Texte intégral
M. Cotta : Considérez-vous que la réforme du service national soit urgente, n'aurait-on pas pu attendre une période économique plus faste ?
G. de Robien : Je crois qu'on aurait dû la faire depuis déjà de nombreuses années et d'autres pays sont passés progressivement à une armée professionnelle, il y a déjà six ou sept ans. Ils se sont aperçus avant nous que le paysage géopolitique avait changé : la menace de l'Est s'est atténuée, les théâtres d'opération sur lesquels on a dû intervenir, ces derniers temps, sont limités. L'armée doit correspondre aux nouveaux théâtres potentiels.
M. Cotta : L'inadaptation de l'outil militaire pendant la guerre du Golfe a-t-elle été un révélateur ?
G. de Robien : L'un des révélateurs. Mais Kolwezi avait montré que l'on avait besoin d'aide extérieure pour amener des troupes en Afrique et sauver les Français et les Belges prisonniers. Aujourd'hui, il nous faut une armée opérationnelle et cette armée est encore, aujourd'hui, une armée de masse, certes efficace, avec des gens de très grande valeur, mais qui a besoin de davantage de matériel, davantage de technique, et qui a besoin peut-être de réduire ses frais de fonctionnement au profit d'investissements.
M. Cotta : Quelle formule de service national aurait votre assentiment ?
G. de Robien : Je ne crois pas à la conscription civique généralisée pour des tâches civiles. D'abord, ce serait contraire à des textes internationaux qui empêchent le travail obligatoire non rémunéré. Par contre, je crois vraiment à une armée qui, progressivement devient de plus en plus opérationnelle, une armée de métier en quatre, cinq, six, ou sept ans, avec la possibilité, pour les jeunes gens qui le souhaitent, d'avoir un service sur la base du volontariat, avec des contrats avec l'armée d'un à trois ans dans des domaines très différents : tout ce qui touche à la sécurité intérieure, la police nationale, la gendarmerie, les sapeurs-pompiers, l'humanitaire et d'autres tâches comme celles-là, qui sont importantes.
M. Cotta : Comment ça se passe quand des unités disparaissent ? Est-ce vraiment une réduction d'activité considérable ?
G. de Robien : Dans une ville oui. Quand 1 000 familles partent, que les militaires se déplacent et se reconcentrent ailleurs, ce sont des logements qui deviennent vides mais ça n'est pas encore l'essentiel. C'est aussi un pouvoir d'achat qui s'en va. Et c'est aussi un lien affectif très fort entre à Amiens ou la population est venue en nombre et beaucoup pleuraient. Ce lien effectif peut être maintenu si on valorise au contraire notre armée, même si elle devient plus professionnelle et plus une armée de métier. On peut très bien la valoriser. Je pense qu'un grand débat sur la défense en France serait intéressant car on verrait alors à quel point les Français sont attachés à leur armée.
M. Cotta : L'idée d'un referendum semble avoir été écartée. Le regrettez-vous ?
G. de Robien : Non. Évidemment, le service, l'avenir des jeunes, c'est un débat important, intéressant, grave, qui doit demander beaucoup de sérénité, mais auquel on ne peut pas répondre par oui ou par non. Je crois vraiment que le référendum n'est pas le meilleur moyen, même s'il était constitutionnel, de répondre à cette question. Par contre, il serait très important qu'en France, au Parlement et aussi dans les régions, que l'on puisse discuter des moyens de défense à venir, de façon à ce que les Français, qui sont des citoyens, soient le mieux associes possibles à leur système de défense.
M. Cotta : Une discussion ne va-t-elle pas avoir lieu dans votre groupe puisque des gens, dans l'UDF, sont sur des positions radicalement opposées sur le service militaire ?
G. de Robien : Pas tellement. Au groupe UDF mardi dernier nous avons largement aborde ça. Nous allons en rediscuter la semaine prochaine.
M. Cotta : F. Léotard juge, par exemple, la conscription nécessaire...
G. de Robien : Une certaine forme de conscription nécessaire mais certainement pas généralisée et il n'est pas favorable à une conscription civile obligatoire. Il estime donc que plus il y aura de jeunes qui pourront en effet faire un service militaire sous une forme ou sous une autre, mais toujours touchant à la sécurité, plus ça sera bon pour eux, ça sera bon pour augmenter les effectifs de l'armée.
M. Cotta : Vous pensez donc qu'il n'y a pas de divergences considérables au sein de l'UDF là-dessus ?
G. de Robien : Après le premier tour de table de mardi dernier, non il n'y a pas de divergences fondamentales au sein du groupe UDF.
M. Cotta : Matignon a annoncé la fusion en deux ans des avionneurs Dassault et Aérospatiale et la privatisation de Thomson. Bonne ou mauvaise idée ?
G. de Robien : Ce rapprochement est une bonne idée, car il va se créer une sorte de synergie entre deux entreprises qui certes ont des différences, une culture d'entreprise différence. Aérospatiale est une entreprise publique, Dassault est une entreprise privée, avec une politique commerciale, concurrentielle. Mais je crois que la fusion des bureaux d'études déjà, dans un premier temps, le rapprochement de ces deux entreprises, permettra de consolider ce qu'on appelle de façon technique « le socle technologique » et le savoir-faire qui est tout à fait remarquable de notre industrie d'armement.
M. Cotta : A. Rossinot devrait annoncer, ce matin, sa candidature à la présidence de l'UDF. Est-ce de nature à modifier les choses entre Léotard et Madelin ? Ça diminue les chances de Léotard ?
G. de Robien : Certainement pas. Léotard est vraiment le candidat du rassemblement et c'est le centre de gravité de l'UDF avec la plupart des familles politiques qui soutiennent la candidature de Léotard. Il y a une candidature individuelle, c'est celle de Madelin. Et puis il y a celle de Rossinot qui serait annoncée ce matin. Après tout, que la démocratie vive et que l'UDF se retrouve après ça le 31 mars renforcé, plus unitaire !
M. Cotta : Vous allez pouvoir recoller tous les morceaux ?
G. de Robien : Après une élection un pays n'est pas divisé. Après une élection, le réflexe d'un pays, c'est de se rassembler. Et ça sera ça aussi l'UDF.