Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances, à France 2 le 24 octobre 2019, sur Thierry Breton, les frais bancaires, le Brexit et le prix des produits agricoles.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Temps de lecture 9 minutes

Texte intégral

DAMIEN THEVENOT
Vous recevez ce matin Agnès PANNIER-RUNACHER.

JEFF WITTENBERG
Agnès PANNIER-RUNACHER, qui est secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie et des Finances.

JEFF WITTENBERG
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER, merci d'être avec nous ce matin. On l'a appris il y a quelques minutes, Thierry BRETON, l'ancien PDG de FRANCE TELECOM, l'ancien ministre de l'Economie et l'actuel président de la société ATOS, va être proposé par la France, par Emmanuel MACRON, au poste de Commissaire européen. J'imagine que pour vous c'est un bon choix. Comment peut-on l'expliquer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est le choix de l'expérience, c'est le choix aussi de la compétence, puisque vous avez à la fois un profil politique, il a été 2 ans ministre de l'Economie et il couvrait l'ensemble de l'industrie. Il a été dirigeant d'entreprise, sur des sociétés technologiques, vous avez cité FRANCE TELECOM, THOMSON, ATOS encore récemment, et cette grosse expérience va pouvoir être mise au profit d'une politique industrielle ambitieuse, et c'est très exactement ce que nous poussons, nous, au niveau de la France.

JEFF WITTENBERG
La France, dans cette affaire, sort d'une grosse mésaventure avec le retoquage de la candidature de Sylvie GOULARD, cette fois il n'y a aucun risque ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne vais pas me prononcer à la place du Parlement, ça serait très présomptueux, mais effectivement ce point a été discuté avec Ursula VON DER LEYEN, et je crois que l'objectif c'est d'avoir la meilleure Commission européenne possible, pour pouvoir derrière adresser tous les défis que nous avons, et en matière de politique industrielle, il y a beaucoup de travail, donc moi je suis ravie parce que maintenant j'ai un interlocuteur extrêmement solide.

JEFF WITTENBERG
Autre sujet d'actualité ce matin, le magazine 60 millions de Consommateurs, avec d'autres associations, pointe du doigt les banques qui n'ont pas respecté les engagements que leur avait demandé le gouvernement dans la suite du mouvement des Gilets jaunes, à savoir de ne pas faire excéder les frais d'incidents bancaires au-delà de 25 € par mois, apparemment cette promesse n'est pas tenue par un grand nombre de banques. Comment réagissez-vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord selon nos chiffres, elle est tenue pour près d'un million de Français, ce qui fait quand même un nombre considérable. Vous savez que vous avez 3,4 millions de Français qui sont en situation de fragilité financière, et nous, nous avons…

JEFF WITTENBERG
Donc il en reste 2,5 millions qui ont des problèmes.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ils sont en-dessous des 25 €, c'est-à-dire qu'il y en a un million qui ont été plafonnés, qui ont pu bénéficier de ce dispositif. Ça ne veut pas dire qu'il faut ne pas être extrêmement vigilant. Je rappelle que 60 millions de Consommateurs dépend de l'INC, que l'INC c'est un établissement public de Bercy. Donc, on est très…

JEFF WITTENBERG
Ça veut dire donc que vous allez agir ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On va évidemment continuer les contrôles avec la CPR et la Banque de France, et nous ferons un point en fin d'année, un bilan, et il est clair que notre enjeu c'est de faire respecter ce plafonnement.

JEFF WITTENBERG
C'est-à-dire en incitant les banques, voire en les sanctionnant si elles ne respectent pas l'engagement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien elles se sont engagées, la CPR contrôle, donc évidemment il y aura des suites, si ce n'est pas respecté.

JEFF WITTENBERG
Le Brexit, il va avoir lieu, on ne sait pas quand, ça devait être le 31 octobre, mais le délai peut encore être repoussé, mais il aura lieu ça c'est certain, encore que. Est-ce que les entreprises françaises sont prêtes aujourd'hui, madame PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi j'observe qu'on a fait, nous, une enquête auprès de milliers d'entreprises, et une entreprise sur deux nous dit ne pas avoir travaillé sur les conséquences du Brexit.

JEFF WITTENBERG
Une sur deux.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Une sur deux, dans les PME.

JEFF WITTENBERG
Alors qu'on est à dix jours d'une échéance.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors qu'on est à dix jours d'une possible échéance. Je peux comprendre, ça leur paraît très abstrait, simplement aujourd'hui, lorsqu'on est dirigeant d'entreprise, on n'est pas responsable de ne pas se préparer. Alors, c'est très simple : brexit.gouv.fr, il y a un autodiagnostic, ne serait-ce que faire ces 10 minutes…

JEFF WITTENBERG
Ça c'est le site prexit.

AGNES PANNIER-RUNACHER
... Ces 10 minutes de questionnaire pour savoir quels sont les problèmes auxquels on doit faire face quand on est une entreprise, en fonction de son activité, lorsqu'il y aura le Brexit, c'est du temps précieux de gagné, et comme vous le dites très bien, un Brexit il y en aura un, on ne sait pas exactement quand, mais autant s'y préparer le plus tôt possible.

JEFF WITTENBERG
Mais, vous savez ce que vous répond le représentant des PME notamment, c'est que les entreprises n'ont pas les moyens ou pas le temps de consacrer une personne, juste à cet emploi, à savoir préparer le Brexit. Ce sont des coûts, c'est aussi une force de travail qu'elles n'ont pas toujours, notamment les plus petites entreprises.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je suis en contact avec François ASSELIN, je lui ai demandé pas plus tard que jeudi dernier…

JEFF WITTENBERG
Le président de la CPME.

AGNES PANNIER-RUNACHER
... de remobiliser son réseau, parce que j'avais les résultats de cette enquête, et je ne peux pas me satisfaire de cette réponse, j'en suis désolée, mais faire un diagnostic de 10 minutes et s'inscrire sur le site des douanes pour préparer la dématérialisation de ses marchandises, ça ne nécessite pas d'avoir un directeur juridique de pointe.

JEFF WITTENBERG
Comment peut-on garantir aujourd'hui qu'il n'y aura pas une congestion dans les échanges, notamment au niveau des douanes ? On sait que 20 000 entreprises françaises exportent au Royaume-Uni. On rentre dans un no man's land, est-ce que vous êtes, vous, par exemple au niveau du gouvernement, prêts à ce genre d'échéance ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous on est extrêmement mobilisés, on a recruté plus de 600 douaniers pour faire face à cette échéance, on a recruté également des vétérinaires, on a préparé des zones pour le dédouanement, mais aujourd'hui il faut que les entreprises se mobilisent. Ce n'est pas nous qui allons pouvoir faire les formalités de douane à leur place.

JEFF WITTENBERG
Vous pouvez les accompagner.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous avons mis en place une frontière dématérialisée, nous sommes là pour les accompagner, il y a un numéro vert, il y a une hot line, il y a un mail si elles veulent poser des questions. Tout est ouvert…

JEFF WITTENBERG
Donc vous les incitez.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc il faut qu'elles y aillent, et celles qui seront préparées, pourront passer beaucoup plus vite la frontière ; celles qui malheureusement ne l'auront pas fait, devront attendre pour le dédouanement des marchandises.

JEFF WITTENBERG
On parle, et c'est un sujet européen aussi, des agriculteurs qui ont manifesté en masse ces derniers jours, qui vont remettre cela dans les prochains jours, et qui expriment leur détresse notamment à cause du prix de leurs produits qu'ils vendent à la grande distribution. Et vous, au gouvernement, vous avez un grand distributeur dans le collimateur si j'ose dire, c'est Michel-Edouard LECLERC auquel vous avez infligé une amende record de 117 millions d'euros, parce qu'il pratique selon vous des pratiques d'achat irrégulières, notamment via une centrale d'achat en Belgique, or cette amende de 117 millions d'euros il vous a répondu hier qu'il n'allait pas la payer. Que lui répondez-vous à votre tour ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je lui réponds que c'est le juge qui tranchera, et que j'observe que sur les six dernières affaires, que nous avons transmises au juge, il a dû payer les amendes. Donc je crois qu'aujourd'hui, ce que nous avons besoin, c'est qu'il respecte la loi, que le groupe LECLERC, comme les autres groupes, ce n'est pas spécifique, respecte la loi. Le sujet aujourd'hui c'est qu'on a des distributeurs qui mettent une pression très forte sur les producteurs et sur les industriels, et que ça crée un problème de pouvoir d'achat pour les agriculteurs. Donc moi, ma seule ligne, le respect de la loi.

JEFF WITTENBERG
Mais en expliquant pour leur part que ça donne aussi du pouvoir d'achat à l'ensemble des consommateurs, que ces pratiques d'achat leur permettent de vendre des produits au meilleur prix.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ne soyons pas naïfs, monsieur LECLERC cherche surtout à augmenter ses parts de marché et à augmenter sa marge, je crois qu'il l'a d'ailleurs très bien exprimé en expliquant qu'il avait d'excellents résultats. Moi mon sujet, je suis très contente qu'il gagne sa vie, mais mon sujet aujourd'hui c'est le pouvoir d'achat des agriculteurs, et ce que j'observe…

JEFF WITTENBERG
Et celui des consommateurs ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et celui des consommateurs bien entendu, mais un petit point, la loi qui est critiquée aujourd'hui, elle n'a augmenté les prix que de 0,3 %. 0,3 % dans un contexte d'inflation supérieur à 1 %. Donc je crois que le sujet n'est pas là, le sujet c'est d'avoir des prix qui aillent, de l'argent qui aille dans la poche des agriculteurs. Aujourd'hui ce n'est pas le cas, et c'est pour ça que nous nous battons au gouvernement.

JEFF WITTENBERG
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER pour toutes ces précisions. Damien c'est à vous. Je vous souhaite une très bonne journée, merci d'avoir été avec nous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2019