Interview de M. Nicolas Sarkozy, secrétaire général du RPR, dans "Paris-Match" du 8 octobre 1998, sur la préparation des élections européennes et sur le rôle de l'opposition dans les mois à venir.

Texte intégral

Q – La semaine prochaine, le RPR sera réuni pour une convention sur l'Europe. On sait qu'il y a beaucoup de sensibilités différentes chez vous. Une synthèse est-elle possible ?

– Au nom de quoi ne le serait-elle pas ? Lorsque nous étions au Gouvernement, l'Europe n'a jamais été un sujet de désaccord. Nous avons ensemble mis en oeuvre l'acte unique, préparant le marché unique. C'est ensemble que nous avons voulu les accords de Schengen. Nous nous sommes séparés au moment de Maastricht, mais cet épisode est derrière nous. Aujourd'hui, c'est tous ensemble que nous acceptons démocratiquement la mise en oeuvre de l'euro. Pourquoi ferions-nous le cadeau de nos divisions à la gauche ? Ce traité, n'oublions pas, porte avant tout sur l'immigration. Or, personne ne peut nier que les grandes démocraties européennes rencontrent les mêmes problèmes en la matière aujourd'hui. Mieux vaut les affronter ensemble que séparément. Je rappelle aussi qu'Amsterdam a été voulu et négocié par Jacques Chirac.

Les Français trouveraient curieux que le RPR, dont il est le président fondateur, se mobilise contre.

Q – Vous militez pour une liste unique aux prochaines européennes. Pour quelle raison ?

– Cela me semble plus cohérent et plus efficace. L'Alliance n'a pas le droit d'éclater quelques mois après sa naissance.

Q – Votre nom est souvent cité comme tête de liste. Êtes-vous candidat ?

– La logique voudrait qu'elle soit conduite par le président de l'Alliance, Philippe Séguin. S'il ne le souhaitait pas, je le regretterais, et il faudrait trouver une autre solution.

Q – Entre le RPR et l'Élysée, Séguin et Chirac, il y a, dit-on, pas mal de tangage…

– Il est toujours fascinant de voir l'énergie mise par certains à vouloir entretenir des querelles totalement factices. Il a fallu que chacun s'habitue à son nouveau rôle, c'est vrai, mais aujourd'hui, nous sommes sur la même longueur d'ondes.

Q – Où en sont vos relations avec le président ?

– Elles sont bonnes, à la fois sur un plan politique et personnel. Je le rencontre fréquemment, et lui dis toujours ce que je pense, comme il m'a invité à le faire.

Q – Philippe Séguin estime que le chef de l'État est déjà, en quelque sorte, le candidat naturel de l'opposition à la prochaines présidentielle. Partagez-vous ce point de vue ?

– Oui, Philippe Séguin a raison. Ceci dit, le RPR a bien d'autres priorités avant cette échéance : travailler à la rédaction de notre futur programme de Gouvernement, proposer un contrat de confiance aux Français, avec des termes simples – ce que nous dirons, nous le mettrons en oeuvre scrupuleusement –, promouvoir une véritable équipe solidaire, renouvelée, qui sera le visage de l'opposition de l'an 2000.

Q - Comment expliquez-vous que l'opposition ait toujours du mal à se faire entendre ?

 Il y a quinze mois, les Français ont choisi une nouvelle majorité. Il est naturel qu'ils aient voulu lui laisser le temps de prendre ses premières décisions, avant de redonner la parole à l'opposition. J'ai le sentiment que cette période est révolue. Les semaines qui viennent seront meilleures pour nous, et donc moins bonnes pour le Gouvernement. Je serai le dernier à m'en plaindre ! C'est finalement une question de timing.

Q - Justement, Lionel Jospin est toujours très populaire.

 A sa place, je ferais preuve d'un plus grand discernement. Jusqu'à présent, il a été habile, et a eu de la chance. Cela lui a permis de dépenser de façon très anticipée les fruits d'une croissance moins assurée qu'il ne le pensait. Le voici donc à nouveau dans une logique socialiste : des dépenses pérennes, avec des recettes aléatoires. Nous le paierons, hélas, par de nombreux chômeurs supplémentaires.