Déclaration de M. Pierre Bérégovoy, Premier ministre, sur l'action de la marine, sa participation à la prévention des crises et sur la campagne annuelle du groupe-école d'application des officiers de marine, Brest le 8 décembre 1992.

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Circonstance : Cérémonie de départ du groupe-école d'application des officiers de marine à Brest le 8 décembre 1992

Texte intégral

Marine nationale

Vous voici prêts à partir pour la campagne annuelle du groupe-école d'application des officiers de marine. L'Afrique, les Amériques, la Polynésie. Diversité des cultures et des hommes, contact avec les équipages, avec les différents corps d'officiers rassemblés sur ces deux bâtiments, avec les officiers-élèves des nations amies qui nous ont confié leur formation et que je salue ici : c'est une belle aventure.

Aux yeux de ceux que vous rencontrerez, au cours de ce voyage, vous serez la France forte de ces traditions, mais ouverte et entreprenante C'est un honneur, c'est une charge qui vous crée des devoirs. Songez-y tout le temps, à chacun de vos faits et gestes.

Ce pavillon que vous avez choisi de servir, vous le montrerez avec fierté car il témoigne des valeurs auxquelles notre démocratie est attachée la liberté des hommes, l'égalité de tous à prétendre au respect de ses droits, la fraternité des peuples.

Il n'est pas indifférent que des navires de combat soient investis de ce rôle d'ambassadeur et la Jeanne d'Arc en est l'un des plus prestigieux. « La force sans la justice est tyrannique, la justice sans la force est impuissante », disait déjà Pascal.

Aussi, attachez-vous à devenir de véritables professionnels de la mer et des armes au cours de cette campagne d'instruction. Les hommes, les matériels, les navires qui vous seront désormais confiés réclament une excellence à la mesure du dessein de la France et du rôle de la Marine. Après la formation académique dispensée dans les écoles de la Marine, l'heure est venue d'appliquer vos connaissances.

La solennité de cette cérémonie témoigne de l'importance que le Gouvernement attache à la Marine nationale pour la défense et le rayonnement de la France, dans un monde à la recherche de nouveaux équilibres.

L'affaissement du bloc soviétique a profondément bouleversé les conditions de notre sécurité. L'ordre ancien des Empires doit maintenant céder la place à un ordre international fondé sur la coopération.

Fidèle à sa tradition, la France entend y contribuer par la promotion de la solidarité entre États. Le dialogue avec les pays dits « du Sud » en est un aspect important, et votre découverte du continent sud-américain prend à cet égard un relief tout particulier. Toutefois, cet ordre international souvent annoncé est loin d'être achevé. Une menace majeure a certes disparu, mais l'instabilité n'a pas été éradiquée pour autant, c'est le moins que l'on puisse dire. Ici ou là, elle s'accroît.

Crises

Il importe d'adapter en conséquence notre outil de défense pour nous permettre d'œuvrer utilement au service de la paix et du droit. Aux missions traditionnelles de nos armées, s'ajoute désormais la participation à l'effort commun de prévention des crises. Là encore, à l'évidence, la Marine est appelée à tenir une place privilégiée. La souplesse d'emploi qui caractérise ses moyens favorise le déploiement de nos forces à travers l'espace maritime international.

Armées

Toutefois, c'est clairement dans un contexte interarmées qu'il faut envisager l'action de la Marine. Le groupe aérien qui vous accompagnera tout au long de cette campagne comprend, pour la première fois, des hélicoptères de l'aviation légère de l'armée de Terre. Il faut y voir un signe. Il est heureux que vous puissiez vous accoutumer dès aujourd'hui à cette complémentarité des forces. Il est clair aussi que la gestion des crises doit désormais s'envisager au sein d'ensembles politiques plus vaste. L'action de la Marine doit s'envisager elle aussi dans un contexte européen. Nous partageons une communauté de destins avec partenaires européens et la construction de l'Europe est le défi majeur que devra relever votre génération. Qu'il s'agisse aujourd'hui de missions humanitaires et d'évacuation de ressortissants ou demain d'opérations de maintien de la paix, vous devrez vivre et raisonner en termes européens.

La présence à bord de ces deux navires d'officiers et d'officiers-élèves des marines allemande et belge, celle aussi des autorités de ces pays qui nous font l'honneur de participer à la cérémonie de ce matin, portent témoignage de l'immense espoir d'une intégration toujours plus étroite de nos nations.

Mesdames et messieurs les officiers-élèves, voilà, rapidement tracé, le cadre d'action de la marine par laquelle vous avez choisi de servir votre pays et sa défense. Cette ambition s'épanouira pleinement demain à bord des unités modernes qui équiperont une marine profondément rénovée. Elle fera de vous les officiers de valeur dont la marine, la France et l'Europe ont besoin.

À tous, officiers, officiers-élèves, officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots de la Jeanne d'Arc et de l'Enseigne de Vaisseau Henry, je souhaite une bonne et fructueuse campagne. Bon vent et belle mer.