Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à Europe 1 le 8 février 2019, sur la rencontre du vice-Premier ministre italien avec des "Gilets jaunes" et l'affaire Benalla.

Texte intégral

AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Audrey CRESPO-MARA.

AUDREY CRESPO-MARA
En ce moment la France n'a plus d'ambassadeur, ni en Syrie, ni en Iran, ni en Corée du Nord, vous ne trouvez pas excessif d'avoir mis l'Italie dans la même catégorie ?

BENJAMIN GRIVEAUX
La France a fait depuis plusieurs mois l'objet d'accusations répétées, d'attaques sans fondement de la part de deux membres du gouvernement italien…

AUDREY CRESPO-MARA
Les deux vice-présidents du Conseil Italien.

BENJAMIN GRIVEAUX
Monsieur di MAIO et monsieur SALVINI. Il y a eu un appel à voter contre le président, à soutenir un mouvement des Gilets jaunes, à mettre en cause l'action de la France en Afrique, et puis il y a eu la venue de monsieur di MAIO en France, et quand un ministre d'un gouvernement étranger se rend en France, de la même manière…

AUDREY CRESPO-MARA
Pour rencontrer des Gilets jaunes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour rencontrer des Gilets jaunes, mais la bienséance, la courtoisie, la diplomatie la plus élémentaire veut qu'on prévienne le gouvernement et qu'on dise qu'on s'y rend. Moi, quand je me rends à l'étranger…

AUDREY CRESPO-MARA
Donc ça mérite qu'on demande à son ambassadeur de revenir en France.

BENJAMIN GRIVEAUX
Eh bien écoutez, quand on se rend, nous, à l'étranger, on a la diligence minimum de prévenir les gouvernements dans lesquels, dans le pays dans lequel on se rend ; ça n'a pas été fait. On a rappelé notre ambassadeur pour avoir une consultation, ça n'est pas rappel permanent, il était important de marquer le coup, parce que, d'abord l'Italie est un partenaire et…

AUDREY CRESPO-MARA
Il s'agissait de marquer le coup, clairement.

BENJAMIN GRIVEAUX
Est un partenaire, est un allié historique de la France et puis c'est aussi un des pays fondateurs de l'Union.

AUDREY CRESPO-MARA
Alors en juin dernier, ceci étant, Emmanuel MACRON dénonçait la lèpre nationaliste dans un discours qui visait notamment l'Italie. Vous, Benjamin GRIVEAUX, vous dénonciez je cite « la part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien ». En attaquant frontalement le gouvernement italien, vous deviez bien vous attendre à une riposte, non ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord ça n'est pas une attaque frontale.

AUDREY CRESPO-MARA
Oh ben un peu quand même, le choix des mots.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais attendez, la mise en cause…

AUDREY CRESPO-MARA
Lèpre, cynisme.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais s'ils se sont sentis visés…

AUDREY CRESPO-MARA
Oh ben vous ne les visiez pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
… c'est leur affaire. Ce que je note, c'est que les petites phrases de monsieur di MAIO et de monsieur SALVINI n'ont pas empêché l'Italie de rentrer en récession économique, c'est le seul pays de l'Union européenne, et donc moi ce qui m'intéresse…

AUDREY CRESPO-MARA
Non mais je vous parlais de l'attaque entre les deux pays.

BENJAMIN GRIVEAUX
… c'est qu'un grand pays comme l'Italie, partenaire de la France, eh bien aille mieux, et que par exemple le Lyon – Turin de monsieur…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais vous ne me répondez pas sur les attaques que vous avez-vous aussi faites.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est que le peuple européen…

AUDREY CRESPO-MARA
Ah ben si, ça aboutit à…

BENJAMIN GRIVEAUX
… aille mieux et si on veut faire reculer la lèpre nationaliste, si on veut faire reculer les populismes, si on veut faire reculer la défiance vis-à-vis de l'Europe, le meilleur moyen c'est de bien se comporter vis-à-vis de ses partenaires, c'est de par exemple pouvoir poursuivre le projet entre Lyon et Turin, qui permettra à l'Italie du Nord, terre d'élection de monsieur SALVINI, d'aller mieux, d'avoir de meilleurs échanges commerciaux et de gagner en compétitivité. Il n'y a que ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Vous déviez sur l'économie, mais vous aussi vous avez donné les coups, donc il y a une riposte.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, on dévie sur l'économie, pardonnez-moi je crois que les Français ils nous ont dit quoi depuis des mois ? On a besoin de plus de pouvoir d'achat, on a besoin d'emploi, on a besoin de croissance et on n'a pas besoin de petites phrases. Voilà, les petites phrases ça fait de la récession économique en Italie, nous on ne fait pas de petites phrases.

AUDREY CRESPO-MARA
Ben si, vous venez d'en faire, je viens de les citer. Bon, aujourd'hui les deux vice-présidents du Conseil italien dont vous avez parlé, invitent Emmanuel MACRON à s'asseoir autour d'une table. C'est envisageable ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais vous savez, d'abord ces deux ministres italiens ils sont assis autour de la table avec les ministres français lors des Conseils et les différents Conseils auxquels ils participent, et donc le dialogue n'a jamais été rompu, mais vous avez aussi un président…

AUDREY CRESPO-MARA
Ils voient les ministres mais pas le président.

BENJAMIN GRIVEAUX
… du Conseil en Italie, qui s'appelle monsieur CONTE, c'est le chef du gouvernement italien.

AUDREY CRESPO-MARA
Donc si Emmanuel MACRON d'avoir quelqu'un c'est lui, en gros.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais il l'a déjà rencontré, il l'a fait à plusieurs reprises.

AUDREY CRESPO-MARA
Il ne verra pas Matteo SALVINI.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais écoutez, ça ce n'est pas à moi d'en décider, mais ce que je dis c'est qu'il y a un chef du gouvernement en Italie, c'est monsieur CONTE.

AUDREY CRESPO-MARA
J'ai compris. Ce bras-de-fer avec le gouvernement italien, au fond, c'est la mise en oeuvre de la stratégie électorale d'Emmanuel MACRON pour les européennes, qui consiste à opposer nationalistes et progressistes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais ce n'est pas une mise en oeuvre d'une stratégie.

AUDREY CRESPO-MARA
Un peu quand même.

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous avez d'un côté ceux qui pensent qu'il faut arrêter le projet européen, qui considèrent qu'il faut se replier dans ses frontières nationales et que la réponse nationale est la meilleure réponse face à des géants que sont la Chine, les Etats-Unis, la Russie. Ça c'est la thèse de monsieur SALVINI, de monsieur di MAIO, ça n'est pas la nôtre. Nous on considère que l'Europe est plus forte, que si on veut regagner la souveraineté en matière commerciale, en matière économique, en matière diplomatique, eh bien c'est l'Europe le bon niveau. Voilà c'est ça, cette opposition, ça n'est pas une stratégie, ça n'est pas de la tactique, c'est la réalité. Vous avez des personnes qui en Europe pensent qu'il faut arrêter le projet européen, d'autres qui pensent qu'il faut le poursuivre, l'amender, le changer, le transformer, mais le poursuivre. Ça eh bien ce sont ceux qui sont à nos côtés dans ce projet.

AUDREY CRESPO-MARA
On voit au moins une fois par semaine, pendant des heures à la télé, ce que certains appellent le MACRON show, Emmanuel MACRON en débat pendant des heures, en tournée à travers la France, comment allez-vous faire pour expliquer qu'il n'est pas en campagne pour les européennes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, cette petite musique de récupération ou l'instrumentalisation par les oppositions, il y a eu je crois plus de 1 500 à 2 000 réunions qui ont été organisées, il a participé à moins de 10 réunions. Non moi j'invite tous les responsables de l'opposition…

AUDREY CRESPO-MARA
Mais qui sont filmées et diffusées.

BENJAMIN GRIVEAUX
… à se rendre dans ces réunions. Ça n'est pas une campagne pour Emmanuel MACRON, c'est une campagne pour le pays. Les Français nous disent quoi ? On a besoin de se parler, on a besoin de poser des choses, venez débattre, ce n'est pas réservé à Emmanuel MACRON, aux ministres, tout le monde peut y aller, et d'ailleurs je note que ceux qui avaient des réserves il y a quelques semaines, désormais ouvrent les portes de leurs mairies, c'est tant mieux, chacun y a sa place, le président de la République, les responsables de l'opposition, mais surtout les Français. Et donc chacun y est le bienvenu, les responsables de l'opposition en tête, qu'ils viennent faire l'exercice, est un exercice qui fait du bien, ça permet de respirer un peu.

AUDREY CRESPO-MARA
Benjamin GRIVEAUX, je ne sais pas si vous allez continuer à respirer, on savait qu'Alexandre BENALLA était proche d'Emmanuel MACRON, on découvre qu'il a aussi ses entrées à Matignon, puisque le la chef de la sécurité du Premier ministre l'a reçu à son domicile, alors qu'il était mis en examen. Ça prouve qu'Alexandre BENALLA était vraiment infiltré au coeur du pouvoir.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, il avait une position que chacun connait à l'Elysée, et donc qu'il ait eu des relations de travail avec les personnes en charge de la sécurité, à Matignon ou ailleurs, ça n'est quand même pas une surprises. Moi ce que je veux dire par ailleurs…

AUDREY CRESPO-MARA
Et qu'on continue à le voir malgré sa mise en examen.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non mais ce que je veux dire, c'est que j'entends beaucoup la musique de « il est très protégé ». Bion, eh bien s'il était si protégé que ça, il n'y aurait pas des enquêtes ouvertes, encore une qui a été ouverte hier par le Parquet national financier. Donc moi, ce que je souhaite dans cette affaire, c'est d'abord en faire le moins de commentaires, je crois à la séparation des pouvoirs, je suis membre du gouvernement, il y a une autorité judiciaire qui est indépendante en France et dont je note qu'elle a agi de manière rapide, de manière efficace et que personne n'est protégé. Personne, mais personne n'est au-dessus des lois, contrairement à la petite musique que certains aiment à faire entendre. Ce fantasme-là est un fantasme, chacun rend des comptes et monsieur BENALLA va rendre des comptes à la justice française et c'est une très bonne nouvelle.

AUDREY CRESPO-MARA
Ça vous paraît légitime que Matignon demande à la justice d'aller perquisitionner chez Mediapart, parce qu'il publie des documents gênants pour l'Elysée.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est inexact de dire cela, vous le savez très bien, et donc je ne laisserai pas à nouveau. Vous savez on est en train d'abimer en faisant ça, et la justice, et le pouvoir exécutif. Et donc je ne laisserai pas dire ça…

AUDREY CRESPO-MARA
Que Matignon transmette une information au procureur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, Matignon a répondu, et vous le savez très bien, ça a déjà été dit à maintes reprises, donc votre micro me permets de le redire, mais je ne laisserai pas salir, ni le pouvoir exécutif, ni la justice de notre pays. Quand des informations ont été transmises aux journalistes, à vos confrères jeudi et vendredi dernier, il n'est pas anormal de transmettre, quand on l'a transmis à la Presse, au procureur de Paris, les mêmes informations, un point c'est tout. Et très franchement, instruire en permanence le procès d'avoir une espèce de sentiment de collusion entre le pouvoir exécutif et l'autorité judiciaire, c'est insupportable. On a en France une justice indépendante, on en a la preuve l'affaire BENALLA, il y a eu en 10 jours des enquêtes judiciaires ouvertes, une enquête de l'IGPN, deux enquêtes parlementaires, franchement, laissez la justice faire son travail, ce n'est pas à des micros, ce n'est pas sur des plateaux de télé qu'on rend justice dans notre pays et c'est heureux.

AUDREY CRESPO-MARA
Avec un procureur de la République de Paris qui avait été choisi par le président. C'est aussi ce qui peut laisser grandir des doutes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais enfin, mais très franchement… Mais non, mais ce doute permanent qu'on instille en permanence dans les micros, ça fait quoi ? Ça fait que nos concitoyens ne croient plus à la justice de leur pays et croient qu'il y a des conflits, des complots permanents, et ça donne certains représentants des Gilets jaunes qui vous expliquent que vous avez des complots internationaux qui tirent les ficelles du pouvoir en France. Ça suffit. Il faut arrêter de raconter n'importe quoi, et je me permets, vous m'ouvrez votre micro ce matin et je vous en remercie, il y a en France une justice qui travaille de manière indépendante, et la meilleure preuve de cela c'est, hier encore l'ouverture d'une enquête contre monsieur BENALLA.

AUDREY CRESPO-MARA
Benjamin GRIVEAUX, vous venez de recevoir le Prix de l'humour politique, pour avoir dit…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, pas encore, je suis sélectionné, attendez, on est plusieurs, on est quelques-uns.

AUDREY CRESPO-MARA
Bon, vous êtes en lice, mais bien placé quand même, il faut le dire, pour avoir dit ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pour avoir dit que mon début d'année avait été un peu rock'n'roll et que j'avais organisé une journée portes ouvertes.

AUDREY CRESPO-MARA
Voilà, une journée portes ouvertes.

BENJAMIN GRIVEAUX
Suite à…

AUDREY CRESPO-MARA
A l'intrusion des Gilets jaunes dans votre ministère. C'était votre manière de dire aux Gilets bornes qu'ils ne vous font pas peur ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord c'est ma manière de dire qu'il faut toujours parler légèrement des choses graves et gravement des choses légères. Vous savez, il faut un peu d'autodérision dans la mission qui m'a été confiée, et puis il faut savoir un peu se moquer se moquer de soi. Voilà.

AUDREY CRESPO-MARA
Vous arrivez à vous moquer de vous sur cette séquence-là ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ah, pas que sur cette séquence-là, je vous rassure.

AUDREY CRESPO-MARA
Et alors si le début de l'année a été rock'n'roll, vous ne craignez pas que la suite de l'année soit hard-rock ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez c'est les 40 ans de London Calling, donc on va, on a eu l'occasion d'en entendre un extrait tout à l'heure, des Clash, je ne sais pas si ce sera hard-rock mais je suis sûr d'une chose, c'est que c'est hard pour des millions de Français, et que ce que nous ont dit des gens qui ont enfilé des gilets jaunes, mais pas que, ce que nous disent au fond les Français en venant nombreux à ces débats, c'est que l'on a besoin de transformer le pays encore plus vite qu'on ne l'a fait, on a besoin de répondre à leurs problèmes encore plus vite et sans doute mieux qu'on y a fait jusqu'à présent, et c'est à ça qu'on va s'atteler, et oui c'est hard mais on savait que c'était hard, sinon nous n'aurions pas été élus, ils ne nous auraient pas confié les rênes du pays, et ils peuvent compter sur nous pour qu'on y mette du coeur à l'ouvrage, de la sincérité et beaucoup d'énergie.

AUDREY CRESPO-MARA
Merci Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.

BERNARD POIRETTE
Merci à vous Audrey CRESPO-MARA, donc et Benjamin GRIVEAUX, porte-parole du gouvernement, qui a dit entre autres, sur le clash entre Paris et Rome qu'il s'agissait de marquer le coup en rappelant l'ambassadeur de France à Rome, et que s'il doit y avoir une reprise de la discussion ça se passera au niveau de Matteo CONTE, qui est le chef du gouvernement italien. Quant à l'affaire BENALLA, monsieur BENALLA, personne n'est protégé, monsieur BENALLA rendra des comptes devant la justice a dit Benjamin GRIVEAUX, à qui je souhaite un bon week-end, à vous aussi Audrey CRESPO-MARA et je vous rappelle que ce dimanche la ministre du Travail, Muriel PENICAUD, sera l'invitée du Grand Rendez-vous Europe 1 Cnews Les Echos, ce sera à suivre en direct dès 10h00 du matin dimanche sur cette antenne.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 février 2019