Interview de Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail, à France Bleu le 21 novembre 2019, sur le compte formation, la réforme des retraites et les mesures du plan pour l’hôpital public.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Thématique(s) :

Texte intégral

ICOLAS OLIVIER
Bonjour Muriel PENICAUD.

MURIEL PENICAUD
Bonjour.

NICOLAS OLIVIER
Merci beaucoup d'être avec nous, avant d'évoquer le compte formation, parlons de l'hôpital. Le gouvernement va débloquer un milliard et demi d'euros sur 3 ans pour les hôpitaux et parmi les mesures, il y a cette prime de 800 euros par an pour les aides-soignants et les infirmiers d'Ile-de-France. Alors ça fait 66 euros par mois, certains disent que c'est une goutte d'eau en tout cas pourquoi n'avoir pas touché au salaire ?

MURIEL PENICAUD
Alors je crois que ce qu'il faut voir, c'est qu'on est tous d'accord que l'hôpital public, c'est très important, c'est un bien commun et que depuis longtemps il souffre. Il souffre aussi de manque de moyens. Il manque de personnel et ça c'est dans le cadre du plan que le Premier ministre et la ministre des Solidarités et de la Santé ont annoncé, « Ma santé 2022 », on va traiter ça pour qu'on ait plus de médecins, mais il faut le temps de les former. Et puis en attendant il faut aussi que les salaires notamment en Ile-de-France où le coût de la vie est élevé, que le travail paye, paye mieux et donc c'est pour ça qu'il y a plusieurs mesures. Il y a la mesure de 800 euros nets par an pour les infirmiers, les aides-soignants, ils sont 40.000 en Ile-de-France qui sont concernés. Il y a aussi une mesure pour ceux qui travaille en gériatrie, notamment les aides-soignantes, 100 euros net par mois, il y a plusieurs mesures de ce type-là pour permettre d'avoir un revenu supérieur et donc qui va rentrer dans la rémunération des uns, des autres. Mais c'est des primes qui vont durer, ce n'est pas les primes one-shot.

NICOLAS OLIVIER
Mais comment fait-on pour rattraper le retard en matière de salaires dans la fonction publique, spécifiquement en Ile-de-France, on sait que les infirmières comme les enseignants sont plutôt sous-payés par rapport à nos voisins ?

MURIEL PENICAUD
Alors c'est justement ce qu'on fait puisqu'il faut que l'hôpital public soit attractif, évidemment on devient soignant parce que ça a du sens, mais il a il faut aussi qu'on soit payé correctement et qu'il n'y ait pas de concurrence trop déloyale entre secteur privé le secteur public. C'est pour ça que ces mesures sont importantes et c'est des enveloppes importantes qui vont permettre que les métiers soient plus attractifs et mieux rémunérés.

NICOLAS OLIVIER
Alors l'autre dossier brûlant évidemment, c'est la réforme des retraites, on est à deux semaines d'une grève illimitée, en particulier dans les transports, est-ce que vous craignez que le pays soit paralysé comme en 95 ?

MURIEL PENICAUD
Je crois que le sujet des retraites, il intéresse et concerne tout le monde, alors il peut créer des anxiétés parce qu'on ne sait pas encore, on n'a pas encore…

NICOLAS OLIVIER
C'est plus que de l'anxiété là, c'est une vraie opposition.

MURIEL PENICAUD
On ne sait pas encore parce que le gouvernement, nous n'avons pas encore mis sur la table que la réforme que nous allons faire.

NICOLAS OLIVIER
On en connaît les grandes lignes.

MURIEL PENICAUD
Dans les très grandes lignes, mais ensuite je pense que les gens auront moins peur quand on va pouvoir, mais il faut finir les concertations là-dessus, pouvoir dire voilà ce qui va se passer pour vous. En attendant c'est le droit d'expression, c'est le droit de manifester, donc bien sûr je pense que le 5 sera un jour important.

NICOLAS OLIVIER
Mais en tant que ministre du Travail, ça ne vous inquiète pas si l'économie est gelée en plein mois de décembre ?

MURIEL PENICAUD
Moi, ce qui m'inquiéterait c'est qu'on ne s'occupe pas du sujet des retraites, parce que moi je rencontre tous les jours des jeunes, qu'est-ce qu'ils disent ? On n'aura pas de retraite. Nous, on veut faire un système qui est robuste, qui marchera pour les jeunes générations.

NOE DA SILVA
Il est temps à 8h20 sur France Bleu Paris de recevoir vos appels bien sûr au 01 42 30 10 10, notre invitée la ministre du Travail de France Bleu Paris. Etienne d'abord bonjour, vous habitez Voisins-le-Bretonneux.

ETIENNE
Oui bonjour j'habite Voisins-le-Bretonneux.

NOE DA SILVA
Vous venez de reprendre un travail après une période de chômage et vous êtes assez craintifs sur l'efficacité de la nouvelle réforme, c'est ça du chômage ?

ETIENNE
Oui je suis assez craintif sur l'efficacité de cette nouvelle réforme, pour une raison très simple, c'est que je pense qu'aujourd'hui pour vraiment rechercher du travail, c'est un temps plein et que les gens qui sont malheureusement en train de rechercher du travail n'ont pas les moyens. Donc ce que je crains, c'est que cette réforme aille vers plus de précarité pour l'ensemble des chômeurs ou un certain nombre de catégories de personnes au chômage.

NOE DA SILVA
D'accord merci Etienne pour votre témoignage, il 8h20, Muriel PENICAUD, la ministre du Travail est votre invitée Nicolas OLIVIER.

NICOLAS OLIVIER
Je crois qu'Etienne évoquer la réforme de l'indemnisation de l'assurance chômage qui est entrée en vigueur au 1er novembre.

MURIEL PENICAUD
Oui mais le capital de droit ne change pas, donc monsieur, j'ai entendu la malchance de maintenant être au chômage, vos droits sont conservés, simplement il y aura plus d'accompagnements et puis il faut avoir travaillé 6 mois dans les 2 ans pour bénéficier de l'assurance chômage, on revient à la normale d'avant la crise, il y a 10 ans.

NICOLAS OLIVIER
Alors Muriel PENICAUD, vous lancez ce matin donc au Forum des Halles « mon compte formation », c'est un nouveau service public de la formation professionnelle, en quoi est-ce une avancée pour tous les salariés ?

MURIEL PENICAUD
Je crois, même j'ose dire que c'est une révolution, parce que ça fait 30 ans que la formation n'est toujours pas accessible à tous. Aujourd'hui il y a un tiers seulement des ouvriers, des employés et des salariés des petites entreprises qui accèdent à la formation, donc c'est un grand coup de jeune et un grand coup de démocratisation. Tout le monde pour accéder à la formation en plus de ce que font vos entreprises et ce qu'elles doivent continuer à faire, eh bien vous êtes aujourd'hui 25 millions de Français, salariés et demandeurs d'emploi, à avoir un nouveau droit, vous allez sur l'appli « mon compte formation » sur Internet et si vous ne savez pas y aller, il y a des gens pour vous aider. Et vous allez découvrir quoi, que vous avez des euros, c'est comme si vous aviez un Livret A de la formation.

NICOLAS OLIVIER
500 par an.

MURIEL PENICAUD
500 par an, mais on rattrape ce que le DIF, le compte personnel de formation d'avant, vous allez découvrir que vous avez des euros et que vous allez pouvoir accéder aux plus de 100.000 sessions de formation, vous pourrez choisir librement. L'idée, c'est que la formation, c'est aussi quelque chose pour soi dans la vie professionnelle et tout le monde y aura droit.

NICOLAS OLIVIER
Il n'y aura pas de contrôle, pas d'intermédiaire ?

MURIEL PENICAUD
Pas d'autorisation à demander, pas l'intermédiaire, vous y allez, vous pouvez vous enregistrer et payer avec votre compte, y aller directement.

NOE DA SILVA
Sylvie bonjour, vous êtes du Val-d'Oise, Soisy-sous-Montmorency et là ça fait presque 2 ans que vous attendez une formation Pôle emploi, pas de formation apparemment, est-ce que cette application vous interpelle ?

SYLVIE
Alors oui, moi je suis quand même très, très étonnée parce que quand je me suis inscrite à Pôle emploi, il y a 2 ans, je n'avais pas eu encore mon rendez-vous avec mon formateur et j'avais déjà mon devis de formation, comme je suis dans l'industrie, je voulais faire une formation qui était assez chère, cette formation est refusée continuellement. Et au mois d'août là, presque 2 ans, je vais à Pôle Emploi pour retalonner pour ma formation, on m'a dit que j'étais trop cultivée pour avoir accès à une formation et que je pouvais trouver du travail dans n'importe quel domaine. Voilà ce qu'on me répond à Pôle emploi. Donc je suis quand même très étonnée. Ma première formation, on ne me l'a pas accordé parce qu'il y avait un décalage de 400 euros, quand j'ai dit, je peux financer les 400 euros, on m'a dit Madame, ça ne se passe pas comme ça, vous ne financez pas le restant de votre formation, donc je n'ai pas pu avoir accès à cette formation et je n'y ai toujours as accès. Là je décide de créer mon activité et on me dit, vous créez votre activité, vous n'avez qu'à financer vous-même votre formation.

NOE DA SILVA
Merci Sylvie pour votre témoignage.

NICOLAS OLIVIER
Muriel Pénicaud, on l'entend, c'était un peu l'usine à gaz, les formations jusqu'à présent, ça peut changer justement, ça va tout changer cette application ?

MURIEL PENICAUD
Alors évidemment Pôle emploi va continuer à financer des formations, mais ce qui est nouveau, madame, c'est qu'aujourd'hui, comme vous avez travaillé, vous avez certainement un compte formation, ils sont tous chargés déjà, vous n'avez pas à vous inscrire, vous mettez vos numéros de sécurité sociale, vous allez découvrir combien vous avez d'euros et vous pouvez cofinancer ou financer sans demander l'autorisation à personne, c'est ça qui est très nouveau pour 25 millions de salariés et de demandeurs d'emploi. C'est qu'en plus de ce que font les entreprises et Pôle emploi, vous pouvez vous-même décider, vous pouvez faire une formation à la création d'entreprise, vous pouvez faire une formation à un nouveau métier, vous pouvez faire une formation que vous voulez, il y a 100.000 offres.

NICOLAS OLIVIER
L'idée, c'est que le dispositif puisse faire baisser le chômage aussi à moyen terme ?

MURIEL PENICAUD
Je crois que la meilleure protection contre le chômage, c'est la qualification aujourd'hui, parce que ceux qui n'ont pas de diplôme du tout, qui n'ont pas de qualification, le taux de chômage, il est à 18 %, c'est plus du double que les autres, ceux qui ont une qualification, c'est 6,5. Donc un, c'est une protection contre le chômage, deux, on peut vouloir changer de carrière, évoluer, négocier avec son entreprise, changer de métier, changer d'entreprise, changer de région, c'est une liberté, c'est un droit individuel, on est le premier pays au monde à le faire, pour 25 millions pour tous les salariés et j'en suis très fière pour la France.

NOE DA SILVA
Modar, vous avez une question à poser à la ministre, bonjour, bienvenue.

MODAR
Bonjour, oui j'ai juste une petite question, est-ce qu'on pourra faire cette formation pendant les horaires de travail et si l'employeur n'est pas d'accord ?

MURIEL PENICAUD
Alors pour faire la formation, vous n'avez pas besoin de l'autorisation de l'employeur, si vous voulez le faire sur le temps de travail à ce moment-là il faut demander l'autorisation de l'employeur. Après si c'est un métier, une compétence qui intéresse l'entreprise, c'est l'intérêt de l'entreprise de vous dire oui. Évidemment si vous voulez faire un métier pour changer de vie, vous étiez dans le transport routier et vous voulez devenir cuisinier ou l'inverse, si c'est changer de métier, c'est vrai que l'entreprise, elle va dire, voilà c'est sa responsabilité. Mais si c'est un métier qui intéresse l'entreprise, bien sûr vous pouvez le demander et ça sera l'intérêt des entreprises de dire oui.

NICOLAS OLIVIER
La France qui était très en retard en matière de formation continue, ce dispositif peut permettre de combler ce retard ?

MURIEL PENICAUD
Oui aujourd'hui il y a seulement un Français sur trois qui se forme chaque année, or les métiers, tout le monde le voit, ils évoluent et donc si on ne peut pas suivre, si on ne peut pas anticiper, eh bien on peut se retrouver en difficulté. La moyenne de l'OCDE, c'est 40 % et les pays comme l'Allemagne ou la Suède, on se forme plus, moi je crois beaucoup que voilà c'est une liberté, c'est un droit, il y a plein de demandes, hier ça commençait à exploser le compteur là et je crois qu'il va y avoir beaucoup de gens qui vont se dire, moi aussi je peux me former et encore une fois je n'ai pas d'autorisation à demander.

NICOLAS OLIVIER
Sur la question des crédits, 500 euros par an, la CGT dit que c'était plus avant lorsque c'était en heure, 21 heures qui correspondaient selon eux à 735 euros, est-ce que l'enveloppe a vraiment diminué ?

MURIEL PENICAUD
Non, elle n'a pas du tout diminué puisque d'abord la plupart des gens, on leur refusait, enfin plus d'un sur deux, on leur refusait et là maintenant tout le monde y a droit, tout le monde, tout le monde, tout le monde. Et deuxièmement on a pris, comme pour convertir les heures en euros, enfin parce qu'il y avait un système en heures qui ne marchait pas bien avant, qu'on passe en euros vous avez vraiment de l'argent, c'est comme un Livret A, des vrais euros, on a pris 15 euros par heure de taux de conversion, pour une personne, un groupe ça fait 15 fois 10, la moyenne constatée était à 14, donc on a pris 15. Donc il n'y a pas de problème là-dessus.

NICOLAS OLIVIER
D'accord et ça s'appelle donc « mon compte formation…

MURIEL PENICAUD
Ça s'appelle « moncompteformation.gouv.fr », c'est gratuit.

NICOLAS OLIVIER
Et on peut y aller dès aujourd'hui.

MURIEL PENICAUD
Dès aujourd'hui.

NICOLAS OLIVIER
Le compte est automatiquement créé déjà.

MURIEL PENICAUD
Votre compte est déjà créé, prenez juste votre numéro de sécurité sociale et vous pouvez y aller.

NICOLAS OLIVIER
Muriel PENICAUD, ministre du Travail, merci beaucoup d'avoir répondu ce matin aux questions de France Bleu Paris, très bonne journée.

MURIEL PENICAUD
Bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 novembre 2019