Interview de M. Alain Madelin, président de Démocratie libérale, dans "La Nouvelle République du Centre Ouest" du 26 septembre 1997, sur le libéralisme et la place de Démocratie libérale dans l'opposition entre la démocratie chrétienne et le RPR, et sa volonté d'une alternance libérale.

Texte intégral

La Nouvelle République : La reconquête de l’opinion ne devrait-elle pas commencer par un examen de conscience et une autocritique ? Quelles erreurs avez-vous commises pour connaître un tel désaveu ?

Alain Madelin : Celle défaite de l’ex-majorité aurait pu être évitée. Mais elle constitue un formidable tremblement de terre. C’est un peu les conséquences d’un rhume sur un organisme affaibli. Cet échec est la défaite de tout un système de pensée, de pouvoir et de décision, fondé sur une vision autoritaire de la société. Depuis trop longtemps, on fait trop confiance aux bureaux parisiens, en haut, et pas assez aux Français, en bas. On n’a pas assez écouté. Mais cette défaite n’est pas la défaite des idées libérales. La France a fait le tour de toutes les politiques étatistes possibles. Elle n’a jamais engagé une vraie politique libérale – contrairement à des pays comme les Pays-Bas ou l’Angleterre – même si, sous tous les gouvernements, il y a eu quelques avancées libérales.

La Nouvelle République : Comment rompre avec cette ancienne vision autoritaire de la société ?

Alain Madelin : Le problème, c’est de donner aux idées de liberté et de responsabilité la force politique qu’elles doivent avoir. Il faut rompre avec une nomenklatura politique, corporatiste, professionnelle qui vit de ce système autoritaire, comme la cour de Versailles à la fin de l’Ancien Régime. Car le pays n’est pas comme ça. Il y a une révolte de la province contre les bureaux parisiens.

La Nouvelle République : L’opposition semble avoir un peu de mal à trouver le bon angle pour attaquer le Gouvernement. Sur quoi l’attendez-vous ? Quels sont, selon vous, les besoins et les attentes des Français qui ne correspondent pas à ce que fait Lionel Jospin ?

Alain Madelin : Ma conviction, c’est que les socialistes préparent mal l’avenir de la France et de nos enfants. Ils nous engagent dans la mauvaise direction. Ce n’est pas à coups d’emplois publics que l’on réglera le problème du chômage. Ce n’est pas en copiant le modèle de l’Aeroflot d’il y a vingt ans que l’on donnera à Air France les moyens de son développement. Je crois que tôt ou tard les Français se rendront compte du temps perdu et de la nécessité d’une alternance libérale. En attendant, nous avons un devoir d’une opposition résolue, franche et convaincue.

La Nouvelle République : Croyez-vous à un parti unique de la majorité ?

Alain Madelin : Le parti unique, c’est un moyen. L’objectif, c’est une alternance libérale, c’est la construction d’une force libérale puissante dans le pays. Il semble que l’actuelle opposition prenne ce tournant libéral que j’avais appelé de mes vœux durant les législatives. Je m’en réjouis. Mieux vaut tard que jamais.

La Nouvelle République : Quels seront les thèmes majeurs défendus par démocratie libérale ? Comment va-t-elle se situer entre la démocratie chrétienne et le RPR ?

Alain Madelin : Démocratie libérale dispose d’un formidable espace entre la vieille droite dirigiste, conservatrice et égoïste. Partout dans le monde, l’avenir est aux solutions de liberté et de responsabilité. Et, au moment où le monde entier se rallie à l’approche libérale, qui mieux que nous peut exprimer les idées libérales de la société française. Encore faut-il que nous sachions expliquer qu’une politique libérale s’appuie sur un ensemble de valeurs, la confiance dans l’homme, dans sa liberté et dans sa responsabilité qui constituent non seulement le moteur du progrès économique, mais aussi du progrès social.

La Nouvelle République : Faut-il inventer une autre manière de faire de la politique ?

Alain Madelin : Il existe un formidable décalage entre le sommet et la base, entre les partis politiques repliés sur eux-mêmes, sur leurs querelles internes et la vie réelle de la société. Démocratie libérale doit être une force politique moderne, pas un château fort gardé par des soldats. Une force ouverte sur la vie, la société, les jeunes, les femmes, avec une véritable assise populaire. Concrètement, cela signifie que dans chaque département, nous allons tenir des forums ouverts à tous ceux qui veulent faire un bout de chemin avec nous. La vie politique aujourd’hui ne doit pas être une collection de syndicats d’élus, mais une école de citoyens responsables. Je souhaite que Démocratie libérale soit le plus décentralisé possible, à l’image de cette France moderne que j’appelle de mes vœux.

La Nouvelle République : Qu’attendez-vous de Jacques Chirac ? Comment concevez-vous le rôle d’un président de cohabitation ? Reste-t-il la référence de l’opposition ?

Alain Madelin : Je crois que les Français, aux dernières élections législatives, ont voulu changer de gouvernement, pas de président. Le président a sa légitimité. Il est le président de tous les Français. Il doit être le gardien du bon fonctionnement de nos institutions veiller à la sauvegarde de l’essentiel. C’est un rôle difficile, et, dans la fonction qui est la sienne, il mérite bien sûr notre confiance. Mais la reconstruction de l’opposition ne concerne bien évidemment pas le président de la République.