Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à France Bleu Paris le 30 avril 2019, sur la relance du tourisme, notamment dans la perspective des Jeux olympiques de 2024.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat auprès du Ministre de l'Europe et des affaires étrangères

Circonstance : Séminaire gouvernemental, à l'hôtel de Matignon le 29 avril 2019

Prononcé le

Texte intégral

Q - Bonjour, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

Q - Hier, donc avec tous les autres ministres, vous étiez au séminaire gouvernemental pour mettre en musique les propositions d'Emmanuel Macron après le grand débat. Concrètement, pour vous, au ministère du tourisme, vous allez devoir faire quoi pour répondre à la crise des gilets jaunes ?

R - On a entendu, après ce grand débat national qui va bien au-delà des gilets jaunes où les Français se sont exprimés massivement, une demande de proximité dans les services publics, une demande aussi de pouvoir d'achat, de lutte contre les injustices et de ce point de vue-là, au ministère du tourisme, nous voulons travailler sur le fait de permettre à plus de personnes de partir en vacances parce que, on le voit, il y a parfois des colonies de vacances qui se sont arrêtées, il y a des infrastructures qui sont en déshérence. On a besoin d'avoir plus que deux tiers des Français qui partent en vacances. Notamment, nos jeunes, relancer les classes vertes, les classes de ski, et donc, nous avons missionné avec le Premier ministre, Pascale Fontenel-Personne, une députée de la Sarthe, pour travailler avec toutes les associations, avec l'Unat, etc, et faire des propositions d'ici quelques mois pour un comité interministériel du tourisme. Je crois qu'offrir des vacances à tout le monde c'est un bel objectif.

Q - Vous avez de l'argent pour le faire ?

R - Là-dessus, il y a déjà de l'argent qui est mis en place, mais il faut regarder s'il est bien utilisé, si on peut peut-être améliorer la façon dont cet argent donne des résultats. C'est donc l'objet de cette mission, je ne peux pas me prononcer avant qu'elle rende ses travaux. Effi c'est la nouvelle marque de fabrique de cette nouvelle étape du quinquennat. C'est faire ça avec les acteurs, avec les corps intermédiaires, avec les élus. C'est vraiment une méthode inclusive de la même façon que le président a souhaité que 150 citoyens soient tirés au sort pour pouvoir apporter des idées très concrètes sur, par exemple, les aides, la transition écologique.

Q - La concertation, donc.

R - Exactement.

Q - On va revenir au tourisme en Ile de France, Jean Baptiste Lemoyne. Je vais laisser la parole au patron d'une brasserie de luxe, près de Montparnasse. Demain, il doit encore baisser le rideau à cause de la manifestation du 1er mai et là, il n'en peut plus.

Q - Quatre mois et demi, cinq mois de gilets jaunes, la ville est prise en otage. Aujourd'hui, en termes de business, on est comme après le Bataclan, on est à moins 30 %. Quand vous voyez, au niveau international, vous avez envie de partir avec votre épouse de partir en voyage à Paris ? On ne vient pas, c'est tout, ce n'est pas possible. Il n'y a pas de clientèle étrangère, de tout l'hiver.

Q - Comment on fait pour redonner envie aux touristes de venir à Paris, en Ile-de-France ?

R - D'abord, je rebondis sur le témoignage et je l'ai dit. C'est insupportable de voir des gens chaque samedi, des casseurs s'en prendre à l'outil de travail de milliers et de milliers de travailleurs parisiens, franciliens et partout en France. Parce que le tourisme c'est créateur d'emploi de façon massive. Sur un an, ça a créé près de 20.000 emplois, comme secteur. Et donc, on le voit, ce sont des gens qui, du coup, sont obligés de mettre en chômage technique etc... Face à cela, il y a naturellement un dispositif policier qui va être mis en place. D'ailleurs, Christophe Castaner annoncera les mesures pour le 1er mai, pour demain. Et puis, ce que je peux vous dire, c'est que, à l'étranger, nous sommes totalement mobilisés pour redonner des couleurs à la destination "France" à la destination "Paris", en travaillant avec Jean-François Martins, l'adjoint au maire de Paris, avec l'OTCP naturellement, avec la région Ile-de-France, et, il ne faut pas fanfaronner, mais après une fin d'année 2018 qui a été compliquée, où on a vu une baisse des recettes, où on a vu une baisse du revenu par chambre hôtelière, eh bien, il y a quelques premiers signaux qui sont à nouveau intéressants, des réservations aériennes internationales à destination de Paris qui sont en légère hausse, enfin, des réservations sur le mois d'avril qui sont en croissance, à Paris, de l'ordre de 15% pour l'hôtellerie.

Q - Cela veut dire que cela remonte, parce que jusqu'ici on était plutôt en baisse.

R - On est bien d'accord, depuis décembre jusqu'à mars-avril on a connu une baisse des arrivées internationales, on a connu une baisse des réservations hôtelières, même si nous restions au-delà des chiffres de 2017, mais 2018 était une année record, et je rebondis sur le témoignage, il est vrai que nous avons subi des dommages qui peuvent s'apparenter à ceux qu'on a connus après les terribles attaques de 2015 et de 2016.

Q - Bataclan, les attentats.

R - Aujourd'hui, il y a tout un travail de marketing, de communication. On va rassurer les clientèles, notamment asiatique ou américaine, qui ont besoin de sécurité, en expliquant que tout cela est quand même très contenu dans le temps, dans l'espace, que les musées fonctionnent, que les transports fonctionnent, bref, que la destination est prête à les accueillir.

Q - L'incendie de Notre-Dame, c'est aussi un coup dur pour le tourisme en Ile-de-France, 14 millions de visiteurs par an, quelle solution alternative vous allez proposer ?

R - Quand ce drame est arrivé, j'étais moi-même au fin fond de l'Asie centrale et j'ai reçu le témoignage, pour vous dire, en Ouzbékistan, dans des communes, de gens qui ont été bouleversés. C'est dire quelle est la portée universelle de Notre-Dame et je crois qu'à travers le chantier de reconstruction, peut-être, l'occasion de montrer nos métiers d'art, nos savoir-faire. Vous savez, je suis élu de l'Yonne, et on a le chantier médiéval de Guédelon, avec ce château, créé à la façon du Moyen-Âge, avec les méthodes du Moyen-Âge et cela attire des centaines de milliers de visiteurs. C'est peut-être une idée, je l'ai soumise au chef de l'Etat.

Q - Le chantier de Guédelon qui propose d'ailleurs ses services pour reconstruire Notre-Dame. Donc peut-être que l'Yonne et l'Ile-de-France vont marcher main dans la main pour tout ça. On a aussi un problème d'image, de réception du touriste en France, en Ile-de-France, on pense aux serveurs de café pas toujours très aimables. On a un gros travail, encore, à faire là-dessus en France, en Ile-de-France ?

R - Le gouvernement met le paquet sur tout ce qui est formation, formation continue, tout au long de la vie, parce que c'est comme ça que l'on reste au niveau. Attention, on a une grosse concurrence internationale en matière de tourisme, regardez l'Espagne, regardez l'Italie, et de ce point de vue-là on doit effectivement se former aux langues, toujours mieux se former à l'accueil et nous avons la chance d'avoir de grands événements sportifs internationaux qui seront accueillis par Paris et l'Ile-de-France, je pense notamment à la coupe du monde de foot féminine, dès le mois de juin,

Q - et les jeux olympiques de 2024,

R - et la coupe du monde de rugby en 2023, donc on a vraiment trois grands événements internationaux. A cette occasion, nous travaillons avec la ministre des sports, Roxana Maracineanu, pour déployer un vrai plan de formation, de montée en compétences, et puis aussi, il y aura des besoins de création d'emplois, c'est aussi l'occasion de mettre le pied à l'étrier pour de nombreux jeunes sur Paris et l'Ile-de-France.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne, d'avoir été avec nous sur France Bleu Paris, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat au tourisme.

R - Merci à vous.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 mai 2019