Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur la politique menée en faveur des personnes âgées, à Strasbourg le 15 septembre 1989.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Texte intégral

Monsieur le ministre,
Madame le maire, 
Monsieur le président,

J'ai, au moins, trois raisons d'être heureux cet après-midi.

La première est de saluer ce qui est un peu "l'enfant" de mon cher Théo BRAUN, qui, à mes côtés, a la lourde responsabilité des personnes âgées.

La deuxième est que, par chance, cette réalisation se trouve à STRASBOURG dont le maire est Catherine TRAUTMAN. Je connais sa sensibilité extrême dans le domaine des personnes âgées et je tiens à l'assurer de mon soutien dans l'action qu'elle mènera dans ce secteur comme dans d'autres.

La troisième enfin est de pouvoir féliciter l'ABRAPA pour son dynamisme, son inventivité et le caractère exemplaire de l'établissement que j'ai visité.

Les personnes âgées nous concernent tous -car elles font partie de notre vie; elles sont nos parents, nos amis, ceux que nous aimons.

Le problème des personnes âgées ne parle pas qu'à nos cœurs. Il est, par sa dimension, un défi de société. Les personnes âgées de plus de 75 ans seront 4,3 millions en l'an 2000 contre 3,5 millions aujourd'hui ; celles de plus de 85 ans représenteront une population de 1 140 000 personnes contre 650 000 en 1985.

Nul n'ignore que ce vieillissement s'accompagnera d'une augmentation des personnes dépendantes.

Je ne suis pas sûr que nous ayons encore mesuré le bouleversement qu'entraînera ces données sur notre système de santé, de soins et de protection sociale. Le traitement du problème des personnes âgées constitue un des défis majeurs de notre société. Nous avons déjà commencé avec Théo BRAUN à le relever sur la base de 5 principes : 

- le premier est la priorité absolue au maintien à domicile des personnes elles-mêmes par l'action coordonnée des services de soins, d'aide-ménagère, de garde à domicile et de téléassistance. Ceci réponde aux souhaits des personnes elles-mêmes. Vous avez montré ici l'exemple. L'ABRAPA a mis en place une palette de solutions diversifiées, une gamme étendue de moyens qui permet, dans les meilleures conditions de sécurité, de maintenir à domicile les personnes âgées ;
- le deuxième axe de notre action est d'éviter l'hospitalisation des personnes âgées dont chacun connaît les conséquences multiples. L'hôpital de jour de l'ABRAPA qui fonctionne depuis 5 ans constitue une des solutions souples, ouvertes, non traumatisantes, qui permet le maintien ou le retour à domicile des personnes âgées nécessitant des soins.
Il nous faudra développer également l'accueil temporaire ou de jour qui offre un soulagement aux familles en même temps que des lieux de rencontre et d'animation aux personnes elles-mêmes, et je pense là aux structures à mettre en place pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer ;
- mon troisième est d'introduire la dimension gériatrique dans les services d'urgence ou actifs de l'hôpital, dont certains accueillent de fait une proportion croissante de personnes âgées ;
- mon quatrième objectif est de mettre fin à la pénurie d'établissements pour personnes âgées dépendantes. Chacun sait que les carences quantitatives actuelles conduisent à placer indument les personnes âgées à l'hôpital, parce que c'est le seul lieu qui accueille jour et nuit, sans exclusive ;
- mon cinquième objectif est d'imaginer de nouveaux lieux adaptés à la dépendance des personnes âgées où elles pourront demeurer sans ultime déracinement. Il nous faut inventer même s'il existe des modèles. Nous ne souhaitons pas refaire le passé c'est-à-dire mettre en place des unités industrialisées de type hospitalier où les personnes âgées étaient regroupées à 120, 240, 360 voire 480, car il a existé des unités à 480 lits.

Dans ce dossier difficile, nous avons 2 certitudes.

La première c'est que la dépendance n'est pas une maladie mais une perte progressive d'autonomie qui n'est ni linéaire ni purement fonctionnelle. Nos médecins parlent de polypathologie et ils ont raison.

Les réponses sont à trouver dans un projet de soins prolongés longs et coordonnées qui comportent une part importante de nursing, de prévention et de surveillance médicale. Les réponses sont à trouver aussi dans des projets de vie à développer dans des établissements humains, chaleureux, qui devront assurer une prise en charge, si possible jusqu'au dernier jour. Dans ce domaine, le projet de vie est au moins aussi important que le projet de soins.

Ma deuxième certitude confirmée par le récent rapport de Madame LAROQUE ? Est-ce que la frontière administrative et financière qui sépare actuellement les établissements hospitaliers de long séjour et les maisons de retraite médicalisées, n'est pas la bonne. Elle instaure deux régimes administratifs et financiers alors que les populations prises en charge sont les mêmes et que leurs besoins sont identiques. Il nous faut donc réfléchir à une harmonisation des prises en charge quelque que soit la nature des établissements afin d'assurer partout un accueil à dimension sociale ainsi que les soins indispensables. 

Le dossier est difficile mais il nous faut le prendre à bras le corps. Je le redis, les personnes âgées nous concernent tous et nous aurons réussi le jour où chaque élu, chaque responsable politique et administratif, chaque citoyen se sentira responsable avec nous de nos anciens.