Russie et des Pays Baltes, qui participent à vos travaux.

Vous recevant à l'Hôtel de Lassay le 14 juin dernier, j'avais pris la liberté de rappeler que la nouvelle donne mondiale démontre l'impérieux besoin d'une coordination accrue des États européens, de tous les États européens, en matière de défense et de sécurité. Jamais l'UEO n'aura semblé plus nécessaire pour contribuer à relever les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés.

C'est dire l'importance de ce colloque, que nous devons à l'initiative de notre collègue, Jacques Baumel, président de votre commission de défense, dont chacun connaît la grande compétence et la pertinence dans l'analyse.

Je le remercie d'avoir eu cette initiative qui permet aujourd'hui, à l'Assemblée de l'UEO et aux présidents des commissions de défense et des Affaires étrangères, d'apporter leur contribution à une nécessaire réflexion de fond sur la sécurité de notre continent dont l'UEO peut et doit constituer le fondement.

L'UEO dispose, en effet, de nombreux atouts pour être je creuset d'une défense européenne mieux organisée.

D'abord, et contrairement à la CSCE, l'UEO est fondée sur un traité constituant une alliance défensive contraignante. Le Traité de Maastricht a, par ailleurs, ancré l'UEO au développement de l'Union européenne en tant que composante de sa défense.

L'UEO a, d'autre part, développé, dans la déclaration de Petersberg du 19 juin 1992, son rôle opérationnel, notamment pour la gestion des crises. La mise en place d'une cellule de planification, la création du Centre satellitaire de Torrejon, participent au renforcement des moyens.

La création du Corps européen constitue une autre avancée significative.

Toutefois, l'émergence d'une véritable identité européenne de Défense, souhaitée par le président Clinton lui-même dans son discours du 7 juin devant notre Assemblée nationale, suppose, à l'évidence, une clarification des rapports entre l'UEO et l'OTAN, et j'imagine que cette question essentielle sera au centre de vos débats.

Ce qui est certain, c'est que l'UEO, surtout depuis que son champ d'action s'est élargi vers l'Europe centrale et orientale grâce au Forum de consultation et au nouveau statut d'associé partenaire, est le lieu de concertation qui convient le mieux.

Ce qui est certain, c'est que c'est au sein de l'UEO que les Européens sont le mieux à même de définir ce qui les rassemble en matière de sécurité.

Ce qui est certain, c'est qu'il nous faut une vision commune de l'avenir européen fondé sur les nouvelles conditions de la sécurité. J'ai, pour ma part, plaidé en faveur d'un Comité pan-européen de sécurité, en n'oubliant pas que la paix en Europe reposera toujours sur la volonté politique des états et la mobilisation des citoyens. Dans l'immédiat et en tout état de cause, il est nécessaire d'assurer un minimum de cohérence entre l'UEO l'Union européenne et l'OTAN quant aux objectifs que nous souhaitons poursuivre en direction de l'Est. J'ai la faiblesse de penser que la proposition française de Livre Blanc sur la sécurité européenne va dans ce sens.

Pour l'avenir, il demeure que la construction de la Grande Europe, y compris dans sa dimension de sécurité, doit être une finalité pour toutes les institutions qui y concourent.

L'heure est venue pour les Européens d'avoir une vision précise de leur avenir commun sans perdre de vue, par exemple, la dimension méditerranéenne que doit revêtir la politique européenne de sécurité. L'Europe ne doit pas oublier les liens qui l'unissent aux pays du Maghreb.

Votre colloque est donc très encourageant à mes yeux car il témoigne de la vitalité de la réflexion parlementaire en matière de défense.

Je suis, vous le savez peut-être, très attaché au rôle de nos Parlements dans ce domaine comme dans chacun de ceux qui concernent la responsabilité des élus du peuple.

C'est dire que je forme des vœux très sincères pour la réussite de vos travaux.