Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, en hommage aux morts pour la France en opérations extérieures, à Paris le 11 novembre 2019.

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Texte intégral

Monsieur le président du Sénat,
Monsieur le vice-président de l'Assemblée nationale,
Mesdames et messieurs les ministres,
Madame le maire de Paris,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le chef d'état-major des armées,
Messieurs les chefs d'état-major,
Officiers, sous-officiers et militaires du rang,
Mesdames et messieurs les représentants du monde combattant,
Mesdames et messieurs les membres des familles de militaires morts pour la France en opérations extérieures,
Mesdames et messieurs,


Depuis un siècle désormais, chaque 11 novembre, les Français se rassemblent pour commémorer l'Armistice de 1918, la fin des combats de la Première Guerre Mondiale, ces quatre années qui plongèrent la France, l'Europe et le monde dans la souffrance et la désolation.

Ce matin, au nom de la Nation, je me suis incliné devant la tombe du Soldat inconnu et j'ai ravivé cette flamme qui symbolise l'ardeur de nos armées, la résilience de la République, le prix de la paix.

Avec le temps, il est apparu que cette date si symbolique de la fin de la Grande Guerre devait être élargie pour embrasser les conflits postérieurs et faire mémoire de l'ensemble des sacrifices consentis. Ainsi, depuis 2012, sous l'impulsion des associations combattantes, le 11 novembre est-il devenu la journée d'hommage à tous ceux, connus et inconnus et quelle que soit leur génération, qui sont morts pour la France.

C'est pourquoi, en présence des emblèmes de leurs unités, nous avons également rendu hommage aux cinq militaires morts pour la France cette année : Marc LAYCURAS, Cédric de PIERREPONT, Alain BERTONCELLO, Erwan POTIER et Ronan POINTEAU, tué au Mali le 2 novembre dernier.

Au même moment, à 11 heures précises, sur toutes les terres de France, de métropole et d'outre-mer, dans nos plus petites communes comme dans nos grandes villes, s'élevait l'hommage du peuple français à ces hommes qui ont donné leur vie pour nous défendre et nous protéger.

Les fils et les filles de France qui, depuis un demi-siècle, accomplissent leur devoir jusqu'au sacrifice suprême, constituent une cohorte héroïque qui s'inscrit dans une longue histoire et plonge ses racines aux sources de la République. Elle poursuit l'héritage glorieux des générations qui l'ont précédée : ceux de 14, nos poilus, tous les soldats de la Grande Guerre, dont certains reposent à quelques mètres d'ici, au cimetière de Vaugirard ; ceux de la Seconde Guerre Mondiale ; ceux des guerres de Corée, d'Indochine et d'Afrique du Nord.

Et c'est désormais ici, dans ce jardin Eugénie DJENDI, du nom de cette jeune opératrice radio, sous-lieutenant de l'armée française, Résistante, arrêtée, déportée et exécutée à Ravensbrück, qui paya de sa vie la lutte pour la liberté et les valeurs de la République, c'est désormais ici, tout près du ministère où bat le coeur opérationnel de nos armées, que les Français se recueilleront en mémoire des militaires morts pour la France en opérations extérieures. Qu'ils se souviendront et qu'ils reliront ces pages ouvertes du grand livre de notre histoire moderne et contemporaine.

En inaugurant aujourd'hui ce monument, j'achève un projet inspiré par le président Nicolas SARKOZY et poursuivi par le président François HOLLANDE, dans cette continuité républicaine qui fait la force de notre Nation.

Je le fais devant beaucoup d'entre vous qui avez inspiré, porté, accompagné ce projet.

Je le fais avec émotion et gravité, car je sais les conséquences opérationnelles, humaines, familiales, des décisions d'intervention et des ordres d'engagement que je suis amené à prendre pour le bien de la Nation.

Le chef de l'Etat vit avec cette part de tragique que renferme en puissance chacune de ses décisions. Il assume au quotidien, avec la ministre et les chefs d'état-major, la dureté des missions et des combats, les blessés, les morts aussi, hélas.

Mais il le faut. Pour la défense de nos concitoyens. Pour la protection de nos intérêts. Pour la stabilité du monde.

Et parce qu'il le faut, nous continuerons, aujourd'hui comme hier, demain, encore, toujours, à défendre nos valeurs et à combattre nos ennemis.

La France ne cessera pas d'exercer ses responsabilités, d'assumer la place singulière qu'elle occupe dans le concert des nations et de porter cette voix qui résonne si puissamment parmi les peuples parce que, génération après génération, des Français ont consenti à tout sacrifier pour la paix.

En me recueillant devant ce mur à l'instant, j'ai vu au travers de ces noms défiler tant de vies, tant de destinées. Plus de 500. 549 exactement.

Chacun a sa propre histoire, une histoire d'engagement, de dignité, d'honneur. Chacune s'est achevée sur ce sacrifice suprême que reconnaissent ces quatre mots à la fois si simples, si grands : « Mort pour la France ». Le plus déchirant requiem de gloire et de douleur.

Soldats, marins, aviateurs morts pour la France, vous qui avez participé à écrire l'histoire, nous avons érigé en votre honneur ce monument qui porte votre mémoire.

Sur ce mur, dans la pierre, nous avons gravé votre souvenir pour que, chaque jour, la Nation y lise à la fois le prix de la liberté, le souvenir de l'engagement de ses soldats et des raisons d'espérer.

Vous êtes tombés aux champs d'honneur sur des théâtres d'opérations extérieures. Partout où vous avez été envoyés pour défendre les intérêts de la France et participer à la résolution des crises, vous avez hissé haut les couleurs de notre pays.

Par le don de votre vie, vous avez été - et à quel prix - fidèles aux exigences exorbitantes de l'état militaire : l'esprit de sacrifice pouvant aller jusqu'au sacrifice suprême. Du Tchad au Mali, du Liban à l'Irak, des Balkans à la Syrie et au Burkina Faso, vous avez fait honneur à la France, partout, à chaque fois.

Ce monument, ce mémorial, est le vôtre.

Pour nos compatriotes, les opérations militaires peuvent parfois paraître abstraites, parce qu'elles se déroulent au loin, sur terre, en mer, dans les airs.

Derrière le sigle OPEX, il y a pourtant l'humain : des femmes et des hommes confrontés à l'inconnu, à l'ennemi, au danger, à la peur, confrontés à eux-mêmes, qui se battent pour d'autres femmes et d'autres hommes.

Il y a un engagement individuel et collectif de chaque instant, corps et âme.

Il y a des familles, des enfants qui vivent avec l'absence et les exigences de la vie militaire.

Il y a aussi beaucoup de solidarité, dans nos villes et nos villages. Il y a des associations qui oeuvrent pour accompagner nos militaires projetés pendant plusieurs mois loin de chez eux.

Voilà pourquoi l'oeuvre qui rend hommage à nos combattants est réalisée à hauteur d'hommes.

Pour que ces hommes et ces femmes qui se sacrifient pour la France, les Françaises et les Français les voient tels qu'ils sont.

Pour que les soldats inconnus d'hier ne deviennent pas les soldats méconnus d'aujourd'hui. Pour que ces soldats morts loin de la France soient au plus près de nous.

Voilà pourquoi ils n'ont pour piédestal que le sol de France.

Voilà pourquoi l'oeuvre est installée au coeur de notre capitale, là où bat la vie de notre pays. C'est ici que leur gloire doit s'enraciner.

Ce monument y contribue, par son existence même, par sa présence. Par sa puissance aussi, car la force tragique de ce groupe sculpté saisit au coeur. Il convoque les tombeaux des héros militaires de jadis, la double colonne des pleurants d'albâtre qui convoient vers l'éternité les gisants des grands sénéchaux de France ou les huit poilus de bronze qui viennent offrir sur leurs épaules le corps du maréchal Foch à la nécropole des Invalides.

Mais ici, ici, ce n'est pas vers la pénombre des tombeaux ou des cryptes que se dirige le cortège. Il se dresse dans la lumière de la France, dans la brise d'un jardin, sous la chaleur des regards et des mémoires.

Au milieu de cette vie qui continue, dans le mouvement de marche de ces soldats d'airain, l'absence du cercueil n'en est que plus bouleversante. Le mort, ici, est l'absent, l'éternel, l'irremplaçable. Le vide qu'il laisse, le manque qu'il crée est la plus lourde des charges. Les six épaules de nos soldats suffisent à peine à le soutenir.


Chères familles,

Vous êtes ici tous l'un de ces compagnons, ployant sous la douleur de l'absence, mais redressés par la fierté et l'honneur. Votre dignité et votre courage forcent notre admiration. La République sait la difficulté de ce parcours. Elle vous doit le soutien. Elle apportera le soutien.

La perte d'un être cher est irréparable et rien ne peut tarir le chagrin d'une mère, d'un père, d'un conjoint, d'une fille, d'un fils, d'un frère, d'une soeur. Mais celui qui meurt pour la France ne meurt pas en vain. Celui qui tombe aux champs d'honneur ne tombe jamais pour rien. Sa vie donnée, ce sont des vies protégées, des vies sauvées. Sa vie donnée ne sera pas oubliée. Jamais.

Nos morts vivront tant qu'il y aura des vivants pour penser à eux. Leurs proches, leurs frères d'armes, leurs chefs les portent en eux. La Nation toute entière en est le vivant mémorial.

C'est la signification profonde de ce monument.

Aux combattants, il montre que la Nation n'oublie pas ses morts pour la France.

Aux familles, il témoigne de notre attachement et de la reconnaissance nationale.

À tous les Français, il rappelle que la liberté existe grâce à ceux qui sont prêts à donner leur vie pour la défendre.

Nous avons voulu que ce mémorial, lieu de recueillement et de commémoration, soit aussi un lieu ouvert à tous.

Car la vie est là.

Parmi les familles qui viendront se recueillir.

Parmi nos soldats, marins et aviateurs qui oeuvrent à quelques mètres d'ici.

Parmi les enfants qui viendront jouer à côté.

Parmi tous ceux qui viendront découvrir ce jardin et ce monument.

Ce monument national est unique en France. Il réunit tous les théâtres d'opérations, commémore les combats passés, mais nous parle aussi des combats d'aujourd'hui. Il nous parle de la France, de sa place dans le monde. Il parle à la Nation toute entière et je souhaite qu'à travers ce lieu, nos enfants, nos petits-enfants puissent mieux connaître, comprendre et aimer notre histoire, pour construire demain.

À ce titre, ce monument rejoint les grands lieux emblématiques de notre mémoire, comme la Nécropole nationale de Fleury-devant-Douaumont, le mémorial du débarquement de Provence ou celui de la guerre d'Indochine. C'est pourquoi j'ai demandé à la ministre des armées de l'inscrire comme l'un de nos hauts-lieux de la mémoire nationale.


Soldats, marins, aviateurs,

Lorsque vous avez embrassé l'état militaire, vous avez fait le choix de la Nation, vous avez épousé sa cause et noué avec elle un pacte indéfectible. En choisissant d'être les délégués de tout un peuple pour sa défense, vous avez donné à votre existence un horizon infiniment plus grand que vous : vous lui avez donné les dimensions d'un pays, l'envergure d'un peuple. Vous avez accepté les sujétions et le danger. Votre noblesse, votre héroïsme sont là : dans ce dépassement et ce consentement, ce dépassement de soi-même et ce consentement au combat, à la mort que l'on donne et que l'on peut recevoir. Vous acceptez de donner votre vie pour que d'autres vivent.

Je salue ici tous vos camarades blessés, qui ont versé leur sang, qui portent dans leur chair et dans leur âme les stigmates douloureux de leur engagement. Nous continuerons à les accompagner. Toujours.

J'adresse aussi mes plus vives salutations et ma reconnaissance à tous ceux qui, en ce moment même, sont déployés partout où nos intérêts le commandent. Dans les plaines immenses et arides du Sahel, d'Afrique ou du Levant, sur les mers et dans les abysses des océans, vous êtes à la fois nos sentinelles et notre bouclier. Soyez-en remerciés.


Mesdames et messieurs,

En inaugurant ce mémorial, la France remplit une dette d'honneur.

À nos Morts pour la France en opérations extérieures, la Nation est infiniment reconnaissante.


Vive la République !
Vive la France !