Interviews de M. Renaud Muselier, député RPR adjoint au maire de Marseille et candidat à la présidence du RPR, dans "Le Parisien" le 1er septembre 1999 et à RMC le 24, sur sa candidature, sa personnalité, son appréciation défavorable de la politique gouvernementale en matière de santé et sur les suppressions d'emplois chez Michelin.

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Le Parisien - 1er septembre 1999

Le Parisien : L’élection pour la présidence du RPR est-elle déjà jouée ?

Renaud Muselier : Pas du tout ! J’ai fait acte de candidature en juin pour provoquer un électrochoc. Cela a permis de mettre en place, autour de Nicolas Sarkozy, une équipe regroupant les candidats potentiels. Tous commencent maintenant à s’exprimer. Nous avons fixé un calendrier et adopté un code de bonne conduite.

Le Parisien : Ne craignez-vous pas de servir de faire-valoir à Nicolas Sarkozy ?

Renaud Muselier : C’est l’inverse ! Ma démarche qui consiste à dire qu’il faut de nouvelles méthodes, de nouveaux messages et de nouvelles têtes rencontre un écho très favorable.

Le Parisien : Cela suffit-il à vous distinguer des autres candidats ?

Renaud Muselier : Bien sûr que non ! Ce que je veux seulement, pour l’instant, c’est lancer le débat, et voir émerger un, deux, trois, quatre… dix candidats. On abordera ensuite les questions de fond.

Le Parisien : Et là ?...

Renaud Muselier : Et là, je ferai valoir un engagement politique différent de celui de Nicolas Sarkozy. Parce que je ne suis pas de Paris. Parce que je n’ai fait de grande école, sinon la faculté de médecine. Parce que moi, j’ai une activité professionnelle : j’ai soigné des gens toute ma vie, et je continue à le faire.

Le Parisien : C’est un atout de ne pas être Parisien ?

Renaud Muselier : Oui. Car il y a un rejet de tous nos leaders, ces hommes à qui on a fait confiance, que nous avons servis loyalement et qui nous ont mis dans une situation politique catastrophique. Or la plupart d’entre eux sont des Parisiens. Or moi, je suis un provincial.

Le Parisien : Et Nicolas Sarkozy…

Renaud Muselier : … Lui, il est de Neuilly-sur-Seine (rires).

Le Parisien : Vous pensez avoir une chance dans ce scrutin à bulletins secrets ?

Renaud Muselier : L’affaire n’est pas pliée. Tant s’en faut.

Le Parisien : Est-il imaginable de vous voir faire tandem avec un autre candidat, par exemple le sénateur Jean-Paul Delevoye ?

Renaud Muselier : Pourquoi me demande-t-on toujours de me prononcer sur des candidats qui ne sont pas candidats alors que je suis candidat et que je réclame un débat ? Pourquoi me demande-t-on toujours avec qui je vais m’allier, voire pour qui je vais me retirer, alors que, pour l’instant, je suis le seul à avoir rassemblé les signatures nécessaires ? Je suis candidat à la présidence du RPR. Un point, c’est tout.

Le Parisien : En tant que médecin, quel diagnostic portez-vous sur le RPR ?

Renaud Muselier : Ça tombe bien : je suis un spécialiste des traumatisés crâniens. Or, le RPR, aux européennes, a pris un sacré coup sur la tête.

Le Parisien : Comment le soigner ?

Renaud Muselier : Il ne faut pas agiter le malade, ne pas mettre le RPR dans une situation où, déjà fatigué, on le tuerait en le faisant courir. Donc, il faut réfléchir, débattre, proposer. Puis choisir une nouvelle équipe. Après seulement, on repartira.

RMC, vendredi 24 septembre 1999

Philippe Lapousterle : Vous êtes maire adjoint de Marseille et vous recevez les parlementaires gaullistes. Sale temps pour les parlementaires gaullistes en ce moment ?

Renaud Muselier : Superbe temps à Marseille…

Philippe Lapousterle : Je ne parlais pas de Marseille. Je parle du temps à l’intérieur des têtes des gaullistes, des parlementaires gaullistes.

Renaud Muselier : Vous êtes obsédés par le fait qu’on est forcément dépressif. On a perdu, on a pris une claque aux européennes. Aujourd’hui, on a un débat interne dans notre mouvement politique. On voit qu’un certain nombre de candidats potentiels… Il y en a 52 000, je vous fais remarquer, de potentiel, mais, en fait, à la sortie, il y en aura trois ou quatre, pas plus, et puis il y aura un débat de fond. On apprend la démocratie, on apprend le débat. Il est absolument indispensable que notre mouvement politique pour qu’il survive, qu’il puisse de nouveau retrouver la convivialité dans ce mouvement, retrouver le plaisir de parler ensemble, de s’exprimer, de dialoguer et de trouver une synthèse qui permette de défendre nos idées.

Philippe Lapousterle : Oui, mais enfin une campagne électorale dans un parti, ce n’est pas dialoguer, c’est s’affronter. Vous le savez bien !

Renaud Muselier : Pourquoi faut-il toujours s’accrocher ? Il y a une course. Quand vous avez une course, vous respectez votre ligne, si vous sortez de votre ligne, vous êtes éliminé.

Philippe Lapousterle : Est-ce que vous pensez que parmi les six pré-candidats – les candidats, on ne les connaîtra que le 4 – ils seront tous candidats, parce qu’il faut 2 000 signatures ?

Renaud Muselier : Il faut pratiquement 2 000 signatures dans vingt départements sur les six plus gros en tout cas, je ne suis pas sûr qu’ils les aient aujourd’hui, moi j’ai mes 3 000 signatures dans… départements.

Philippe Lapousterle : Vous, vous les avez. Est-ce que vous combattez pour gagner ou est-ce que c’est pour témoigner, pour dire qu’une nouvelle génération doit venir aux commandes ?

Renaud Muselier : Ceux qui me connaissent savent toujours quand je m’engage dans un combat, c’est pour gagner, que ce soit bien clair. Mais ce qui m’intéresse, c’est de gagner pour Marseille. Ce qui m’intéresse, c’est de gagner pour mon pays, et dans mon mouvement politique que j’aime. Il y a des choses qui me déplaisent, il y a la possibilité de peser sur le fonctionnement aujourd’hui. Eh bien je pèse de tout mon poids, c’est la raison pour laquelle j’ai fait acte de candidature très tôt.

Philippe Lapousterle : Il y a des circonstances qui vous amèneraient à vous reporter sur un autre candidat ?

Renaud Muselier : Oui, si l’énergie – qui est nécessaire pour diriger le mouvement politique – peut hypothéquer notre victoire à Marseille avec Jean-Claude Gaudin, eh bien je laisserai la place volontiers. S’il y a quelqu’un qui a plus de liberté, plus de disponibilité, plus de talents et qui a plus de soutien, eh bien je le servirai comme j’ai servi les autres sans états d’âme.

Philippe Lapousterle : M. Delevoye, dont on dit qu’il a l’onction de Jacques Chirac dit que finalement ce n’est pas un vrai débat. Les candidats sont les représentants d’un clan.

Renaud Muselier : Chacun mène sa campagne comme il l’entend. Moi, je ne suis pas là pour faire des petites phrases sur les uns ou sur les autres, j’explique que ce que je crois dans mes idées, mes convictions, ma formation, mon éducation, c’est que je suis un républicain de par ma famille, ma formation, c’est, je suis un homme de solidarité, je suis médecin et mon pragmatisme électoral fait en sorte que je sais qu’il faut être à droite pour que le système puisse fonctionner. Et moi, je suis un républicain sous réserve de droite, ça c’est clair : c’est les bases de mon fonctionnement. Je sais surtout que dans mon mouvement politique, le projet doit être fabriqué et porté par les militants, parce que c’est eux qui les défendent, c’est eux qui doivent le porter. On n’a pas besoin de sondage, il suffit de poser la question à son gouvernement politique pour savoir ce que pensent les Français.

Philippe Lapousterle : Est-ce que la constatation qu’a faite M. Delevoye est vraie, c’est-à-dire que chaque candidat porte finalement les couleurs d’un clan à l’intérieur du RPR ?

Renaud Muselier : En tout cas pour ma part parce que je ne répondrai pas sur les autres, ils ont… leur histoire. Moi, je suis là pour parler de ce que je veux faire. Pour ma part, je dis à tout le monde : « Faites très attention avant de vous positionner sur tel ou tel candidat parce que on ne sait pas qui encore est candidat et on ne sait pas sur quoi, ils font leur programme. Donc ne soutenez pas n’importe qui, n’importe quand parce que là effectivement on risque de se retrouver dans les clans, attendez.

Philippe Lapousterle : Et ce n’est pas un peu triste de voir tous ses candidats à la présidence du RPR se battre pour savoir qui Jacques Chirac regarde avec le plus d’affectation ?

Renaud Muselier : Écoutez, je pense qu’on est adulte, donc Jacques Chirac, il est président de la République. On est très content qu’il soit président de la République. On a tout fait pour qu’il le soit. Maintenant, notre parti est orphelin. Comportons-nous comme des gens adultes. On n’est pas obligé d’aller en permanence lui demander ce que l’on doit faire. En tous les cas, ce n’est pas mon mode de fonctionnement et dieu sait si j’ai de l’affection pour lui.

Philippe Lapousterle : Vous avez rappelé tout à l’heure que vous étiez médecin. Sur la Sécurité sociale, Martine Aubry donc a annoncé qu’un pas historique allait être réalisé par le gouvernement auquel elle appartient, c’est-à-dire l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale pour l’an prochain. C’est vrai que l’on croyait ça impossible. C’est quand même un boulot phénoménal.

Renaud Muselier : Martine Aubry est ministre de quoi ? Qu’a-t-elle fait pour la santé ? Qu’a-t-elle fait pour la médecine ? Qu’a-t-elle fait pour la Sécu ? Elle n’a rien fait, rien, absence totale. Et le pauvre Kouchner qui essaie de travailler… il a été étouffé par Martine Aubry qui veut tout parce qu’elle est boulimique, mais qui ne fait rien. C’est désastreux.

Philippe Lapousterle : Elle a équilibré les comptes de la Sécu. C’est quand même pas mal ?

Renaud Muselier : Elle n’a pas équilibré les comptes de la Sécu. La croissance mondiale fait en sorte qu’il y a un taux de chômage qui a diminué dans notre pays. Jospin n’y est pour rien et Aubry n’y est pour rien. Et le seul endroit où Aubry a touché quelque chose, c’est dans les 35 heures. Et dans les 35 heures, ça va nous coûter 60 milliards et ça ne crée pas d’emploi. C’est quand même un bel exploit. Alors la réalité, c’est que la médecine aujourd’hui est équilibrée parce qu’il y a plus de travail en France grâce à la croissance mondiale. À partir de là, qu’a-t-elle fait pour les médecins ? Qu’a-t-elle fait pour la Sécu ? Rien, rien… résultat nul. Par contre, l’équilibre se fait parce qu’il y a plus de gens qui travaillent. Ça, c’est une très bonne chose.

Philippe Lapousterle : Il y a quand même des efforts qui ont été faits, vous le savez bien, pour réguler les dépenses, notamment dans les hôpitaux.

Renaud Muselier : Elle a gardé le plan Juppé, elle n’a rien fait. Il n’y a pas de ministre aujourd’hui. Est-ce que vous êtes capable de me citer quelqu’un qui a remplacé M. Kouchner ? Et c’est gravissime de la part de M. Jospin d’ailleurs. C’est-à-dire qu’il a abandonné les malades et il a sacrifié la médecine. C’est insupportable.

Philippe Lapousterle : Vous pensez vraiment qu’on peut dire que M. Jospin a sacrifié les malades en France ?

Renaud Muselier : Qu’ont-ils fait pour nos patients ? Qu’ont-ils fait pour les médecins ? Qu’ont-ils fait pour les hôpitaux ?

Philippe Lapousterle : Et qu’avez-vous fait, vous à l’époque ?

Renaud Muselier : On a fait le plan Juppé, excusez-moi du peu.

Philippe Lapousterle : Oui, mais vous avez bien vu la réaction des médecins ?

Renaud Muselier : Surtout la réaction des médecins parce qu’on est rentré dans un système qui est tout à fait unique et qui est l’instruction collective, ce n’est pas sur les ordonnances, c’est à cause de la sanction collective que nous avons eu un rejet de l’ensemble de mes confrères médecins et c’est bien normal pour des gens qui ont l’habitude d’être libres.

Philippe Lapousterle : Sur Michelin, le gouvernement semble avoir renoncé à intervenir, empêcher Michelin de revenir sur ses 7 500 suppressions d’emplois prévues, est-ce que l’État peut faire quelque chose à votre avis ? Est-ce que les gaullistes pensent que l’État doit faire quelque chose en l’occurrence ?

Renaud Muselier : Je pense que l’État doit faire quelque chose parce que, si vous êtes fonctionnaire, vous avez une garantie d’emploi ; si vous êtes salarié dans le privé normalement, vous devez gagner un peu plus d’argent. Avec les difficultés du privé, quel est l’avenir d’un salarié ? Quelle est la perspective, la projection qu’il peut faire dans l’avenir ? Quand son entreprise ne marche pas, il comprend bien qu’il doit être licencié, mais quand son entreprise marche trop bien, on est en train de lui expliquer qu’il faut qu’il soit licencié et donc c’est grave pour le corps, l’ensemble, enfin le corps français qui est salarié dans l’entreprise.

Philippe Lapousterle : Mais est-ce que le gouvernement peut intervenir ?

Renaud Muselier : Le gouvernement ne peut pas laisser faire une chose pareille. Alors, il y a des départs en préretraite, il doit y avoir des aides pour la recherche. Il doit y avoir des aides de l’État, régionales, départementales pour ces entreprises, parce que tout est mélangé en cas de financement. Eh bien, on ne peut laisser faire une chose pareille. Les salariés de notre pays ne peuvent pas avoir en permanence l’angoisse du licenciement, si l’entreprise ne marche pas, et l’angoisse du licenciement, si l’entreprise marche trop bien.

Philippe Lapousterle : La fête de la ville aujourd’hui organisée dans la banlieue parisienne, vous êtes chargé de la politique de la ville au RPR, bilan, politique de la ville ?

Renaud Muselier : Qu’a fait M. Bartolone ? J’aime beaucoup M. Bartolone. C’est un type bien et M. Jospin a aussi abandonné les villes et quartiers. C’est le sacrifice total. La politique de la ville a été abandonnée parce qu’il n’y avait pas de ministre. M. Bartolone est venu plus tard comme ministre de la ville et depuis il ne fait rien. Il ne peut rien faire : il n’a aucun moyen. Ce qui veut dire qu’en ce qui concerne la santé et les villes, donc nos quartiers, nos habitants, nos concitoyens, eh bien il y a une désertion totale de M. Jospin.