Interview de M. Didier Guillaume, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à RFI le 28 mai 2019, sur les résultats des élections européennes.

Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Didier GUILLAUME.

DIDIER GUILLAUME
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce que l'on peut dire que la majorité est dans une forme de paradoxe, au lendemain des élections européennes, en réalisant ce qui est plutôt un bon score, mais en échouant à être devant le Rassemblement national, comme l'avaient espéré le président de la République et Nathalie LOISEAU qui conduisait la liste ?

DIDIER GUILLAUME
Ces élections européennes ont eu une réalité, c'est l'augmentation de la participation, partout en Europe.

FREDERIC RIVIERE
Très forte.

DIDIER GUILLAUME
Partout en Europe, plus de 50 %. Ce n'est sûrement pas assez, mais par rapport à ce qui était prédit, c'est quelque chose de très bien, et je veux le souligner, parce que nos concitoyens français et européens se sont mobilisés pour ces élections européennes. Le peuple a toujours raison. Lorsqu'il vote la démocratie, il faut la prendre telle quelle. Le Rassemblement national, l'extrême droite en France, est arrivé en tête, mais l'élection européenne est son élection de prédilection, c'était déjà le cas la dernière fois, donc il n'y a pas de surprise là-dessus.

FREDERIC RIVIERE
Donc c'était peut-être une erreur d'avoir fixé cet objectif d'être devant le Rassemblement national.

DIDIER GUILLAUME
Non, au contraire, parce qu'aujourd'hui ce qu'ont démontré les électeurs français, et ces élections européennes, comme après l'élection présidentielle de 2017, c'est qu'il n'y a pas d'autres forces politiques pour pouvoir concurrencer et battre l'extrême-droite. S'il n'y a pas Emmanuel MACRON et ses alliés, alors je crois que nous laissons la porte ouverte à des dérives dans ce pays. Aujourd'hui les caractéristiques de ces élections c'est outre le fait que les électeurs français à plus de 50 % sont allés voter et que c'est une bonne chose, c'est l'effondrement des partis traditionnels, ce que nous avions vu déjà à l'époque de la présidentielle, qui s'est confirmé, alors avec là pour le coup Les Républicains qui font leur plus faible score de l'histoire, avec…

FREDERIC RIVIERE
Ils sont passés où, selon vous, les électeurs des Républicains, chez vous, au sein, dans la majorité maintenant ?

DIDIER GUILLAUME
On ne peut pas faire ces analyses, honnêtement, n'employons pas de langue de bois ou je ne sais trop quoi, dans l'abstention, à l'extrême-droite et à la République En Marche, vraisemblablement, mais c'est très difficile de le savoir. Mais ce que l'on constate c'est que les partis traditionnels, la base sur laquelle Emmanuel MACRON avait lancé sa campagne à l'élection présidentielle en disant : les vieux partis, on voit bien que c'est fini aujourd'hui, qu'il faut passer à autre chose, eh bien ces partis-là, LR, comme MELENCHON, comme le Parti socialiste, font des faibles scores. Et donc la conclusion qu'il faut en tirer, c'est qu'il faut construire un large rassemblement autour d'Emmanuel MACRON, du MoDem, des alliés de la majorité présidentielle, afin non seulement de transformer la France, de libérer l'économie, de protéger les Françaises et les Français, mais surtout de proposer un avenir à nos concitoyens.

FREDERIC RIVIERE
Alors ça rejoint ce que vous disiez hier matin je crois, vous disiez : les électeurs ont compris qu'Emmanuel MACRON était là pour durer. Mais apparemment ça semble être aussi le cas du Rassemblement national.

DIDIER GUILLAUME
Ben sûr, mais on le sait que le Rassemblement national, l'extrême-droite, les populistes et les nationalistes sont partout, présents en Europe et fortement, ils le sont également en France. Je crois qu'aujourd'hui l'alternative elle est assez simple pour 2022, on n'est pas là pour faire de la politique fiction, mais soit Emmanuel MACRON aura un deuxième mandat pour transformer ce pays, soit c'est la…

FREDERIC RIVIERE
Parce qu'un c'est trop court ?

DIDIER GUILLAUME
Oui, la porte ouverte à toutes les aventures. Pourquoi ? Parce que 5 ans c'est difficile de réformer en 5 ans, beaucoup de choses ont déjà été faites et maintenant on est à la deuxième étape de ce quinquennat, mais la deuxième étape du quinquennat, dans deux ans elle est quasiment terminée, donc voilà. Il faut donner les moyens au président de la République de fonctionner, il a annoncé une deuxième étape. Frédéric RIVIERE, quand même, on a vécu dans ce pays quelque chose d'inédit, 6 mois de manifestations, 6 mois de Françaises et de Français…

FREDERIC RIVIERE
Mais vous le dites au passé, mais ce n'est pas encore terminé.

DIDIER GUILLAUME
Non, non, mais … ce que je veux dire par là, c'est que ce qui s'est passé en octobre, novembre, ceux qui étaient gilets jaunes en octobre, novembre, le sont encore au fond d'eux même aujourd'hui, même si les gilets jaunes ont fait 100.000 voix ou 130.000 voix et que politiquement il n'y a pas eu d'issue, même si quand on regarde les manifestations, il y a beaucoup de violences, de dérapages, de violences physiques et ça ce n'est pas acceptable, mais la réponse aux Françaises et aux Français qu'a apporté Emmanuel MACRON, le 10 décembre dernier notamment en supprimant la taxe carbone, l'augmentation de la taxe carbone, notamment en faisant 10 milliards d'augmentation de pouvoir d'achat, 100 euros d'augmentation de la PPA, de la prime pardon pour l'emploi et la prime d'activité. Et lorsqu'à sa confiance de presse, il annonce la deuxième étape du quinquennat, la baisse des impôts pour les classes moyennes, je crois que ces mesures-là vont marquer nos concitoyens.

FREDERIC RIVIERE
Alors puisque vous parlez de cette crise sociale, la carte de France des résultats aux Européennes est assez instructive. Lyle Rassemblement national est arrivé en tête dans 72 départements, la liste Renaissance conduite donc par Nathalie LOISEAU est première dans 27 départements. Elle est plus forte dans les grandes villes pour être schématique et le Rassemblement national domine largement dans les zones rurales. Au fond c'est un peu la traduction, et là aussi pour être très schématique, de ce qu'on pourrait appeler d'un côté les élites et de l'autre la France qui se sent oubliée, déclassée et dont vous êtes en partie le ministre, puisque vous êtes ministre des zones rurales.

DIDIER GUILLAUME
Bien sûr mais alors je ne crois pas qu'il y ait d'un côté les élites, oui il y a une coupure dans ce pays entre les élites et le peuple. Mais en zone rurale, il y a aussi des gens très intelligents qui sont des dirigeants, vous voyez ce que je veux dire.

FREDERIC RIVIERE
Le terme élite est employé au sens large, les gens qui bénéficient d'un certain nombre d'avantages.

DIDIER GUILLAUME
Aujourd'hui notre problème, c'est la coupure entre l'urbain et le rural, c'est la coupure entre les grandes métropoles et la ruralité, qui s'est vue, que l'on voit tous les jours. Et moi mon objectif au gouvernement comme de responsable politique, c'est de contribuer à résorber cette fissure, cette fêlure, cet abîme, ce trou, ce gouffre entre Paris et la province, c'est ça la réalité. Et aujourd'hui moi je veux dire, lancer un appel à tous mes compatriotes français, mais évidemment particulièrement ceux qui habitent en zone rurale, nous avons beaucoup à faire ensemble, nous avons encore beaucoup de chemin à faire et les mesures qui sont prises par ce gouvernement pour justement réduire la fracture territoriale avec une nouvelle décentralisation, réduire la fracture avec les élites avec des services publics plus proches des gens, réduire la fracture du déplacement avec la mise en place de la loi de mobilité. Bref nous voulons redonner du pouvoir d'achat, nous voulons redonner de la vie dans nos ruralités. Il n'est pas possible qu'il y ait une France à deux vitesses, une France qui a des services publics et une France qui se sente abandonnée.

FREDERIC RIVIERE
Edouard PHILIPPE dans sa première déclaration dimanche soir après les résultats des européennes a dit, en trois phrases, les Français ont placé l'extrême droite en tête. Je ne veux pas banaliser ce phénomène. Le message est fort, nous l'avons reçu 5 sur 5 et puis dès demain je serai à pied d'oeuvre pour poursuivre le projet du président. Est-ce qu'il n'y a pas comme une forme de contradiction dans ses propos ?

DIDIER GUILLAUME
Non, il n'y a pas de contradiction.

FREDERIC RIVIERE
Message reçu 5 sur 5, on continue.

DIDIER GUILLAUME
Message reçu 5 sur 5, bien sûr qu'il faut continuer à réformer la France, le président de la République a fait plus de 100 heures de débat avec le grand débat national, il a rencontré des milliers de Français, il s'est aperçu de ces fractures, de ces fêlures. Il s'est aperçu des revendications. Il a vu qu'il y avait beaucoup de violence dans ce pays qu'il faut apaiser. Il a vu qu'il y avait beaucoup de souffrances dans ce pays qu'il faut guérir. Il a vu qu'il y avait beaucoup de difficultés à surmonter et pourtant depuis 2017, le gouvernement est à pied d'oeuvre, il transforme la société, il transforme l'économie, le chômage baisse, ça ne se voit pas assez, donc on ne va pas le prendre comme une gloriole, mais enfin de chômage baisse. Il n'y a jamais eu autant d'emplois productifs qui ont été mis en place, il faut y aller, simplement aujourd'hui on a un problème de fiscalité dans ce pays, de fiscalité du travail qui est encore trop importante, de fiscalité pour les classes moyennes. L'annonce a été faite de la baisse, mais la baisse ne se verra concrètement qu'après le vote du budget, c'est-à-dire en janvier 2020, mais les choses sont annoncées. Donc il faut attaquer cette deuxième étape du quinquennat, le président de la République en fait une question majeure. La deuxième étape, la deuxième partie du quinquennat doit être différente de la première sur les mêmes bases de l'élection présidentielle. On reproche parfois aux responsables politiques de ne pas tenir leurs engagements, Emmanuel MACRON les tient, mais il faut aller plus loin parce que en milieu de match, lorsque l'on voit qu'il se passe des faits de jeu, lorsqu'on l'on voit que l'équipe adverse…

FREDERIC RIVIERE
Il faut changer la stratégie.

DIDIER GUILLAUME
Il faut changer la tactique de l'équipe, cette tactique est en train d'être changée.

FREDERIC RIVIERE
Rapidement Didier GUILLAUME, vous avez parlé de l'effondrement des partis traditionnels, vous avez fait la plus grande partie de votre carrière au Parti socialiste, carrière politique, quand vous voyez l'état dans lequel il est aujourd'hui, est-ce que vous éprouvez une forme d'empathie ou est-ce que vous vous dites, au fond il a ce qu'il mérite ?

DIDIER GUILLAUME
Non, ni l'un, ni l'autre, je dirais que moi j'ai fait un choix en 2017, j'ai pensé que nous avions trahi la ligne du Parti socialiste, qu'il fallait rester à la ligne sociale-démocrate, la ligne de MITTERRAND, de JOSPIN, de HOLLANDE alors que nous sommes partis dans une ligne plus gauche extrême. Donc j'ai quitté le Parti socialiste pour soutenir Emmanuel MACRON comme des dizaines de milliers de Français de gauche. Aujourd'hui je ne vais pas commenter, ça ne me réjouit pas du tout ce qui se passe, ça ne me réjouit pas du tout, mais c'est comme ça. Moi, ce qui m'importe, c'est que La République En Marche, le MoDem, les alliés, la force centrale de ce pays réussisse.

FREDERIC RIVIERE
Merci Didier GUILLAUME, bonne journée.

DIDIER GUILLAUME
Merci


source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2019