Interview de M. Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat, porte-parole du Gouvernement, à France Info le 26 février 2019, sur la revitalisation du site de Blanquefort, les pics de pollution atmosphérique à Paris, l'hébergement d'urgence et le Brexit.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
On est avec le porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX, et avec Renaud DELY, qui lui pose la première question.

RENAUD DELY
Bonjour Benjamin GRIVEAUX.

BENJAMIN GRIVEAUX
Bonjour Renaud DELY.

RENAUD DELY
Alors, on a appris hier donc que le constructeur automobile FORD refusait la dernière offre de reprise du site de Blanquefort, c'est à côté de Bordeaux et privilégie un plan social, il y a 800, un peu plus de 808 emplois…

BENJAMIN GRIVEAUX
850…

RENAUD DELY
850 emplois qui sont menacés. Est-ce que ça veut dire que le groupe FORD, Benjamin GRIVEAUX, vous a menti ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, il y a une attitude indigne du groupe FORD, et de ce groupe industriel, et nous l'avons dit, et Bruno LE MAIRE a eu l'occasion de le dire, puisqu'il a évidemment suivi le dossier avec Agnès PANNIER-RUNACHER à Bercy, c'est que FORD devra payer, devra payer à trois titres, d'abord, pour les salariés du groupe, que vous évoquiez, les 850 personnes, qui vont perdre leur emploi, et donc payer dans l'accompagnement et par un plan de sauvegarde de l'emploi important. Deuxièmement, il devra payer pour le site, parce que le site, il a été évidemment pollué, lié à l'activité industrielle qui s'y est développée pendant de nombreuses années. Et on connaît les dégâts que font ce type d'industries en particulier sur les sols, et donc il y aura un travail de dépollution, FORD devra le payer, et enfin, devra payer pour le territoire, et la question de la ré-industrialisation. Alors on est dans un territoire qui est moins isolé que certains autres territoires, où on a eu des difficultés avec certaines industries, mais le rôle aussi de l'entreprise FORD et du groupe FORD, eh bien, c'est d'aider à la ré-industrialisation et à la reconversion des différentes personnes qui vont perdre leur emploi.

RENAUD DELY
Comment vous allez contraindre FORD à payer tout ça ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, c'est dans la loi, le plan de sauvegarde, c'est prévu, c'est quelque chose qui est inscrit dans les textes, et donc à la fois, sur les questions des salariés, sur la question de la dépollution, c'est le rôle de l'Etat de faire valoir ses droits, et nous les ferons valoir.

MARC FAUVELLE
C'est un patron voyou le patron de FORD ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi, je n'aime pas désigner…

MARC FAUVELLE
Vous avez dit « indigne », « pratique indigne », il y a quelques instants…

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est une pratique indigne, parce que lorsque vous avez un repreneur de qualité, qu'il y a un projet industriel, qui prévoit justement de permettre la reprise d'un très grand nombre de salariés, et donc, de maintenir sur un site important une activité industrielle, et qu'au fond, vous refusez cette reprise, alors que vous vous désengagez de ce territoire, ça n'est pas un comportement digne.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous allez nationaliser le site pour lui trouver maintenant un autre repreneur, est-ce que c'est une possibilité que vous vous gardez dans la manche ou pas ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne crois pas, moi, que la nationalisation soit la réponse à ce type de situation, je le dis, le rôle de l'Etat, c'est de s'occuper de l'éducation, de santé…

MARC FAUVELLE
On parle de nationalisation temporaire, pour quelques semaines ou quelques mois, pas…

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais à nouveau, le rôle de l'Etat, c'est de s'occuper de l'éducation, de la santé, des transports…

MARC FAUVELLE
Et de l'emploi…

BENJAMIN GRIVEAUX
De la sécurité, de l'emploi, mais le meilleur moyen de s'occuper de l'emploi, c'est de former, c'est de reconvertir, c'est justement d'aider à la reconversion des salariés à la ré-industrialisation du site. Le meilleur service à rendre à ce site, ce n'est pas forcément la nationalisation, c'est bien plutôt qu'on cherche à diversifier l'activité industrielle, et c'est aussi le rôle de l'entreprise FORD que de nous y accompagner.

RENAUD DELY
Vous évoquiez le comportement indigne – c'est le mot que vous employé – de l'entreprise FORD, d'autant plus que l'entreprise a perçu des aides publiques pendant de nombreuses années, et précisément, l'ancien candidat du NPA à la présidentielle, Philippe POUTOU, qui est salarié du site de Blanquefort, réclame le remboursement de ces aides. On l'écoute…

PHILIPPE POUTOU, DELEGUE CGT DE FORD BLANQUEFORT
Ce qui est triste, c'est ce constat de voir qu'un Etat ne puisse pas contraindre une multinationale comme FORD de pouvoir faire autre chose, surtout que FORD a fait des profits, que FORD a touché énormément d'argent public ces dernières années, y compris même sur les 45 ans de présence de l'usine FORD sur le territoire de Blanquefort, voilà, c'est le côté qui est un peu désolant de la situation.

RENAUD DELY
Est-ce que vous réclamez à FORD de rembourser ces aides publiques ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a eu 15 millions d'aides qui ont été versées à FORD, et on ne peut pas les demander, demander leur remboursement, pourquoi, parce que ces 15 millions d'aides, elles étaient liées à des engagements sur l'emploi que FORD a tenus.

RENAUD DELY
FORD a tenu ses engagements ?

BENJAMIN GRIVEAUX
FORD a tenu ses engagements…

RENAUD DELY
Même si le site va fermer…

BENJAMIN GRIVEAUX
FORD a tenu les engagements qui étaient liés à l'emploi pour ces 15 millions d'aides, et donc on est dans un Etat de droit, je comprends la colère de monsieur POUTOU, je comprends, je ne suis pas idiot. Mais lorsqu'on est dans un Etat de droit et que l'Etat passe…

RENAUD DELY
On peut difficilement entendre que FORD a tenu ses engagements alors que le site va fermer…

BENJAMIN GRIVEAUX
J'entends parfaitement, mais sauf que les engagements qui ont été pris, vous savez, ce n'était pas nous qui étions au gouvernement. Les engagements qui ont été pris depuis de nombreuses années et qui ont donné lieu à ces 15 millions d'aides, ces 15 millions d'euros d'aides, ils ont été tenus, on est dans un Etat de droit, et donc en droit, on n'a pas le pouvoir de demander ce remboursement des 15 millions d'aides. En revanche, c'est ce que j'ai dit, on va les faire payer pour les salariés, pour le site et pour la ré-industrialisation du bassin. Ça, monsieur POUTOU peut compter sur la détermination du gouvernement, et je le dis, il y a des dossiers industriels qui ne se passent pas bien, comme celui-là, mais il y a aussi des dossiers industriels où on a obtenu des résultats, je pense aux 120 emplois sauvés dans la Creuse, chez GM&S, je pense à WILLIAM SAURIN et à ses 1.500 emplois, je pense aux poulets DOUX et aux 900 emplois ; il y a aussi des entreprises où on arrive à trouver des solutions avec l'accompagnement de l'Etat, et je le dis aussi, des collectivités locales. Les métropoles, les régions jouent leur rôle, la région est un pilote de l'activité et du développement économique dans un territoire, et les régions ont aussi un rôle important dans ces dossiers industriels sensibles.

MARC FAUVELLE
Autre sujet, Benjamin GRIVEAUX, ça fait presque une semaine que la France connaît un pic de pollution dans plusieurs régions, et pourtant, il ne se passe rien ou pas grand-chose, écoutez ce qu'en dit l'adjoint aux transports à la Mairie de Paris, qui vous interpelle.

CHRISTOPHE NAJDOVSKI, ADJOINT A LA MAIRE DE PARIS, CHARGE DES TRANSPORTS
On peut avoir le sentiment aujourd'hui que les autorités de l'Etat, à savoir la préfecture de police pour l'Ile-de-France, jouent en quelque sorte à la montre, le temps que l'épisode de pollution passe, et puis, finalement, on considère que, eh bien, les conditions ne sont plus réunies pour qu'on doive prendre des mesures restrictives.

MARC FAUVELLE
Christophe NAJDOVSKI, l'adjoint au maire de Paris, chargé des Transports. Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas de mesures de restriction de circulation ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, d'abord face à la pollution, parce que tout le monde considère qu'effectivement, on respire un peu moins bien, qu'on tousse un peu depuis une semaine, et qu'il y a un épisode de pollution aux particules fines qui est important, qui est avéré. C'est le préfet qui décide de prendre des mesures après…

MARC FAUVELLE
Le préfet qui obéit aux ordres que lui donne le gouvernement…

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, non, attendez, oui, mais ce n'est pas le gouvernement qui, au doigt mouillé, va décider, le préfet, il prend ses décisions suite à quoi ? Un comité d'experts, des gens qui mesurent, dont c'est le métier…

MARC FAUVELLE
Ils ne se sont pas réunis encore, ces experts ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Qui ne font pas de la politique le matin à la radio pour vous expliquer que le gouvernement ne fait pas assez, quand monsieur NADJOVSKI est adjoint aux transports depuis près de cinq ans à la ville de Paris, et où manifestement, il n'a pas pu empêcher les pics de pollution aux particules fines, malgré…

MARC FAUVELLE
Les experts ont estimé, Benjamin GRIVEAUX, qu'il n'y avait pas assez de pollution ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, ils ont estimé qu'il y avait de la pollution, et donc le préfet n'a pas rien fait, contrairement à ce que dit monsieur NADJOVSKI, il fait de la mauvaise… honnêtement, c'est de la mauvaise polémique. Il fait de la mauvaise polémique. Il y a eu des restrictions sur des vitesses, il y a eu une restriction sur l'utilisation des transports, il y a eu une limitation sur la vitesse. C'est fait par un comité d'experts, c'est fait par un autre comité, où siège qui ? Les élus, et donc les élus de la ville et les élus de la région. Et moi, je vais vous dire, la question, ce n'est pas seulement de savoir si la circulation, elle doit être alternée dans Paris, la question, elle est aussi de se poser à la bonne échelle de ce type de décision, et c'est évidemment la petite couronne, ça n'est pas qu'à l'intérieur du périphérique, parce que…

MARC FAUVELLE
A quoi sert la petite vignette Crit'Air qu'on a fait installer, je ne parlais pas de Paris…

BENJAMIN GRIVEAUX
J'ai une nouvelle… mais vous m'interrogez, c'est un adjoint au maire de Paris qui m'interroge…

MARC FAUVELLE
A quoi sert la petite vignette Crit'Air qu'on a fait installer aux Français sur le pare-brise ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je dis aux Français simplement, je réponds simplement que sur ces sujets, pas de mauvaises polémiques, pas de mauvaises polémiques, il y a des décisions qui sont prises, non pas sur des intentions, mais sur des choses qui sont mesurées de manière scientifique par des experts et auxquelles participent notamment Airparif. Donc franchement, il faut faire ça de manière sereine, la pollution, et la lutte contre la pollution atmosphérique, ça doit dépasser les clivages politiques, échapper à la petite politique politicienne de bon matin, et faire en sorte qu'on y arrive ensemble. Et puis, nouvelle pour monsieur NADJOVSKI, la pollution ne s'arrête pas au périphérique, et donc quand on prend…

MARC FAUVELLE
Ça, ça n'avait échappé à personne…

BENJAMIN GRIVEAUX
Des décisions dans Paris…

MARC FAUVELLE
Et même en dehors de la région parisienne, il paraît…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça impacte, ça impacte les habitants de la petite couronne, et donc, il faut arrêter de se comporter de manière égoïste, et il faut qu'on pense que lorsqu'on prend des décisions dans Paris, ça impacte tout le monde, et avoir déplacé la pollution du centre de Paris vers les grands boulevards, et vers notamment l'Est de Paris, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur service rendu pour la qualité de l'air à Paris.

MARC FAUVELLE
On a presque l'impression d'entendre quelqu'un qui serait candidat à la mairie de Paris, mais ça, en posera la question tout à l'heure, Benjamin GRIVEAUX…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, vous m'avez interrogé, moi, je réponds sur la question de la pollution à Paris, mais je suis prêt à répondre à Lyon, j'ai entendu qu'il y avait d'autres collectivités où la question se posait.

///

MARC FAUVELLE
Le porte-parole du gouvernement, Benjamin GRIVEAUX, est l'invité de France Info jusqu'à 09h00. Renaud DELY.

RENAUD DELY
En Algérie, Benjamin GRIVEAUX, les manifestations se succèdent depuis plusieurs jours, aujourd'hui ce sont les étudiants qui vont manifester contre la perspective d'un cinquième mandat d'Abdelaziz BOUTEFLIKA. Est-ce que la situation en Algérie aujourd'hui vous inquiète ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a des élections qui vont se tenir en Algérie le 18 avril prochain. Nous formons, nous, le voeu qu'elles se passent dans les meilleures conditions, que le débat puisse se tenir de manière sereine et calme, mais on entend aussi l'envie de débattre, et qu'au fond ces élections puissent permettre à chacun, en Algérie, et bien d'exprimer ses envies et ses espoirs pour l'avenir de l'Algérie.

RENAUD DELY
Ces élections elles peuvent être crédibles, à vos yeux aujourd'hui ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, moi je n'ai pas à juger de la crédibilité ou pas des élections. Il y a un processus électoral qui est engagé, et je souhaite qu'il puisse se tenir dans les meilleures conditions.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous soutenez l'élan démocratique des manifestants ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, vous imaginez bien qu'en tant que membre du gouvernement, je n'ai certainement pas à m'exprimer sur une élection…

MARC FAUVELLE
On a vu des leaders étrangers, italiens en l'occurrence, venir soutenir des gilets jaunes en France, le porte-parole du gouvernement pourrait avoir un avis sur un mouvement en Algérie.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais vous aurez noté que nous ne sommes pas exactement, nous ne nous comportons pas de la même manière que les membres du gouvernement italien, qui viennent soutenir et faire de l'ingérence, moi il n'est pas du tout…

MARC FAUVELLE
Vous n'avez pas un mot pour saluer les manifestants algériens ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, ce n'est pas la question, la question c'est : est-ce qu'on souhaite que l'élection puisse se tenir dans les meilleurs conditions, la réponse est oui. Est-ce qu'on entend les aspirations de la jeunesse algérienne, qui va défiler aujourd'hui ? Oui, il y a des aspirations à pouvoir bâtir un avenir dans des conditions sans doute meilleures qu'elles n'ont connues jusqu'à présent, mais ça c'est l'aspiration d'un peuple, c'est un rendez-vous important, démocratique, qui se tiendra le 18 avril, et on souhaite que ces élections puissent d'abord connaître un fort taux de participation et puissent permettre une expression libre de l'élan démocratique en Algérie.

RENAUD DELY
Vous souhaitez que ces élections se déroulent dans les meilleures conditions, ce que vous venez de dire, aujourd'hui vous n'avez aucune raison d'en douter, vous avez confiance dans ce processus.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, aujourd'hui je n'ai pas de raison d'en douter.

RENAUD DELY
Pas de raison de douter que ces élections soient libres et démocratiques et parfaitement libres.

BENJAMIN GRIVEAUX
Je n'ai pas de raison d'en douter et à nouveau, en tant que membre du gouvernement, il n'est pas question que je porte un jugement sur le processus électoral dans un pays.

MARC FAUVELLE
Et on peut être candidat à 81 ans, candidat à un 5ème mandat, au pouvoir depuis 20 ans, fragilisé par un AVC, sans qu'il y ait de doute de la France ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, à nouveau vous ne trouverez aucune prise de position du gouvernement là-dessus, ce serait de l'ingérence, ce serait mal vécu, et donc il n'est pas question que je me livre à cela ce matin, à votre micro.

RENAUD DELY
On va évoquer la politique française, Benjamin GRIVEAUX. Est-ce que vous avez lu ou est-ce que vous allez lire, le pamphlet que François RUFFIN consacre à Emmanuel MACRON, un livre qui s'intitule « Ce pays que tu ne connais pas » ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non.

RENAUD DELY
Pourquoi ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que d'abord il est très prévisible François RUFFIN, dans ses attaques, et c'est par un pamphlet, le pamphlet c'est BOSSUET dans la littérature française, je ne suis pas sûr que François RUFFIN laissera un souvenir impérissable à la littérature. Et puis je vais vous dire, quand on a beaucoup de haine, je ne crois pas que ce soit bonne conseillère en politique. Il faut faire ça... et s'engager dans la voie que nous avons choisie, les uns et les autres, François RUFFIN au Parlement, pour l'intérêt général.

RENAUD DELY
Il exprime de la haine, à vos yeux, François RUFFIN, à l'endroit d'Emmanuel MACRON ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, bien sûr. Il faut le faire. Vous savez, la haine n'est jamais quelque chose qui permet de guider le responsable politique vers d'abord la défense de l'intérêt général, et puis vers le calme l'apaisement que je crois appelle le pays dans la période. Donc nos concitoyens ils sont en colère, ils sont impatients, ils sont parfois inquiets, Ils sont parfois angoissés, mais la haine, je la laisse aux extrêmes, François RUFFIN en fait partie. Donc qu'il déverse sa haine à longueur de pages, mais enfin, je ne compte pas acheter ce livre et encore moins le lire.

MARC FAUVELLE
François RUFFIN décrit la politique économique d'Emmanuel MACRON, l'homme Emmanuel MACRON et le physique d'Emmanuel MACRON. Je voudrais vous citer un passage Benjamin GRIVEAUX. « Votre tête – il s'adresse au chef de l'Etat – ne me revient pas, c'est physique, c'est viscéral, je ne m'en vante pas, au contraire ». Pourquoi est-ce qu'il écrit ça, et est-ce qu'il y a des Français qui pensent la même chose ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je ne suis pas là pour faire la psychanalyse de François RUFFIN, mais…

MARC FAUVELLE
Il en aurait besoin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Voilà, je vous laisse ces propres mots. Très franchement, je pense que ça n'intéresse à peu près personne.

MARC FAUVELLE
Il ne vous l'a pas envoyé le livre, de toute façon.

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, je ne suis pas certain qu'il me le dédicacera, et très franchement, je ne suis pas demandeur. J'ai d'autres lectures en prévision.

RENAUD DELY
Emmanuel MACRON, justement, il a participé, c'était le lundi 18 février, à une maraude avec le Samu social, il est allé à la rencontre des SDF, ça c'est une visite qui se voulait sans journalistes, et puis des photos de cette visite ont été diffusées par la photographe officielle de l'Elysée. Pourquoi faire de la communication sur une visite qui se voulait justement sans journalistes ? Pourquoi un tel coup de com ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord ce n'est pas un coup de com, je ne suis pas sûr que ce soit ça, ce à quoi les Français pensent le matin en se réveillant. C'était important de marquer l'attention du président de la République à l'endroit des personnes qui sont les plus fragiles dans notre société, et ce n'est pas qu'un coup de com, pour une raison simple, c'est que nous sommes passés de…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas qu'un coup de com…

RENAUD DELY
Ce sont des photos quand même posées, on voit le président, on voit le président avec un blouson de cuir, en jean, posant, tel qu'on ne le voit pas d'ordinaire.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça n'est pas un coup de com, moi ce que j'aimerais, Renaud DELY, c'est que vous ne me parliez pas de ces photos, puisqu'on n'est pas sur de la com…

RENAUD DELY
C'est l'Elysée qui les a diffusées, c'est la photographe de l'Elysée.

BENJAMIN GRIVEAUX
... On parle de choses sérieuses, mais ce que j'aimerais moi, c'est que vous ayez retenu qu'on avait 136 000 places d'hébergement d'urgence, on en a 150 000, soit 14 000 de plus, c'est au fond ça qui est le plus intéressant dans le débat qu'on a, c'est qu'on y consacre 2 milliards d'euros, c'est qu'on a mis dans le plan pauvreté 5 millions d'euros de plus sur les maraudes le soir. C'est ça je crois qui est le plus intéressant plutôt que le commentaire, commentaire, commentaire du commentaire d'une photo.

RENAUD DELY
Et ce n'est pas ce que l'Elysée a communiqué, c'est ça qui est surprenant.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, mais moi, en tant que porte-parole du gouvernement, ce sont les moyens qu'on y consacre, qui ont été votés et qui sont déployés, 5 millions d'euros supplémentaires pour les maraudes la nuit, parce qu'il est insupportable d'avoir encore des gens qui dorment la nuit dans les rues de nos grandes villes, d'avoir des enfants et des femmes, et tout ce qui doit être mis en oeuvre par l'Etat, par les collectivités, pour lutter contre cela, doit être fait, que le président de la République ait participé à une maraude, très franchement j'en suis plutôt fière.

RENAUD DELY
C'est insupportable, vous le disiez, et on se souvient qu'en campagne le candidat MACRON avait promis qu'il n'y aurait plus de SDF à la fin de l'année 2017.

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, et nous n'avons pas réussi à tenir cette promesse. La différence peut-être avec avant, c'est qu'on le reconnaît quand on n'arrive pas à tenir les choses. On a fait, on envisage 40 000 logements très sociaux de plus par an, et à nouveau on a augmenté, on est passé de 136 000 à 150 000 hébergements d'urgence cet hiver, donc c'est 14 000 de plus, c'est 10 % de plus, 5 millions sur les maraudes en plus. Voilà, on n'a pas tout réussi, on a progressé, pas suffisamment, et à nouveau tant qu'on aura des gens qui dormiront dans les rues de Paris et d'ailleurs, ce sera insupportable et ce sera un combat du quotidien, c'est ce que le président de la République a témoigné par ce déplacement.

MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, France Info a révélé ce matin l'existence d'une note signée du procureur de la République de Paris, et qui demande des consignes de sévérité en ce qui concerne les gilets jaunes, il demande notamment que les gilets jaunes qui sont placés en garde à vue les jours de manifestations, restent jusqu'au soir, même s'il n'y a aucune charge retenue contre eux, pour être sûr qu'ils ne vont pas manifester ensuite et rejoindre les cortèges. Est-ce que ce sont vos consignes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, je découvre la note dont vous me parlez, donc je n'ai pas l'habitude de commenter un document dont je n'ai pas connaissance.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il y a eu des consignes de fermeté particulière, suite aux différentes manifestations ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Il y a des consignes de fermeté qui ont été données, mais à l'occasion de l'ensemble des manifestations, pas spécifiquement contre les gilets jaunes, vous le savez, vous êtes en France, et nous avons connu des épisodes de violence nombreux, depuis de nombreux week-ends, mais qui faisaient suite aussi à des épisodes importants, il y a eu des violences terroristes ces dernières années, et donc il y ait des consignes de sévérité particulières qui aient pu être données à certains moments, pour rétablir l'ordre public, parce que vous aviez dans certaines manifestations des personnes qui s'y rendaient avec l'intention ferme de piller, de voler, de brûler, de violenter, je dirais même de tuer les forces de l'ordre, eh bien qu'il y ait des consignes de sécurité ça ne me choque pas. N'ayant pas eu connaissance du document que vous mentionnez, il m'est difficile de le commenter plus avant.

MARC FAUVELLE
Benjamin GRIVEAUX, vous restez avec nous, on s'interrompt le temps du rappel de l'actualité à 09h10, et on poursuit cet entretien juste après.

///

Benjamin GRIVEAUX, le Brexit approche à grands pas, en tout cas, sa date théorique, c'est dans un mois. Est-ce qu'il faut repousser cette date ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non, il ne le faut pas. Nous avons pris les mesures en France en cas de Brexit comme on dit sans accord avec un no deal. Différentes ordonnances ont été prises depuis maintenant de nombreuses semaines en Conseil des ministres, et j'ai eu l'occasion d'en faire état concernant différents sujets, la question des douanes, la question du tunnel sous la Manche, bref, l'ensemble des dispositions pour faire en sorte que le lendemain du Brexit, eh bien, les entreprises françaises, les salariés, les Français qui vivent en Grande-Bretagne, les britannique qui vivent en France, nos entreprises qui commercent avec la Grande-Bretagne puissent poursuivre leurs activités dans les meilleures conditions.

MARC FAUVELLE
Donc on ne fera pas de cadeau à Theresa MAY, on ne renégocie pas une partie de l'accord, ce qui est écrit est gravé dans le marbre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais l'accord, il a été négocié âprement, longuement, il y a un accord des 27, ce n'est pas un pays qui imposera aux 27 autres ses conditions, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Et donc partant de là, nous, on est évidemment attentifs, c'est un grand partenaire, la Grande-Bretagne, et ça restera un partenaire après le Brexit, nous continuerons à avoir – et c'est heureux – des relations commerciales, financières économiques, humaines, universitaires, culturelles avec la Grande-Bretagne, mais ils ont fait un choix, le choix de quitter l'Union européenne, peut-être ne l'ont-ils pas suffisamment préparé, peut-être ceux qui ont défendu la sortie de l'Union européenne ont-ils menti au peuple britannique, il faut désormais en assumer les responsabilités.

RENAUD DELY
Alors, les élections européennes, Benjamin GRIVEAUX, ce sera fin mai, tous les partis ou presque ont d'ores et déjà désigné leur tête de liste, pas encore La République En Marche, pourquoi et quel est le bon profil d'une tête de liste pour ces élections européennes à vos yeux ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Pourquoi, parce que nous, on préfère toujours, vous savez, le scénario au casting chez En Marche, on préfère toujours travailler à ce que nous allons mettre sur la table, ce que nous allons proposer, j'ai vu beaucoup de castings d'ailleurs, j'ai entendu assez peu de propositions pour le moment, nous, on fait l'inverse…

RENAUD DELY
Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de volontaires ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Non. Nous, on fait l'inverse, on a toujours fait ça dans le cadre de l'élection présidentielle, on a fait ça pour les élections européennes, et on fera ça pour les autres élections à venir, d'abord, on travaille à ce qu'on veut dire aux Français, à ce qu'on propose, à ce qu'on met sur la table, aux Français et aux Européens, parce qu'on ne va pas faire ça seuls, dans notre coin. Et ensuite, se posera la question, mais elle sera tranchée dans les semaines qui viennent…

RENAUD DELY
Quand ?

BENJAMIN GRIVEAUX
De la tête de liste, et pas que de la tête de liste. Parce qu'il y a la tête de liste, mais enfin…

MARC FAUVELLE
Il y en a 78 à trouver derrière…

BENJAMIN GRIVEAUX
Exactement, il y a 79 personnes qui vont porter les couleurs…

RENAUD DELY
Ce sera quand la tête de liste ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je crois que le délégué général de La République En Marche l'a dit, à la fin du mois de mars, et ce sera le bon moment. Il faut avoir quelqu'un qui puisse d'abord, et je vais vous dire, c'est souvent le critère qu'on a, nous, retenu, notamment lorsqu'on a fait le choix pour nos candidats aux élections législatives. Le critère de la compétence. La question européenne, c'est une question trop sérieuse pour la laisser à des gens qui ignorent tout du fonctionnement des institutions communautaires, qui racontent n'importe quoi, et on en a eu encore des exemples récents sur la question du fonctionnement de ces institutions, et sur le rôle de l'Europe, nous, on veut des gens qui puissent le lendemain de l'élection prendre des positions importantes dans les différentes commissions au Parlement européen, et défendre les intérêts français à Bruxelles…

MARC FAUVELLE
Ça peut être un ministre ?

RENAUD DELY
Par exemple…

MARC FAUVELLE
Pardon, ça peut être un ministre ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce n'est pas moi qui fais le casting, je laisse…

RENAUD DELY
Vous évoquiez les compétences européennes, par exemple, la ministre aux Affaires européennes, Nathalie LOISEAU ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je vous confirme que la ministre des Affaires européennes est compétente sur les affaires européennes…

RENAUD DELY
Vous me rassurez…

MARC FAUVELLE
Elle serait une bonne candidate…

RENAUD DELY
Elle ferait une bonne candidate selon votre…

BENJAMIN GRIVEAUX
Ça n'est pas à moi de faire le casting. Et donc ne comptez pas sur moi pour rentrer dans ce petit jeu…

MARC FAUVELLE
Emmanuel MACRON a déjà son nom en tête ou pas encore ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais, il faudrait lui demander.

RENAUD DELY
C'est lui qui décide donc…

MARC FAUVELLE
On l'invite régulièrement…

RENAUD DELY
C'est bien lui qui décidera.

BENJAMIN GRIVEAUX
C'est le délégué général de la République En Marche qui a mis en place une commission d'investiture qui est présidée par Jean-Marc BORELLO, c'est cette commission d'investiture qui désignera les candidats et les candidates à l'élection européenne.

RENAUD DELY
Est-ce qu'Emmanuel MACRON a déjà en tête le nom de son candidat pour la mairie de Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Vous pourrez à nouveau lui poser la question.

RENAUD DELY
Le calendrier, ce sera quand ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, nous, j'ai beaucoup entendu que ça a accélérerait…

RENAUD DELY
Avant les européennes, ce sera avant les européennes ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Je ne sais pas si ce sera avant ou juste après les européennes. Je ne suis pas sûr que ça change fondamentalement la donne, moi j'ai dit et j'ai déjà eu l'occasion de le dire à maintes reprises, que je dirais mon souhait au printemps, le printemps approche, les beaux jours sont presque déjà là, si j'en crois les températures ce matin…

MARC FAUVELLE
On y est presque au printemps, vous pourriez le dire ce matin…

BENJAMIN GRIVEAUX
Et donc le printemps approche, mais jusqu'à preuve du contraire, je crois qu'il commence le 21 mars pour se terminer le 21 juin.

RENAUD DELY
Qu'est-ce qui pourrait encore vous empêcher d'être candidat à la mairie de Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Mais si je n'ai pas un projet innovant, qui s'intéresse au quotidien des Parisiens, et que je sois en capacité de le porter collectivement, c'est sans doute seulement cela qui pourrait faire en sorte que moi ou des autres d'ailleurs, ne portent pas de projet. Si la République En Marche n'a pas un projet très innovant pour les Parisiennes et les Parisiens, qui dit aussi quelque chose aux territoires qui sont limitrophes de Paris, qui fait tomber cette barrière physique qu'est le périphérique, au moins dans les esprits, qui s'interroge sur la manière dont on peut diriger la vie différemment, sur comment est-ce qu'on approche la décision de nos concitoyens, comment est-ce qu'on renforce les pouvoirs des maires d'arrondissement, comment est-ce qu'on remet de la confiance dans la ville, comment est-ce qu'on réconcilie les Parisiens entre eux, entre quartiers, contre entre arrondissements ? Si on n'a pas les clefs pour dire aux Parisiens comment on va faire cela, il ne faut pas présenter de candidature. Ma conviction c'est que le projet que nous sommes en train de travailler de manière très collective, permettra cela, et à partir de là on choisira la bonne personnalité pour porter ces idées.

MARC FAUVELLE
Et si cette personnalité est ministre, il ou elle devra immédiatement quitter le gouvernement dès son annonce de candidature ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Moi j'ai dit que le jour, où si je devais annoncer ma candidature à la candidature, je quitterai le gouvernement, parce qu'il faut être très clair, on s'y consacre pleinement, on ne fait pas deux choses en même temps, même si on est des gens très occupés, qui travaillons beaucoup, moi je ne sais pas faire deux choses en même temps.

MARC FAUVELLE
Donc vous ne savez pas ce matin si vous serez encore ministre dans un mois.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ce que je vous dis, c'est que si je dois être candidat à la candidature, moi, en tout cas je démissionnerai.

MARC FAUVELLE
Ça c'est une règle qui vaut pour vous, pas forcément pour les autres ministres comme Mounir MAHJOUBI.

BENJAMIN GRIVEAUX
Ecoutez, c'est la règle que je m'applique à moi-même, et je laisse aux autres s'appliquer les règles qu'ils souhaitent déterminer.

RENAUD DELY
Pourquoi est-ce que vous avez rencontré récemment Bertrand DELANOË, l'ancien maire de Paris ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Parce que d'abord ça m'arrive de le faire à mainte reprise, et puis je le fais, c'est quelqu'un qui a marqué de son empreinte la ville de Paris.

MARC FAUVELLE
Il vous a dit d'y aller ?

BENJAMIN GRIVEAUX
D'abord, les conversations qui sont entre lui et moi restent entre lui et moi, et puis c'est important de rencontrer des gens qui ont exercé des mandats locaux à Paris, le maire de Paris, je rencontre aussi des élus de l'actuelle municipalité, de toutes sensibilités, parce que c'est une ville extrêmement complexe à diriger…

RENAUD DELY
Bertrand DELANOË, c'est une référence pour vous ?

BENJAMIN GRIVEAUX
Oui, c'est une référence en termes d'éthique, et je crois que dans la période, c'est une bonne chose de s'inspirer un peu de personnalités politiques qui dans leur comportement ont toujours montré un rapport à l'éthique particulier, et c'est le cas de Bertrand DELANOË.

MARC FAUVELLE
Et ce sera, Benjamin GRIVEAUX, le dernier mot ce matin. Merci beaucoup d'avoir été au micro de France Info ce matin.

BENJAMIN GRIVEAUX
Merci à vous.

RENAUD DELY
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 février 2019