Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, sur le 75ème anniversaire des combats du Vercors, à Vassieux-en-Vercors le 21 juillet 2019.

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Circonstance : 75ème anniversaire des combats du Vercors

Texte intégral

Monsieur le préfet,
Monsieur le Maire de Vassieux-en-Vercors,
Mesdames, messieurs les parlementaires,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le président de l'association nationale des Pionniers et Combattants Volontaires du Vercors,
Présidents et membres des associations du monde combattant,
Monsieur le commandant la 27e Brigade d'Infanterie de Montagne, mon général,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Chers porte-drapeaux,
Mesdames et messieurs,


Voici 75 ans, dans cette forteresse du Vercors, la République brillait d'un éclat singulier. Elle y était renaissante, le 3 juillet, elle y était proclamée à Saint-Martin en Vercors comme un défi aux autorités et aux forces allemandes.

Cette République Libre du Vercors tombera sous le feu ennemi et sa folie meurtrière. Ce maquis a été le théâtre d'une épopée à la fois glorieuse et tragique.

Au commencement, asile pour les proscrits et pour les réfugiés, camp de résistants puis de réfractaires, le Vercors devient un lieu de rassemblement pour les combattants.

Dans une France occupée et bâillonnée, le maquis, semblable à un îlot de liberté, faisait entendre le langage de la République. Des femmes et des hommes portaient haut nos valeurs françaises, levaient avec fierté nos couleurs et prolongeaient le pacte séculaire entre la France et la Liberté. Le drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine et du V de la Victoire flottait au vent. La Marseillaise pouvait résonner aux oreilles de tous, chacun pouvait exprimer sa foi en son pays, en son histoire et en son dessein.

Du haut de ces falaises, de ces chemins de ronde naturels, de ces murailles que l'on espérait imprenables, l'armée des ombres était en pleine lumière, les combattants anonymes menaient la lutte à visage découvert, ils affrontaient l'ennemi en face.

Longtemps, des héros ont résisté à l'occupant et à ses complices de Vichy. Des héros ont fait de ce bastion l'emblème de ceux qui veulent lutter, le point de ralliement de ceux qui ne se résignent pas, de ceux qui ont les valeurs de la République chevillées au coeur. Ne pas subir, ne pas accepter l'inacceptable, ne pas supporter l'insupportable. Ici, une fierté française a reparu. Ici, un espoir ardent a été soulevé.

Au nom de la France, au nom du Gouvernement et au nom du monde combattant, je suis venue saluer avec respect et reconnaissance les résistants du Vercors. Je suis venue m'incliner devant les martyrs de la liberté et devant la mémoire des sacrifiés. Nous rendons hommage à tous ceux qui sont restés indéfectiblement fidèles aux valeurs de la France.

J'adresse mes plus vives salutations aux vétérans et aux survivants du Vercors. Je veux leur dire toute mon estime et ma sincère admiration. Je veux souligner l'action inlassable au service du travail de mémoire et de la mise en valeur des lieux de souvenirs menée par l'Association nationale des pionniers et des combattants volontaires du Vercors et celle, bien évidemment, de son président Daniel HUILLIER.

Ensemble, nous poursuivons les commémorations du 75ème anniversaire de la Libération. Ensemble, à la suite des hommages rendus par le Président de la République aux Glières et en Normandie, nous honorons toute la Résistance, tous les résistants ainsi que les victimes civiles.


En juin et juillet 1944, le Vercors était une des parcelles de liberté qui parsemaient la France. La foi en la patrie y a uni près de 4 000 maquisards dans la gloire et le drame, dans la fraternité nationale et la fraternité d'armes.

Réduit combattant, destinataire de parachutages d'armes, potentiel lieu d'accueil de troupes alliées, point de fixation dans la bataille de France, l'armée allemande, aidée de la milice, est déterminée à réduire le Vercors.

De ce maquis, Vassieux-en-Vercors en était le coeur. Le village en était l'essence initiale avec le projet de futur terrain d'atterrissage du « plan Montagnard » cher à Jean PREVOST et Pierre DALLOZ.

Pour Vassieux, le drame se noue dès la mi-juillet 1944 avec des bombardements allemands systématiques. Déjà, le feu dévore des bâtiments, déjà les Vassivains comptent leurs morts. Le tragique survient à partir du 21 juillet. Des dizaines de planeurs déposent des troupes d'assaut à proximité du village. Les soldats allemands passent immédiatement à l'attaque et investissent Vassieux, ses hameaux puis l'ensemble du massif. Ils abattent les FFI, exécutent ceux qu'ils arrêtent, torturent les habitants et commettent des exactions.

En quelques jours, plus de 100 combattants et plus de 70 habitants sont ainsi massacrés dans le village et ses alentours. C'est un véritable martyr qu'a subi Vassieux-en-Vercors.

« Un martyr de sa foi en la résurrection de la Patrie ». Ainsi, monsieur le Maire, se conclut le décret d'août 1945 qui fait de votre village l'une des cinq communes de France à avoir l'honneur d'être Compagnon de la Libération. Aux côtés de Nantes, de Grenoble, de Paris et de l'Ile de Sein, vous représentez cet ordre prestigieux et vous en êtes désormais les gardiens. Vous avez récemment renouvelé le pacte qui vous unit depuis plus de sept décennies.

Votre mémoire est aussi gardée au Mont-Valérien. Un brave du Vercors est inhumé dans la crypte du mémorial de la France combattante. Le sergent FFI Raymond ANNE, tué ici-même, à l'âge de 21 ans, y représente les maquis parmi toutes les formes de résistance et de combats.

Partout dans le maquis, la furie fait des ravages. Otages fusillés, prisonniers exécutés et civils massacrés. A la Chapelle-en-Vercors, dans la grotte de Luire ou encore dans les ruines de Valchevrière, ce sont des crimes de guerre qui ont été commis, c'est une volont�� implacable d'annihilation qui a été appliquée.

Les troupes infernales n'ont laissé derrière elle que deuil et désolation, que cadavres et cendres.

75 années ont passé, nous nous souvenons des 201 victimes civiles, hommes, femmes et enfants. Chaque cérémonie témoigne d'une profonde émotion. Il est des évènements qui impriment la mémoire d'un territoire, d'un pays et d'une Nation.


Le Vercors est avant tout une histoire à hauteur d'Hommes. C'est une histoire d'engagement. Celle de femmes et d'hommes qui se rassemblent et se battent pour une cause plus grande qu'eux, pour un idéal dépassant leur propre vie.

Souvent, les maquisards arrivaient avec un proche. Des amis, un père et son fils, un oncle et son neveu, des frères à l'instar de Jean et Simon NORA. Le Vercors, c'est une histoire de famille et d'amitié. C'est une histoire de proximité.

Dans les bois, sur des sentiers forestiers, à travers les falaises, sur des sentiers muletiers, ils n'étaient plus des ouvriers, des apprentis ou des paysans, ils étaient des résistants. Ils étaient la diversité et l'égalité, ils étaient la France que l'on aime. Certains venaient du Vercors ou des territoires voisins, d'autres appartenaient à un mouvement ou étaient militaires. Nombreux sont les jeunes gens à rejoindre le maquis pour fuir le STO. Il y avait toutes les opinions, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas.

Ils étaient la Brigade de gendarmerie de La-Chapelle-en-Vercors, seule unité de France à avoir été décorée de la médaille de la Résistance. La Brigade a apporté une aide aussi précieuse que discrète au mépris des risques gigantesques qu'encouraient les gendarmes. Nous nous souvenons de leur abnégation et de leur désintéressement.

Tous étaient des résistants et des soldats de la liberté, tous étaient le Vercors. Tous étaient la France.

Ils portaient la bravoure pour emblème et avaient la vaillance pour guide. Ils ont livré un combat inégal face à un ennemi supérieur en nombre et en armement. 639 combattants du Vercors y ont laissé leur vie. Nous les honorons et nous rendons hommage à leur courage.

Aujourd'hui encore, nous n'avons nul doute que l'esprit du Vercors n'a pas été vaincu, qu'il a survécu aux massacres et à la répression, qu'il résiste toujours à l'épreuve du temps.


Mesdames, messieurs, chers amis,

Le Vercors passionne, le Vercors force le respect. Car il est tout à la fois : une remarquable histoire de mobilisation au service de la patrie, une tragédie dans une lutte inégale, une déception due à un sentiment d'abandon aux pires heures du drame, une plongée dans les ténèbres de la répression aveugle.

Et pourtant, dans cette histoire domine un éclat d'espoir. Il y a une lueur d'espérance : celle de la France, celle de la République, celle de la fraternité et par-dessus tout celle de la liberté.

Les maquis et toute la Résistance ont imprégné notre conscience nationale. Incontestablement, ils ont forgé une part de notre identité nationale. Veillons toujours, ici comme partout en France, dans chaque établissement scolaire, dans chaque lieu de mémoire, à transmettre aux jeunes générations les messages et les valeurs de la Résistance.

L'homme peut être un héros ou un barbare. Ces lieux rappellent le courage et l'honneur des uns, la répression sauvage et inhumaine des autres. Sachons aussi en tirer des leçons pour le présent.


Mesdames, messieurs, le Vercors fait partie de la mémoire nationale.

Il ne le quittera jamais.


Vive le Vercors !
Vive la République !
Vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 31 juillet 2019