Interview de MM. Jean-François Mancel, secrétaire général du RPR, et André Lajoinie, membre du secrétariat du comité national du PCF, à France 2 le 26 mai 1997, sur les résultats du premier tour des élections législatives 1997.

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Circonstance : Elections législatives des 25 mai et 1er juin 1997

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G. Leclerc : La gauche est en tête, la majorité en recul de 10 %. Alors de quoi faut-il parler : un avertissement, un vote sanction, un désaveu ?

J.-F. Mancel : Je crois que c’est surtout un premier tour qui a été assez éclaté, les électrices et les électeurs ne sont prononcés pour des candidats très divers. Cela a été un peu le cas d’ailleurs lors du premier tour des élections présidentielles de 1995. C’est maintenant le deuxième tour qui va compter. Au deuxième tour, il va falloir choisir entre une majorité pour quoi faire. Et c’est là-dessus que nous allons faire campagne pour le deuxième tour.

G. Leclerc : Est-ce que les résultats ne prouvent pas quand même qu’il y a eu une erreur de J. Chirac. Les Français n’ont pas compris cette dissolution ?

J.-F. Mancel : Je ne crois qu’il y a une erreur lorsqu’on appelle les Français à se prononcer. La démocratie, c’est ça finalement. Cela prouve bien que J. Chirac n’a pas essayé d’organiser les élections pour se rendre service à lui-même. Cela prouve tout simplement que nos concitoyens ont voulu, c’est vrai, dire un certain nombre de choses. Ils ne l’ont d’ailleurs pas dit nettement en faveur du Parti socialiste ou du Parti communiste. Mais c’est vrai aussi que le résultat de la majorité n’est pas celui qu’on pouvait attendre, à nous d’en tirer les conséquences et à nous de constater que, d’une part, nous n’avons peut-être pas suffisamment expliqué les difficultés que nous avons eues à redresser la France après les dégâts causés par les socialistes et d’autre part, à nous de bien montrer quel est l’enjeu du deuxième tour.

G. Leclerc : Le Parti communiste français frôle les 10 % sans les atteindre, est-ce que ce n’est pas finalement un score assez moyen et un peu en deçà de vos espérances ?

A. Lajoinie : Le Parti communiste consolide ses positions. D’ailleurs, si on y inclut les candidats que nous soutenions, notamment les MDC, nous dépassons les 10 %. C’est la première constatation intéressante, qui participe d’ailleurs au progrès de la gauche, qui dépasse nettement la droite. Concernant la politique du Gouvernement et la droite au pouvoir, c’est une sanction évidente : elle est désavouée. Et je crois qu’on a refusé le blanc-seing qu’on demandait au peuple, c’est-à-dire que les gens ont dit : il ne faut pas continuer.

G. Leclerc : Mais est-ce que ce n’est pas justement plus finalement un avertissement au Gouvernement qu’une véritable adhésion au programme de la gauche ?

A. Lajoinie : Je dis que c’est d’abord une sanction contre le Gouvernement et contre la majorité au pouvoir. Et c’est la volonté de ne pas continuer, de changer. Il y a une formidable volonté affirmée de changement. Et c’est à cette volonté qu’il faut répondre, et c’est à cette volonté que les forces de gauche écologistes peuvent répondre. Et c’est d’ailleurs pourquoi nous appelons à leur rassemblement.

G. Leclerc : Comment redresser la situation ? Dans son éditorial, F.O., Giesbert dans Le Figaro dit qu’il faut à la fois changer de têtes, de ton et de discours, c’est votre avis ?

J.-F. Mancel : Moi, je note ce que vient de dire M. Lajoinie en parlant de changement. Si les Français souhaitent le changement, ça n’est pas avec les socialistes ou les communistes qu’ils vont y parvenir. Car, que proposent les socialistes et les communistes ? De revenir à la période 1981. Je crois que ça, il va falloir que nous l’expliquions très clairement.

G. Leclerc : Est-ce qu’il ne faudra pas également que vous expliquiez un peu plus ce que vous allez faire ?

J.-F. Mancel : Bien sûr, mais ce que nous allons faire, c’est quoi ? Faire reculer le chômage : on a commencé à stabiliser le chômage, les socialistes eux, n’ont cessé de faire augmenter le chômage. Assurer aux Français une société plus sûre, dans laquelle ils puissent vivre en sécurité. Nous, nous avons commencé à le faire. Les socialistes n’ont cessé de laisser augmenter l’insécurité. Mieux défendre les intérêts de la France en Europe et dans le monde, c’est ce que fait J. Chirac en permanence. Les socialistes, lorsqu’ils étaient au pouvoir, avaient abandonné la défense de nos intérêts. C’est ça que nous allons montrer très clairement et c’est ça, le changement. Il a déjà commencé, mais nous allons l’amplifier en l’expliquant encore mieux à nos concitoyens.

G. Leclerc : Est-ce que le Président J. Chirac doit intervenir dans cette campagne avant le deuxième tour ?

J.-F. Mancel : Bien sûr, le Président de la République interviendra certainement. Ça a été le cas pour tous les Présidents de la République qui montrent quel est le bon choix pour le pays.

A. Lajoinie : Je crois que M. Mancel vient de dire ce qu’il veut faire : il veut dire, on va continuer. Tout va bien mais on va un peu amplifier. Mais justement, c’est la politique qui est menée qui est rejetée. Il ne s’agit pas de l’amplifier, il faut la changer. Et contrairement à ce que dit M. Mancel, la question n’est pas de revenir en 1981. D’ailleurs, dans la déclaration commune entre Parti communiste et Parti socialiste, ça a été très net, il faut autre chose, il faut du neuf. Et je crois qu’on est en mesure d’apporter du neuf. Je voudrais ajouter que la loi électorale est ce qu’elle est, le découpage e=ce qu’il est, la gauche majoritairement, ça n’est pas automatique qu’elle ait la majorité…

G. Leclerc : Alors justement, comment dynamiser cette majorité potentielle de gauche ?

A. Lajoinie : Voilà, il y a une majorité potentielle mais pour qu’elle se traduise en sièges, parce que ce n’est pas facile compte tenu de découpage notamment, il faut qu’il y ait un effort de rassemblement et c’est en cours. Je sais que, partout, les désistements se font. Il s’agit de mobiliser. M. Mancel compte sur les abstentionnistes mais il y a aussi sans doute des abstentionnistes de gauche qui peuvent se rallier à un rassemblement des forces de gauche et écologiste. C’est cet effort qu’on va mener jusqu’à dimanche prochain et je crois que la victoire est possible. Elle est possible, est nécessaire, elle est souhaitable pour la France.

G. Leclerc : Et si la gauche l’emporte, le Parti communiste sera au gouvernement ?

A. Lajoinie : Je pense que le Parti communiste devra prendre ses responsabilités. Nous ne sommes pas là pour échapper à nos responsabilités.

G. Leclerc : Le Front national peut gagner dans un certain nombre de circonscriptions. Dans ces cas-là, est-ce qu’éventuellement, si le candidat de chacun de votre parti n’est pas en mesure de gagner, vous êtes prêts à vous désister ? Qu’est-ce qui se passe ?

J.-F. Mancel : A ma connaissance, il n’y a aucun cas de ce genre. J’ai le sentiment que, dans la plupart des circonscriptions concernées, les candidats ont été éliminés. Alors, à partir de là, nous nous battrons sous nos couleurs, sur nos convictions comme nous l’avons toujours fait.

A. Lajoinie : Le Parti communiste s’est toujours opposé au Front national, il fera tout pour le battre.