Conférence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, sur l'aide de la France en faveur du développement de la République démocratique du Congo, à Kinshasa le 20 mai 2019.

Intervenant(s) :

Circonstance : Entretien avec le président de la République démocratique du Congo M. Félix Tshisekedi, à Kinshasa le 20 mai 2019

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,


Quelques mots après la lecture de cette feuille de route commune que nous venons d'établir.

Je voudrais vous dire tout le plaisir que j'ai à être ici à Kinshasa et à rendre visite au nouveau président Félix Tshisekedi que j'ai rencontré il y a peu de temps, avec le président Emmanuel Macron à Nairobi. Il avait souhaité que je lui rende visite, le président Macron a souhaité que je vienne rapidement, ce qui est le cas.

C'est un échange très approfondi que nous avons pu avoir tout à l'heure. J'observe que c'est la première visite d'un ministre des affaires étrangères français en République démocratique du Congo depuis sept ans, et donc, il nous importe de retrouver un bon rythme de partenariat. Et si je devais caractériser la tenue de ces entretiens, c'est le fait que nous voulons, ensemble, ouvrir un partenariat nouveau entre la République démocratique du Congo et la France, partenariat nouveau qui s'appuie sur la feuille de route qui vient de vous être lue, qui sera enrichie d'ailleurs, d'inflexions dans le domaine de l'agriculture et de l'énergie, à la suite des entretiens que nous venons d'avoir.

L'ensemble, c'est un programme de 300 millions d'euros, sur la durée du mandat du président Tshisekedi ; 300 millions d'euros que nous allons mobiliser pour le développement, pour la formation, pour la santé et pour la sécurité ainsi que pour les objectifs globaux que sont la francophonie et la lutte contre le réchauffement climatique, en y incluant désormais aussi, comme je vous l'ai dit, le domaine agricole et le domaine de l'énergie.

Dans cette perspective, une mission française viendra rapidement, dès que le nouveau gouvernement sera constitué, pour élaborer la méthode et surtout pour être en situation d'efficacité.

Pour terminer, je voudrais vous dire que le président Macron m'a demandé de saluer toutes les initiatives prises par le président Tshisekedi dans le domaine de l'Etat de droit. Le fait d'avoir ouvert les procédures démocratiques, le fait d'avoir renoncé à certaines prisons ou cachots fermés, le fait d'avoir accueilli des personnages de l'opposition, le fait d'avoir retrouvé par ailleurs le chemin de l'Europe, tout cela contribue vraiment à une alternance, un changement que nous tenions à saluer et qui s'est confirmé dans les entretiens que je viens d'avoir avec le président Tshisekedi.


Q - Lors de la proclamation des résultats, vous étiez assez sceptique. Est-ce que vous êtes aujourd'hui convaincu par un changement qui est en train de s'opérer aux travers des mots que vous avez-vous-mêmes prononcés, vous avez dit notamment cette phrase "un compromis à l'africaine". Aujourd'hui et hier, par rapport à ces propos, qu'est-ce qui a changé ? Merci.

R - Parce qu'il y a eu une alternance. Je la constate avec plaisir. Il y a eu une vraie élection démocratique, je la constate, validée par la cour constitutionnelle et validée par l'Union africaine. Cette alternance qui est effective se concrétise aussi par des actes, ce n'est pas uniquement une alternance du discours, c'est une alternance de l'action. Et comprenez que dans l'alternance de l'action pour une plus grande démocratie, la France est aux côtés de ceux qui la mènent.

Q - La France s'exprime en milliards dans d'autres pays, dans d'autres pays c'est pratiquement un bourbier, trop de chantiers, trop de problèmes. L'alternance nécessite un peu plus que 300 millions d'euros ou de dollars. Est-ce que vous n'avez pas sous-estimé les besoins dans l'accompagnement de l'alternance ?

R - Je vais vous répondre très clairement. Mobilisons, utilisons et affectons déjà les 300 millions. Et, après, on se retrouve.

Q - Monsieur le Ministre, vous arrivez à Kinshasa le jour du retour de l'opposant Katumbi, après trois ans d'exil, et probablement le jour de l'annonce du nom du Premier ministre. Est-ce un hasard du calendrier ?

R - Je constate comme vous. Je ne sais pas s'il y a une coïncidence, je ne suis ni un opposant ni un futur Premier ministre de la République démocratique du Congo. Donc, je suis à l'aise dans cette synergie que je remarque aujourd'hui. C'est un jour important, je pense, pour votre pays, pour la République démocratique du Congo, puisqu'il va y avoir, si j'ai bien compris, un nouveau Premier ministre - je ne suis pas chargé de vous le dire -, puisque le principal opposant va pouvoir participer à la vie démocratique de ce pays et puisque la France vient de signer avec la République démocratique du Congo une feuille de route d'actions pour mobiliser les 300 millions dont parlait votre collègue tout à l'heure. C'est une belle journée, et en plus il fait très beau. Merci.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 juin 2019