Déclaration de Mme Florence Parly, ministre des armées, sur le programme pour l'hébergement des militaires, à Carcassonne le 17 octobre 2019.

Intervenant(s) :

Circonstance : Lancement du programme pour l'hébergement des militaires au 3e RPIMa

Prononcé le

Texte intégral

Monsieur le préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Officiers, sous-officiers, caporaux-chefs, caporaux, marsouins parachutistes et agents civils du 3ème RPIMa,


M'adresser à vous aujourd'hui est tout particulier. Et je ne peux le faire sans commencer par avoir une pensée pour les victimes des tristes événements que vous avez commémorés il y a quelques jours.

Il y a un an, des pluies torrentielles s'abattaient sur le département de l'Aude, dans vos rues, à Carcassonne, à Limoux et à Trèbes. Très vite, des centaines d'habitants se retrouvent piégés par les eaux, les inondations dévastent tout sur leur passage. Il y a un an, vous n'avez écouté que votre courage. Dès les premières heures, vous avez été présents. Vous vous êtes précipités pour porter secours aux vôtres. Et au milieu de l'effroi du drame, vous êtes devenus une lueur d'espoir, un espoir placé en votre excellence et en votre dévouement.

Votre initiative des premiers instants a été déterminante. Vous avez sauvé des vies. Vous avez réuni des familles. Les jours suivants, en appui des forces de l'ordre, vous avez rassuré les habitants.

A Carcassonne, à Trèbes, comme au Levant ou au Sahel, vous vous donnez corps et âme pour la France. Dans vos missions, dans les succès comme dans les épreuves, la France sait votre force, votre inépuisable sens du service. Elle sait qu'elle peut compter sur vous.

Et compter sur vous, c'est aussi agir pour vous. Vous vous battez pour la France, nous devons nous battre pour vous. Vous prenez soin des autres, nous devons prendre soin de vous. Soyez assurés que j'ai fait de ces principes ma raison d'agir.

Car si j'ai accepté la mission que le Président de la République et le Premier ministre m'ont confiée, si j'ai choisi de servir comme ministre des Armées, c'est animée par une ambition, guidée par un objectif : changer la vie.

Changer vos vies. Améliorer vos conditions d'engagement, me battre pour votre quotidien et celui de vos familles. Nous avons fait du chemin depuis 2 ans : nous avons amélioré les délais et allégé les contraintes dues aux mutations, créé des places en crèches, nous avons revu notre partenariat avec la SNCF pour permettre aux familles de se déplacer à moindre coût. Nous avons aussi engagé une modernisation majeure de nos équipements et nous serons prêts à entrer dans l'ère du combat collaboratif. Et si je le mentionne, c'est parce que vous serez à l'avant garde de ce mouvement : dès 2020, vous serez le premier régiment Scorpion de la 11e brigade parachutiste grâce à l'arrivée des nouveaux Griffons.

Nous avons donc fait du chemin, mais nous le savons, la route est encore longue. Il y a encore beaucoup de travail pour tenir les promesses de la loi de programmation militaire « à hauteur d'homme » ; celle qui répare et qui prépare.

Depuis 2 ans, j'ai la chance de sillonner la France à la rencontre de vos frères d'armes. Depuis 2 ans, je me rends dans les garnisons, les régiments et les unités. Je vois les bâtiments fissurés par le temps, je vois les infrastructures dégradées par les années, les équipements désormais dépassés. Et j'écoute aussi. J'écoute les militaires raconter leur quotidien en régiment. Je me souviens des marsouins du RICM de Poitiers et de leurs douches froides, je me souviens des chasseurs alpins du 27e BCA dans une caserne aux bâtiments décrépis, dont la rénovation des chambres était prévue après celle de la zone technique du régiment.

Trop longtemps, l'entretien et la rénovation de vos espaces de vie et de repos ont été sacrifiés. Par manque de moyens, par manque d'attention, par négligence aussi, à coup de phrases comme « ça peut encore tenir 5 ans ». C'est comme cela qu'on en arrive très rapidement à des décennies d'inaction et je vais vous livrer mon interprétation de cette situation : quand on n'avance pas, et bien cela veut dire qu'on recule.

Ce n'est pas de cette gestion que je veux pour nos armées. Ce n'est pas de ce quotidien que je veux pour nos soldats.

Dans l'armée de terre et ici, au 3e RPIMa, votre lieu de travail est aussi votre espace de vie. Mais cela ne doit pas dire que vous devez vous sentir en permanence au travail. Vous méritez d'avoir un « chez vous » ici, au sein du régiment. Vous méritez des chambres plutôt que des dortoirs. Des douches chaudes plutôt que des filets d'eau froide. De l'intimité, plutôt que de la promiscuité – ce qui n'empêche pas la cohésion, au contraire.

Un premier effort a été fait dans le cadre de la remontée en puissance de la force opérationnelle terrestre à partir de 2015. Et c'est cela que nous avons inauguré ce matin. Mais il fallait aller plus loin. Et c'est pourquoi j'ai décidé d'accélérer les choses. Une armée du XXIe siècle qui veut être à la hauteur des enjeux de demain ne peut pas vivre dans les logements délabrés d'hier. La force au combat repose sur le moral des soldats ; et le moral, repose sur la qualité des conditions de votre engagement, sur la qualité de votre hébergement, à commencer par vos chambres.

Ces nouvelles chambres, c'est permettre à chacune et chacun de disposer de son espace personnel. C'est une chambre conçue pour 4 jeunes militaires avec des douches privées. La chambre, même collective pour les plus jeunes, c'est un lieu de détente, un espace où l'on doit pouvoir se sentir un peu chez soi, profiter de son temps libre. Ce sont aussi des studios équipés à destination des cadres célibataires et des cadres que les mutations ont conduit à faire le choix du célibat géographique pour ne pas déstabiliser leur famille ou priver leur conjoint de son emploi.

Vous l'aurez compris, ce n'est pas une solution d'urgence décidée à la hâte et sans lendemain. C'est une opération de long terme que nous engageons au profit de nos trois armées, l'incarnation même d'une loi de programmation militaire qui répare. Pour cela, nous avons revu à la hausse notre effort budgétaire en faveur de l'hébergement : c'est un investissement d'1 milliard d'euros sur la LPM, jusqu'en 2025 pour construire ou rénover entièrement plus de 25 000 chambres. Je salue ici l'engagement du service d'infrastructure de la défense qui met ses grandes compétences au service de cette ambition comme il l'a démontré ici à la caserne Laperrine. Et je souhaiterais plus largement remercier les services du secrétariat général pour l'administration et la direction du patrimoine, de la mémoire et des archives associés au SID qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour que le programme voie le jour. Et je sais que la secrétaire générale pour l'administration, aura à coeur de s'assurer d'une parfaite exécution de ce programme inédit qui doit vous offrir toutes les conditions d'un repos de qualité.

Alors je sais, vous êtes des marsouins. Vous êtes des paras. Vous ne demandez « pas le repos, ni la tranquillité, ni celle de l'âme, ni celle du corps. » Mais justement. Parce que vous dormirez peu en opération, le sommeil est essentiel à votre préparation opérationnelle.

Et j'en suis convaincue : un soldat qui dort bien est un soldat qui combat bien. Sommeil de plomb, soldat d'acier, c'est bien ce qu'il faut pour « être et durer ». Et je dis cela avec une pensée toute particulière pour celles et ceux d'entre vous qui partez dès 2020 en OPEX, en Irak, au Sahel ou encore en Côte d'Ivoire, aux côtés de vos frères d'armes de la 11ème brigade parachutiste.

Et partout, vous ferez honneur au béret rouge des marsouins parachutistes. Vous ferez honneur à notre pays, honneur à nos valeurs. Dans tous les engagements, dans tous les combats, la France sait pouvoir compter sur ses soldats. La France sait pouvoir compter sur le 3.


Vive la République ! Vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 24 octobre 2019