Editorial de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF et directeur de "L'Humanité", dans "L'Humanité" du 27 mai 1997, sur les chances de la gauche de l'emporter au second tour des élections législatives 1997, intitulé "Réussir".

Intervenant(s) :

  • Pierre Zarka - membre du secrétariat du comité national du PCF et directeur de "L'Humanité"

Circonstance : Elections législatives des 25 mai et 1er juin 1997

Mots-clés :

Prononcé le

Texte intégral

Réussir

La démission de Juppé est provoquée par l’ampleur de la volonté de changement. La chance de la gauche est de démontrer qu’elle porte une autre politique.

La droite et Jacques Chirac ont tenté de prendre de vitesse mécontentement et aspirations au changement mais la vie les a rattrapés. Ils ont subi un échec sévère. Le président a été contraint de sacrifier son bras droit pour tenter de reprendre le discours du changement. Dimanche prochain, leur défaite est possible. La semaine qui commence doit permettre d’en remplir toutes les conditions.

Pour réussir, il est indispensable de mesurer la signification de ce premier tour : désormais, non seulement les discours et les actes qui prétendent sortir le pays de la crise sur le dos du monde du travail ne sont plus acceptés, mais ils exaspèrent. L’échec de Chirac est dû à une condamnation irrépressible d’une politique dont la soumission aux marchés financiers engendre chômage, inégalités, exclusion et déclin de l’ensemble de la société. Aucune force politique ne peut échapper à ce message. Il vaut, bien sûr, pour la droite mais il s’adresse quiconque prétend exercer le pouvoir.

Les partis de gauche peuvent l’emporter au second tour, à condition qu’ils ne le prennent pas pour une formalité, mais qu’ils entendent bien ce qu’ont formulé dimanche, chacun à leur manière, la majorité de l’électorat et les abstentionnistes. Pour gagner, il n’y a pas d’autre chemin que de montrer clairement que cette exigence populaire d’une autre politique est bien entendue et qu’elle sera respectée.

Ce lien entre la lecture du premier tour et l’enjeu du second est d’autant plus nécessaire que les résultats du Front national nécessitent de l’affronter d’ici à dimanche. Or, tous les commentateurs en conviennent : ce qui conduit un trop grand nombre d’hommes et de femmes vers le Front national, ce n’est pas une haine, qui chez eux serait innée, mais la blessure devant le sentiment que la politique a été sourde à toutes leurs attentes.

Au service du changement, le Parti communiste a construit une campagne fondée sur une triple nécessité : celle de l’écoute des citoyens ; celle de l’élaboration commune de réponses aux aspirations du mouvement social ; celle d’un pluralisme entre les différentes forces de gauche et de progrès, qui a prouvé qu’il était constructif et indispensable. Cette démarche a permis que le contenu de la déclaration commune Parti communiste –Parti socialiste porte de premières orientations significatives pour aller de l’avant. C’est sur cette base que le Parti communiste conforte son audience – il franchit les 10 %. Elle peut lui permettre dimanche prochain d’envisager un groupe de plus de 30 députés. Au moment où pour des millions de femmes et d’hommes le pluralisme à gauche apparaît comme le moyen d’être mieux entendu, de tels résultats constituent un point d’appui pour faire une majorité et pour la suite.

Gagner dimanche, battre le Front national, réussir le changement ne posent donc qu’une seule et même question : entendre la volonté majoritaire des citoyens et y répondre par des propositions précises.

C’est possible. C’est cette détermination qui motive l’action des militants communistes dans chacune des circonscriptions.